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Inde: Rahul Gandhi en marche pour raviver son parti en déclin
En écho à la célèbre "marche du sel" du Mahatma Gandhi, le politicien Rahul Gandhi a entamé mercredi une traversée de l'Inde à pied dans l'espoir de raviver le Congrès, son parti de centre-gauche, longtemps tout puissant et désormais en profond déclin.
Avant sa "longue marche", l'ex-chef du Congrès s'est recueilli à Sriperumbudur, dans l'État méridional du Tamil Nadu, là où son père, l'ancien Premier ministre Rajiv Gandhi, a été assassiné par un kamikaze en 1991.
"J'ai perdu mon père à cause de politiques de haine et de division. Je ne leur cèderai pas aussi mon pays bien-aimé", a déclaré M. Gandhi, âgé de 52 ans.
Il doit cheminer jusqu'à Kanyakumari, à l'extrémité sud du pays, première étape de son périple de 3.500 kilomètres à travers le vaste territoire indien qu'il espère parcourir en 150 jours. Il n'est toutefois pas certain qu'il accomplisse à pied la totalité de l'itinéraire.
Le leader politique est accompagné par des centaines de membres du parti et doit être rejoint par ses partisans au cours du trajet vers le Cachemire sous administration indienne, dernière étape du voyage.
Cet arrière-petit-fils, petit-fils et fils de trois anciens Premiers ministres de la plus grande démocratie du monde promet de dénoncer, en chemin, les difficultés de la population confrontée à la pauvreté, au chômage et à l'inflation.
L'initiative de M. Gandhi fait écho à la "marche du sel" de son célèbre homonyme Mahatma Gandhi, héros de l'indépendance de l'Inde, qui avait parcouru 380 km à pied, en 1930, pour protester contre l'impôt sur le sel, amorçant un mouvement de désobéissance civile au pouvoir colonial britannique.
Dimanche, Rahul Gandhi, ardent défenseur de la laïcité, s'en est pris à la polarisation religieuse, qui s'est exacerbée sous l'influence du Bharatiya Janata Party (BJP), le parti nationaliste hindou du gouvernement du Premier ministre Narendra Modi.
"Je veux vous demander si la hausse des prix ou la haine renforce le pays (...). Narendra Modi et le BJP affaiblissent le pays", a lancé Rahul Gandhi lors d'un rassemblement public dimanche à New Delhi. "Le parti du Congrès, quant à lui, rassemble le pays. Nous éliminons la haine et, une fois la haine éliminée, le pays progresse plus vite".
- "Costume vide" -
Surnommé le "Grand Old Party", le Congrès, qui veut se remettre en selle d'ici les prochaines élections nationales prévues en 2024, a conservé le pouvoir la majeure partie du temps depuis l'indépendance de l'Inde, acquise en 1947.
Mais il ne régit plus aujourd'hui que deux États sur 28 et fait partie d'une coalition au pouvoir dans quatre autres.
Rahul Gandhi, qualifié de "costume vide" dans des télégrammes diplomatiques américains dévoilés à l'occasion d'une fuite en 2005, a présidé le Congrès de 2017 jusqu'à sa débâcle électorale en 2019. Depuis, sa mère Sonia Gandhi, 75 ans, veuve de Rajiv, assume la présidence intérimaire.
Le BJP a battu à plate couture le Congrès aux élections nationales de 2014 et 2019 et paraît presque invincible, à en juger par les résultats des régionales menées cette année dans quatre États, dont le grand État de l'Uttar Pradesh, qui fait figure de baromètre.
Le Congrès doit restructurer ses fondements, dans un paysage politique dominé par le BJP qui puise à l'idéologie de Rashtriya Swayamsevak Sangh, organisation suprémaciste prônant l'Hindutva, l'hégémonie hindoue.
Selon les analystes politiques, il n'a pas réussi à opposer un discours de résistance unificatrice au nationalisme religieux de M. Modi.
"L'idée de la marche reflète la position du Congrès, qui prône la nécessité de l'harmonie sociale contre la rhétorique et le programme de l'Hindutva", a déclaré à l'AFP l'analyste Parsa Venkateshwar Rao Junior.
"Il ne s'agit pas d'un artifice", estime-t-il, "Rahul Gandhi croit sincèrement à l'harmonie religieuse. Mais les gens ne sont pas intéressés".
Les hindous comptent pour 80% des 1,4 milliard d'habitants du pays. Les musulmans ne sont que 200 millions.
"Rahul et le Congrès devraient oeuvrer d'arrache-pied sur le terrain, se confronter aux difficultés que vivent les gens partout dans le pays", ajoute M. Rao. "Ils ont besoin d'une voix pour faire entendre leur mécontentement".
P.A.Mendoza--AT