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Le Bénin élit son président, le ministre Wadagni grand favori
Les Béninois votaient dimanche pour élire leur président, un scrutin qui laisse peu de place au suspense: le ministre des Finances Romuald Wadagni est le grand favori pour succéder à Patrice Talon.
Le Bénin, petit pays côtier d'Afrique de l'Ouest, sort d'une décennie de profondes transformations économiques malgré une situation sécuritaire instable dans sa partie nord, frappée par les violences jihadistes.
Près de huit millions de Béninois sont appelés aux urnes pour choisir le successeur de Patrice Talon, qui cède le pouvoir après deux quinquennats, conformément à la Constitution.
Un seul candidat fait face à Romuald Wadagni, l'ancien ministre Paul Hounkpè, opposant de faible envergure, très peu visible pendant la campagne et qui a eu besoin de l'aide d'élus de la majorité pour obtenir les parrainages requis pour se présenter.
M. Wadagni, adoubé par Patrice Talon et soutenu par les deux partis de la majorité, a voté en début de matinée dans sa ville natale à Lokossa (sud-ouest), en toute discrétion.
Tout le contraire du président sortant Patrice Talon, entouré d'une nuée de caméras à Cotonou et chaleureusement applaudi par des militants à son arrivée dans le quartier Zongo de la capitale économique.
"Le meilleur est à venir pour le Bénin. Mon souhait est de voir de mes yeux un Bénin grand et puissant dans lequel chacun trouvera son compte", a-t-il lancé après avoir voté.
Il a également assuré vouloir aller à la "retraite" et ne cherchera pas "à influencer" son successeur, même s'il est "illusoire de penser qu'on peut s'effacer", selon lui.
A Cotonou, les urnes se remplissaient doucement dans la matinée.
La participation est l'enjeu principal du scrutin, après une campagne qui n'a pas suscité de grand engouement, l'issue étant jouée d'avance, selon la plupart des analystes.
"C'est un jour de fête! Ca nous fait plaisir d'être citoyen béninois, le prochain président fera de son mieux j'en suis sûr", se réjouissait Apollinaire Guida, après avoir voté.
"Tout se passe dans la quiétude. On attend que le futur président fasse encore mieux que son prédécesseur. Après les infrastructures, il doit appuyer sur le social maintenant", estime de son côté Rahim Oké.
- "Frustration" -
Une partie des Béninois n'a toutefois pas de candidat dimanche, puisque le principal parti d'opposition, Les Démocrates, n'a pas réussi à obtenir le nombre de parrainages nécessaires.
La camp de la majorité estime que ce sont les divisions internes du parti qui ont mené à son élimination. Ces dernières semaines, plusieurs cadres des Démocrates ont rejoint la campagne de Romuald Wadagni.
"Les mécontents n'ont pas disparu. La tension et la frustration restent fortes, on a égorgé leurs espoirs électoraux et on leur offre une palette dans laquelle ils ne se retrouvent pas", prévient l'expert en processus électoral Rufin Godjo.
Les Béninois n'auront pas l'occasion de s'exprimer de nouveau dans les urnes avant 2033, en raison d'une réforme constitutionnelle passée l'an dernier.
Beaucoup d'observateurs s'interrogent également sur l'attitude qu'aura le prochain président en matière de libertés publiques après le virage autoritaire opéré par Patrice Talon.
Romuald Wadagni fera-t-il un geste envers les opposants condamnés à de lourdes peines pour divers crimes ? Paul Hounkpè, lui, a promis de libérer les "prisonniers politiques".
- Développement -
Le prochain président du Bénin héritera d'un pays transformé par la décennie Talon: le PIB a doublé, la croissance dépasse 6% chaque année, l'économie s'est modernisée, le tourisme s'est développé et de nombreuses infrastructures ont vu le jour.
"J'attends que tous les Béninois sortent quelles que soient leurs convictions, pour qu'on continue la marche vers le développement", espère Bizou, venue voter au collège Océan, dans le quartier de la Haie vive à Cotonou.
Architecte de ce développement après une décennie au ministère des Finances, Romuald Wadagni incarne la continuité mais dit vouloir lutter contre la pauvreté, estimée à 30%.
L'opposant Paul Hounkpè promet lui des baisses de prix sur les produits de première nécessité.
De nombreux Béninois se plaignent de ne pas bénéficier des fruits de la croissance.
L'avancement économique du Bénin passera aussi par la stabilisation sécuritaire, à l'heure où le nord du pays est miné par des violences jihadistes de plus en plus meurtrières.
Si M. Wadagni est élu dimanche, il devrait pouvoir compter sur la loyauté de son armée, qui avait été décisive le 7 décembre pour repousser une tentative de coup d'État contre Patrice Talon.
S.Jackson--AT