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Bolloré étrille la gestion de l'audiovisuel public et défend ses médias "libres"
Devant les députés, le milliardaire conservateur Vincent Bolloré a attaqué mardi l'audiovisuel public en critiquant sa gestion qui entraîne des "pertes" de 4 milliards d'euros à l'Etat, et a défendu ses médias comme CNews, "libres" et non "soumis".
"Le problème de l'audiovisuel public, ce n'est pas les contenus, c'est les coûts", qui "viennent pour l'essentiel de dépenses qui ne sont ni contrôlées ni maîtrisées", a jugé M. Bolloré, auditionné durant 2h30 par la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public.
L'entrepreneur, qui est apparu très à l'aise et a été peu bousculé, est l'actionnaire de référence du groupe Canal+, dont fait partie la chaîne CNews. Mais c'est au titre d'actionnaire du groupe de production Banijay (via la société Vivendi) qu'il était convoqué.
Ce volet a été vite évacué, M. Bolloré assurant être un actionnaire "totalement dormant" de Banijay, qui fournit nombre de programmes à France Télévisions.
Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), lui a demandé son avis sur l'audiovisuel public, fréquemment accusé par CNews de pencher à gauche.
"Je pense qu'on n'a rien à reprocher au service public, ni à le glorifier. Le problème, c'est les quatre milliards de pertes, les quatre milliards de coûts" pour l'Etat, a répondu M. Bolloré.
Les sociétés de l'audiovisuel public, dont France Télévisions et Radio France, reçoivent chaque année environ quatre milliards d'euros de dotations de l'Etat.
- "Petite caste" -
"Quatre milliards, c'est beaucoup à un moment où la France est quand même en difficulté", a-t-il poursuivi, suggérant d'autoriser davantage de publicité sur le service public.
"Je ne vois pas pourquoi TF1 gagnerait de l'argent, M6 gagnerait de l'argent et le service public ne gagnerait pas d'argent", alors que tous font "la même chose", a estimé M. Bolloré, qui toutefois "regarde peu" ces chaînes.
Il a pointé "un problème de gestion", en référence notamment à la patronne de France Télévisions Delphine Ernotte Cunci. "C'est peut-être la faute de l'Etat aussi", a-t-il concédé.
Le dirigeant de 73 ans, dont les prises de parole sont rares, a accusé une "petite caste dirigeante aujourd'hui qui a envie de rester aux manettes", restant flou.
"Que Mme Ernotte ne s'inquiète pas, à mon âge je ne vais pas aller me faire embaucher chez France Télévisions", a-t-il lancé dans un sourire.
Que répond-il à la présidente du groupe public qui qualifie CNews de chaîne "d'extrême droite" et a engagé une procédure en justice pour "dénigrement"? M. Bolloré n'envisage pas de faire de même: "Ils ont assez de problèmes comme ça", a-t-il taclé.
Et de marteler: "Je suis le bouc émissaire parfait, le paratonnerre idéal".
La députée écologiste Sophie Taillé-Polian s'est indignée d'une "véritable campagne contre le service public" menée dans les médias Bolloré, et a demandé à l'intéressé s'il avait donné des consignes en ce sens.
"Je n'interviens pas", a assuré M. Bolloré.
- "Miséricorde" et "pardon" -
L'homme d'affaires n'a pas épargné non plus le régulateur de l'audiovisuel, l'Arcom, qui a "confisqué" la chaîne C8, dont la fréquence n'a pas été reconduite début 2025 après des manquements répétés. "Celui qui était visé c'était moi, à travers Cyril Hanouna" qui en était l'animateur vedette, d'après lui.
CNews est plus fréquemment sanctionnée ces derniers mois, a relevé le rapporteur, l'élu ciottiste Charles Alloncle. La première chaîne info en part d'audience pourrait-elle devoir fermer également? "Tout est possible", a répondu M. Bolloré.
"Nous ne sommes pas soumis, nous sommes libres et donc on déplaît", a-t-il asséné au sujet des sociétés et médias dans son giron.
Le milliardaire a fait référence à de multiples reprises à sa foi chrétienne, ce qui lui a valu la réprobation de la LFI Ersilia Soudais pour ce "cours de catéchisme".
"J'ai des convictions, je crois dans la France" et "je crois en la religion, je crois en l'empathie", a fait valoir M. Bolloré.
Justement, il faut maintenant "la miséricorde" et "le pardon" envers l'ex-animateur de CNews Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs et harcèlement, a-t-il plaidé, après que "justice est passée".
Son maintien à l'antenne malgré sa condamnation définitive mi-janvier avait provoqué une crise au sein de la chaîne.
A.Ruiz--AT