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Un an et demi après sa révolution, le Bangladesh attend les résultats des législatives
Le lent comptage des votes a débuté jeudi au Bangladesh, au soir des premières législatives organisées depuis la fin en 2024 du règne de fer de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina, dans un climat crispé par les déclarations victorieuses des deux principaux prétendants.
Le dépouillement à peine entamé, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) de Tarique Rahman et la coalition des islamistes du Jamaat-e-Islami dirigée par Shafiqur Rahman ont affirmé qu'ils étaient en tête.
Les premières tendances sont attendues dans la nuit.
"Nous croyons fermement que (le BNP) va remporter une victoire éclatante et que la démocratie va prévaloir", a lancé devant la presse un porte-parole du parti, Mahadi Amin, qui a dénoncé des "tentatives de complot".
Avant-même la clôture des bureaux de vote, Tarique Rahman s'était lui-même dit confiant. "Je vais gagner l'élection (...) nous aurons une majorité suffisante pour diriger calmement le pays".
Agé de 60 ans, le possible prochain chef du gouvernement est l'héritier d'une longue dynastie politique. Rentré en décembre de dix-sept ans d'exil au Royaume-Uni, il a pris la succession à la tête du BNP de sa mère Khaleda Zia, trois fois Première ministre, après sa mort quelques jours plus tôt.
"Les premiers résultats indiquent quelque chose de positif", a de son côté lancé aux journalistes son rival Shafiqur Rahman. "Si par la volonté de Dieu nous avons à prendre de grandes responsabilités, nous aurons besoin de tout votre soutien".
- "Rester unis" -
Le chef du Jamaat, 67 ans, qui a connu les geôles de Sheikh Hasina, ambitionne de devenir le premier Premier ministre islamiste de l'histoire du Bangladesh, un pays à 90% musulman.
Son allié et fondateur du nouveau Parti national des citoyens (NCP), la figure de la contestation de 2024 Nahid Islam, a mis en garde contre les velléités de fraude. "Les élections doivent êtres libres et équitables", a-t-il dit après avoir glissé son bulletin dans l'urne.
"J'exhorte les partis politiques et les candidats à respecter les usages démocratiques, à faire preuve de tolérance et de respect", a exhorté jeudi soir le chef du gouvernement provisoire, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus. "Nous devons rester unis dans l'intérêt national".
Après une campagne souvent tendue, parfois violente, le scrutin de jeudi, sécurisé par plus de 300.000 policiers et soldats, s'est déroulé sans incident majeur.
De nombreux électeurs se sont réjouis de pouvoir voter dans une certaine ferveur, inédite depuis l'élection de Mme Hasina en 2009.
Les scrutins suivants avaient tous été boudés par l'opposition ou dénaturés par des fraudes massives.
"Tant que la Ligue Awami (le parti de Mme Hasina) était là, les gens pensaient qu'ils dirigeraient le pays pour toujours", a commenté dans un bureau de vote de la capitale Dacca Mahfuz Rahman, 52 ans. "J'ai de la chance d'être témoin du changement".
- "Nouveau rêve" -
Fers de lance des émeutes meurtrières de l'été 2024, les jeunes - les 18-37 ans constituent 44% du corps électoral - espèrent des changements profonds, dans un pays à l'économie en panne et malade de la corruption.
"C'est la première fois que je vote et, après tout ce que nous avons vécu ces dernières années, j'espère enfin quelque chose de positif", a déclaré à l'AFP une étudiante de 21 ans, Shithi Goswami, qui a voté à Dacca.
"J'ai voté pour que mon pays soit en paix et débarrassé de la corruption", a confié un autre électeur de la capitale, Md Sajid Rabbi, 24 ans, lui aussi étudiant.
A la tête du pays depuis l'été 2024, M. Yunus, 85 ans, n'a pas caché son soulagement et a salué "la fin du cauchemar et le début d'un nouveau rêve".
Le pionnier de la microfinance, qui a annoncé son retrait sitôt les résultats proclamés, a obtenu des partis politiques l'adoption de cette "Charte de juillet", destinée à éviter le retour d'un régime autoritaire.
"Je crois que voter +oui+ au référendum reflète l'esprit de l'insurrection", a estimé Yeasin Arafat Emon, 25 ans, après y avoir participé.
De son exil indien, Sheikh Hasina, condamnée à mort pour la répression de la révolte de 2024, a dénoncé dans une déclaration publiée par son parti à New Delhi, un scrutin "illégal et inconstitutionnel".
Ch.P.Lewis--AT