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Trump seul maître à bord
En lançant une brutale guerre commerciale, en purgeant son équipe de sécurité nationale, Donald Trump, sourd à toute voix modérée ou légèrement discordante, a confirmé qu'il voulait être seul maître à bord.
Et fait comprendre que personne n'allait lui dicter son agenda, ni les marchés financiers qui plongent, ni la Chine qui réplique, ni les rares élus conservateurs qui s'inquiètent, ni les économistes qui prédisent récession et inflation à la première puissance mondiale.
Vendredi, le Washington Post cite un haut responsable américain anonyme disant à propos du président: "Il a atteint le stade où il n'en a vraiment plus rien à foutre."
Au lendemain de l'annonce de lourds droits de douane contre les partenaires commerciaux des Etats-Unis, le président américain est parti jeudi pour un week-end prolongé en Floride, qui a commencé avec un dîner consacré à la ligue de golf LIV, financée par l'Arabie saoudite.
Son équipe de communication a même publié jeudi une photographie le montrant sur le départ, cravate au vent, avec l'inscription "Bientôt vendredi".
Vendredi, alors que la débâcle financière se poursuivait dans le monde, Donald Trump a écrit sur sa plateforme Truth Social qu'il n'allait "rien changer" à sa ligne, puis, depuis son club de golf, a semblé indiquer que des pourparlers restaient possibles en faisant état d'une discussion "très productive" avec le plus haut dirigeant vietnamien.
- Dîner "aux chandelles" -
En soirée, il organise un dîner politique "aux chandelles" dans sa résidence de Mar-a-Lago.
Des opposants démocrates ont critiqué l'absence du commandant en chef des forces armées à une cérémonie militaire pour le retour des corps de quatre soldats américains tués pendant des manoeuvres en Lituanie.
Pour justifier une offensive protectionniste sans précédent dans l'histoire récente, les partisans du président républicain ont surtout un argument, celui exposé récemment par le patron de la Chambre des représentants Mike Johnson: "Il faut faire confiance aux instincts du président."
"Il faut laisser Donald Trump gérer l'économie mondiale. Il sait ce qu'il fait", a abondé le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick.
Cet ancien banquier d'investissement sans expérience de gouvernement, très apprécié de Donald Trump qu'il soutient avec ferveur, ne s'embarrasse pas de raisonnements compliqués pour expliquer le déficit commercial américain.
Les Européens "détestent notre boeuf parce que notre boeuf est magnifique et le leur est faible", a-t-il par exemple déclaré.
Le Wall Street Journal raconte vendredi un "match de ping-pong" entre conseillers, jusqu'à la dernière minute, pour élaborer une stratégie commerciale répondant à des objectifs "contradictoires" du président républicain.
- Purge -
Avec pour résultat mercredi une liste de pays où figure une île peuplée exclusivement de manchots, et une formule mathématique qui continue de méduser les économistes.
Le premier mandat de Donald Trump avait été marqué par de constantes luttes intestines entre factions rivales, et par le départ retentissant de conseillers dont les principes conservateurs de l'ancienne école se sont fracassés sur l'idéologie isolationniste "MAGA" (Make America Great Again).
Cette fois, le président américain exige une fidélité aveugle et n'a pas hésité cette semaine à faire le ménage dans des postes ultra-sensibles, en renvoyant en particulier le directeur de la NSA, puissante agence d'écoute et de cyberespionnage.
Il y a apparemment été incité par l'influenceuse d'extrême droite Laura Loomer, qui s'est félicitée sur X du renvoi de hauts fonctionnaires selon elle coupables de "déloyauté" - mais jugés très compétents par des élus républicains comme démocrates.
Jeudi, Donald Trump avait pris la défense de cette femme connue pour ses propos complotistes et racistes, en disant qu'elle était une "patriote" qu'il l'écoutait parce qu'elle était souvent "très constructive".
"J'écoute tout le monde, et ensuite je décide", a-t-il ajouté.
A.Taylor--AT