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A Téhéran, funérailles et "résistance" après un mois de guerre
Face à la campagne israélo-américaine, "nous résisterons jusqu'au bout", proclame Moussa Norouzi, venu mercredi, comme des milliers d'Iraniens, assister à Téhéran aux funérailles du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, tué par une frappe israélienne.
Le cortège funéraire a eu lieu le jour du 47e anniversaire de la République islamique, proclamée le 1er avril 1979, dans la foulée de la Révolution qui a renversé le dernier chah Mohammad Reza Pahlavi, mettant fin à plus de 2.500 ans de monarchie.
Au 33e jour du conflit qui a embrasé le Moyen-Orient, des partisans du pouvoir ont noirci de monde la place Enghelab (révolution), au coeur de la capitale, où se déploie un immense drapeau.
"Cela fait un mois que ça dure, et aussi longtemps qu'il le faudra, nous continuerons. Nous avons eu une guerre de huit ans (contre l'Irak, 1980-1988 NDLR) et nous avons tenu bon, nous résisterons jusqu'au bout", affirme à l'AFP M. Norouzi, un retraité de 57 ans.
Dans la foule qui reprend en choeur des slogans, notamment "Allah Akbar, Khamenei Rahbar" (Dieu est le plus grand, Khamenei est le guide suprême), un homme pleure dans les bras d'une femme en deuil, toute de noire vêtue.
Comme beaucoup d'Iraniens, ils sont venus rendre hommage à des proches tués durant le conflit, dont les visages s'affichent sur des pancartes.
- Trump et ses "absurdités" -
"Vengeance", proclame en anglais une pancarte tenue à bout de bras par un enfant. Plus loin, une autre, brandie par une femme, traite le président américain de "tueur d'enfants".
"Ils pensent qu'en tuant nos commandants et nos soldats, ils peuvent tout se permettre", mais "cette nation soutient son dirigeant", dit Mohammad Saleh Momeni, un fonctionnaire de 34 ans.
Le cortège transportant le cercueil du commandant Alireza Tangsiri se fraie difficilement un chemin. Ce responsable, considéré comme l'architecte du blocage quasi total du stratégique détroit d'Ormuz, était l'un des militaires les plus connus du grand public.
Donald Trump a affirmé dans la journée que Téhéran avait demandé un cessez-le-feu - ce qu'a démenti la diplomatie iranienne - mais que Washington n'envisageait un arrêt des hostilités qu'après la réouverture du détroit d'Ormuz.
Le président américain "ne dit que des absurdités" balaie M. Momeni. "Quand il se drogue ou qu'il boit, il vient parler. Ses propos sont complètement dénués de sens".
Une dérision partagée par Homa Vosoogh, une enseignante de mathématiques de 36 ans, quelques heures avant une allocation du président américain. Il dit "des choses qui laissent même le peuple américain perplexe et déconcerté (...) quelque chose de différent à chaque instant, chaque minute".
- "Davantage de libertés" -
La journée, traditionnellement fériée, prend mercredi une importance particulière, au moment où le pouvoir islamique joue sa survie, bombardé sans relâche depuis le 28 février par les Etats-Unis et Israël.
Ces deux ennemis jurés de l'Iran ont initialement affiché parmi leurs objectifs un renversement de la direction du pays. En un mois de guerre, les frappes ont tué le guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis 36 ans, et de nombreux hauts gradés.
Dans les rues de Téhéran, des portraits du défunt dirigeant et de son fils Mojtaba, son successeur qui ne s'est pas montré publiquement depuis sa désignation, sont omniprésents.
Malgré les pertes subies, le système de gouvernance, affaibli en janvier par des manifestations antigouvernementales, reste en place et le pays conserve sa faculté à tirer des missiles et à lancer des drones contre ses voisins et Israël.
Ce qui n'empêche pas un certain nombre d'Iraniens d'espérer, en privé ou à l'abri des caméras, un changement politique.
Comme cette Téhéranaise, qui attendait beaucoup de "l'aide" aux manifestants, promise en janvier par Donald Trump selon sa propre formulation, au moment du mouvement de contestation.
"Il a trahi les Iraniens", déclare cette trentenaire, qui requiert l'anonymat pour des raisons de sécurité et dit ne plus s'attendre à un changement de pouvoir.
Mais "s'ils pouvaient nous laisser davantage de libertés, on pourrait s'en accommoder", dit-elle à l'AFP, comme résignée.
W.Nelson--AT