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"Elles attirent l'oeil" : les enfants de Gaza exposés au danger des munitions non explosées
"Un truc bizarre, ils jouent avec, et c'est la fin": la bande de Gaza est jonchée de munitions non explosées qui prendront des années à être nettoyées, exposant ses habitants, notamment les enfants, à un danger de mort ou de blessure d'"une brutalité absolue".
"En ce moment, on perd deux personnes par jour victime de munitions non explosées, et ce sont pour la plupart des enfants qui n'ont pas école", décrit à l'AFP Nicholas Orr, ancien démineur britannique de retour de Gaza où il s'est rendu pour Handicap International.
Les enfants sont particulièrement exposés parce qu'ils fouillent les décombres de bâtiments bombardés, ou cherchent à tuer le temps : "Ils s'ennuient, courent partout, trouvent un truc bizarre, jouent avec, et c'est la fin", dit M. Orr.
C'est ce qui est arrivé à Ahmad Azzam, 15 ans qui a perdu une jambe à cause d'un engin explosif abandonné dans les ruines de sa maison, alors qu'il rentrait chez lui à Rafah, dans le sud, après des mois de déplacement en raison de la guerre dévastatrice entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas.
"On était en train d'inspecter ce qui restait de la maison, et il y avait un objet suspect dans les décombres", raconte-t-il à l'AFP.
"Je ne savais pas que c'était un explosif, quand brusquement, ça a explosé", dit-il. Touché à plusieurs endroits sur le corps, il a été gravement blessé aux jambes et a subi l'amputation de l'une d'elles.
- "Impitoyable" -
Comme de nombreux Palestiniens, il était rentré chez lui, profitant de la fragile trêve, rompue depuis, dans la guerre déclenchée par les attaques du Hamas en Israël le 7 octobre 2023.
Les plus jeunes sont d'autant plus vulnérables, souligne Nicholas Orr, que certaines munitions "attirent l'oeil et ça plaît aux enfants".
"Tu ramasses, ça explose, et puis tu disparais, toi, ta famille et ce qui reste de ta maison. C'est impitoyable, ravageur et d'une brutalité absolue", dit-il.
Des déplacés tombent aussi par hasard sur des engins en fouillant les gravats de leur ancien chez eux, détaille M. Orr citant ce "père de famille qui revient dans sa maison et découvre une munition non explosée dans le jardin".
"Il (...) aide sa famille à déplacer l'engin, et c'est l'accident", résume-t-il.
Alors que les bombardements israéliens ont repris le 18 mars, peu de chiffres sont disponibles sur la quantité de munitions non explosées dans le territoire.
Mais le service de la lutte antimines de l'ONU (UNMAS) a prévenu en janvier que "5 à 10%" des munitions tirées sur Gaza n'ont pas explosé et estimé que la décontamination pourrait prendre 14 ans.
Les munitions non explosées sont partout visibles, souligne Alexandra Saieh, de l'ONG britannique Save the Children qui oeuvre à Gaza.
"Quand nos équipes vont sur le terrain, elles voient des munitions non explosées tout le temps. La bande de Gaza en est littéralement jonchée", dit-elle.
- "Jouer avec le feu" -
Pour les enfants qui perdent un membre dans les explosions, "la situation est castrophique" car ils "ont besoin de soins spécialisés dans la durée, et ce n'est juste pas possible à Gaza", dit-elle.
Début mars, Israël a imposé un blocus sur l'aide entrant dans le territoire. Fini le matériel de prothèse et pour ceux qui ont été amputés, c'est une perte de mobilité sur le long terme, déplore Mme Saieh.
Dans le nord, où les combats au sol ont fait rage durant des mois, le type de munitions non explosées sont souvent des "mortiers, grenades et beaucoup de balles", reprend M. Orr.
A Rafah, où les raids aériens ont été plus intenses, "ce sont des projectiles d'artillerie, ou tombés du ciel" dont certains pèsent des dizaines de kilos.
M. Orr n'a pas été autorisé à conduire des opérations de déminage à Gaza pour ne pas risquer d'être confondu par la surveillance aérienne israélienne avec quelqu'un qui tenterait de refabriquer des armes à partir de munitions non explosées.
Il observe par ailleurs que les messages de prévention passent trop lentement alors qu'il est difficile de savoir quelle munition est susceptible d'exploser ou pas. Certains habitants croient pouvoir s'en débarrasser en voyant les autres les déplacer mais le risque est immense: "C'est jouer avec le feu et le hasard".
H.Thompson--AT