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Frappes sur Gaza, le Hamas et Israël quittent les pourparlers du Caire
Israël multiplie vendredi les frappes dans la bande de Gaza après le départ, sans accord, des deux camps de la table des négociations visant à arracher une trêve et empêcher une offensive israélienne sur Rafah.
Aux premières heures vendredi, des équipes de l'AFP ont fait état de tirs d'artillerie israéliens vers Rafah, à la frontière égyptienne, et des témoins de frappes aériennes et de combats dans la ville de Gaza (nord).
Pendant ce temps, le Hamas a envoyé un message aux autres factions palestiniennes pour expliquer son point de vue sur l'état des négociations indirectes avec Israël qui se déroulaient depuis mercredi au Caire.
"La délégation a quitté le Caire pour Doha. L'occupation a rejeté la proposition soumise par les médiateurs que nous avions acceptée. En conséquence, la balle est désormais entièrement dans le camp de l'occupation", nom donné à Israël par le mouvement islamiste, a-t-il indiqué dans cette lettre.
Les représentants du Hamas et d'Israël ont quitté Le Caire après "deux jours de négociations", avait rapporté le média Al-Qahera News, proche du renseignement égyptien, précisant que les efforts des pays médiateurs (Egypte, Qatar, Etats-Unis) "se poursuivent pour rapprocher les points de vue des deux parties".
Et la diplomatie égyptienne a exhorté vendredi le Hamas et Israël à faire preuve de "flexibilité" pour parvenir à un accord "dans les plus brefs délais" pour "mettre fin à la tragédie humanitaire" dans la bande de Gaza.
Le directeur de la CIA, William Burns, qui s'est fortement impliqué dans les pourparlers et présent au Caire et à Jérusalem cette semaine, rentre vendredi aux Etats-Unis, a affirmé la Maison Blanche.
Mais Israël a répondu que cette proposition était "loin de ses exigences" et répété son opposition à un cessez-le-feu définitif tant que le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007 et qu'il considère comme une organisation terroriste de même que les Etats-Unis et l'Union européenne, ne sera pas "vaincu".
- "Tenir seuls" -
A cette fin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu juge nécessaire une offensive terrestre à Rafah, ville où se cache selon lui les derniers bataillons du mouvement islamiste mais où s'entassent aussi 1,4 million de Palestiniens, pour la majorité déplacés par les violences.
Défiant les mises en garde internationales, l'armée israélienne a mené depuis mardi des incursions qualifiées de "ciblées" dans l'est de Rafah et pris le contrôle du passage frontalier avec l'Egypte, verrouillant une porte d'entrée névralgique pour les convois d'aide humanitaire vers le territoire assiégé.
Le président américain Joe Biden a menacé de cesser les livraisons de certains types de bombes en cas d'offensive sur Rafah, l'avertissement le plus sévère de Washington, principal fournisseur d'armes à Israël, depuis le début du conflit.
La guerre a éclaté le 7 octobre quand des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza ont mené une attaque contre Israël, sans précédent dans l'histoire du pays, qui a fait plus de 1.170 morts, majoritairement des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes.
Plus de 250 personnes ont été enlevées et 128 restent captives à Gaza, dont 36 seraient mortes, selon l'armée.
En riposte, Israël a promis de détruire le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, et lancé une offensive qui a fait jusqu'à présent 34.904 morts, selon le ministère de la Santé du Hamas.
"Si nous devons tenir seuls, nous tiendrons seuls. Je l'ai déjà dit, s'il le faut, nous combattrons avec nos ongles", a répondu jeudi Benjamin Netanyahu au président Biden.
Le porte-parole de l'armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari, a affirmé de son côté que celle-ci avait suffisamment d'armement pour "accomplir sa mission à Rafah".
Dans la nuit, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken s'est entretenu avec son homologue égyptien Sameh Choukri pour réitérer l'opposition américaine à "une opération militaire majeure à Rafah" et son "rejet" de "tout déplacement forcé des Palestiniens de Gaza".
Selon l'Agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), dont les bureaux à Jérusalem ont été la cible selon elle d'une tentative d'incendie par des "extrémistes israéliens", environ 80.000 personnes ont fui Rafah depuis qu'Israël a appelé, en début de semaine, la population de l'est de la ville à quitter les lieux.
Certains ont pris le chemin de Khan Younès, une ville en ruines à quelques kilomètres au nord, tandis que d'autres se demandaient encore où aller.
"Les chars, l'artillerie et le bruit des bombardements sont incessants. Les gens ont peur et veulent chercher un endroit sûr", a raconté à l'AFP un déplacé, Abdel Rahman.
- "Des chars partout" -
Malgré la réouverture mercredi du passage de Kerem Shalom, fermé pendant trois jours en raison de tirs de roquettes selon Israël, l'acheminement de l'aide reste "extrêmement difficile", a affirmé à l'AFP Andrea De Domenico, le chef du bureau de l'agence humanitaire des Nations unies (Ocha) dans les territoires palestiniens.
"C'est fou", les Israéliens "ont des chars partout, des troupes sur le terrain, ils bombardent la zone à l'est de Rafah et ils veulent que nous allions chercher du carburant ou des produits de base" dans ces zones de guerre alors qu'"ils savent que nous ne pouvons tout simplement pas y aller", a-t-il ajouté.
"La situation est désastreuse", a renchéri la directrice exécutive de l'Unicef, Catherine Russell, affirmant que si le carburant n'était pas autorisé à entrer, "les couveuses pour les bébés prématurés ne seront plus alimentées, des enfants et des familles seront déshydratés ou boiront de l'eau non potable et les égouts déborderont en propageant des maladies".
La situation à Gaza est au programme vendredi d'une session spéciale de l'Assemblée générale à l'ONU.
B.Torres--AT