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D'Orion à Ormuz, 166 jours d'odyssée pour le porte-avions français
Les personnels du pont d'envol forment une haie d'honneur aux quatre derniers Rafale catapultés du Charles-De-Gaulle: après cinq mois et demi d'une mission qui l'a conduit de l'Atlantique nord à la crise du détroit d'Ormuz, le porte-avions a regagné samedi son port d'attache.
A quelques heures de rallier Toulon, dans les entrailles du navire amiral de la flotte française, l'équipage s'applique à ranger et briquer les coursives.
L'atmosphère se fait légère, contrastant avec le rythme effréné de près de six mois de mer, ponctués de quelques escales, 3.400 appontages et l'"appréciation autonome de la situation" à fournir aux autorités françaises face au blocage de la circulation maritime dans le détroit d'Ormuz provoqué par la guerre entre l'Iran, les Etats-Unis et Israël.
"On est tous contents de rentrer à la maison", lâche le second-maître Oriana, qui n'est identifiée que par son prénom conformément aux exigences de l'armée française.
"Je me suis sentie utile, je me suis engagée pour ça, mais là j'en ai marre, les trois dernières semaines ont été assez hard", confie cette "chien jaune" de 26 ans, chargée de diriger les avions sur le pont d'envol.
La mission La Fayette 26, "c'était 166 jours de mer, du gros temps, deux bascules de théâtre, une prolongation de mission. Dans une vie de marin, ce n'est pas si fréquent", abonde le capitaine de vaisseau Edouard, sous-chef opérations du groupe aéronaval.
Pour le contre-amiral Thibault de Possesse, commandant le groupe aéronaval constitué du porte-avions et de ses frégates et sous-marin d'escorte, ce déploiement revêt un caractère "exceptionnel".
- 6.000 km en 6 jours -
"C'est la deuxième mission la plus longue du Charles-De-Gaulle" depuis son entrée en service il y a 25 ans, explique-t-il depuis la passerelle, "elle nous a entraînés sur six mers et deux océans dans des conditions climatiques et stratégiques extrêmement différentes".
Parti le 27 janvier de Toulon, le porte-avions et son escorte ont participé à l'exercice majeur Orion de l'armée française avant d'afficher la présence de l'Otan aux abords de la Scandinavie face à la Russie.
Le déclenchement de la guerre en Iran a changé les plans: le 3 mars, ordre est donné de rallier au plus vite la Méditerranée orientale où Chypre a été visée par des drones iraniens.
Six mille kilomètres parcourus en six jours tout en continuant l'activité des vols et en assurant le ravitaillement en carburant des frégates accompagnatrices françaises et alliées.
"On était parti pour faire acte de présence dans le Grand nord, on n'avait pas prévu de rentrer dans un conflit", même si la France n'est pas belligérante, reconnaît l'enseigne de vaisseau Matthieu, pilote de Rafale.
Pendant deux mois, lui et sa quarantaine de collègues pilotes ont volé depuis la Méditerranée orientale aussi bien en mer Noire pour rappeler à Moscou la liberté de circuler dans la zone, qu'en Irak et en Syrie pour la mission de lutte antiterroriste Chammal ou dans le canal de Syrie pour surveiller la situation au Liban.
- "Diplomatie navale"-
Le 6 mai, le groupe aéronaval franchit le canal de Suez vers la mer d'Arabie pour appuyer l'initiative diplomatique franco-britannique visant à mettre sur pied une mission multinationale afin de soutenir la liberté de la navigation dans le stratégique détroit d'Ormuz.
"C'est la redécouverte de ce qu'on appelle la diplomatie navale, l'appui des forces navales à un effort politique et diplomatique", explique le contre-amiral de Possesse, pour qui "la présence du groupe aéronaval modifie le calcul des acteurs locaux".
Pour certains membres de l'équipage, comme le second-maître Donovan, technicien spécialiste du moteur du Rafale, le passage de Suez a pourtant "mis un petit coup au moral": il s'est déroulé alors que le navire était censé terminer sa mission.
"On sait quand on part, on sait jamais quand on rentre. Notre métier c'est de savoir se préparer à tenir dans la durée, tenir dans la distance, tenir dans le climat", convient le capitaine de vaisseau Thomas Puga, commandant le porte-avions.
"A Djibouti, en mer Rouge, c'est plus de 70 degrés sur le pont d'envol, le soleil.... Lorsqu'on était dans l'Atlantique Nord, on avait -4, de l'eau à -1 degré", détaille-t-il. Eprouvant pour le matériel comme pour les hommes.
Sur le pont d'envol, la "chien jaune" Oriana l'a bien senti: "Le froid, on peut se couvrir. Puis la chaleur, mais on était toujours équipé avec les manches longues, le casque. C'était dur".
A.Clark--AT