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La mère de Navalny appelle Poutine à lui remettre "sans délai" le corps de son fils
La mère d'Alexeï Navalny a appelé mardi le président russe Vladimir Poutine à lui remettre "sans délai" le corps de son fils, l'équipe de l'opposant accusant les autorités de cacher sa dépouille pour couvrir un "meurtre".
Depuis sa mort dans une prison de l'Arctique annoncée le 16 février, la mère et un avocat d'Alexeï Navalny cherchent en vain à accéder à sa dépouille.
Mais, selon l'équipe de l'opposant, les enquêteurs russes ont affirmé qu'ils ne rendraient pas son corps avant au moins 14 jours afin de mener une "expertise". Un délai, qui, selon des juristes, pourrait être prolongé pendant des semaines.
"J'en appelle à vous, Vladimir Poutine, la solution à ce problème ne dépend que de vous. Laissez-moi enfin voir mon fils. Je demande à ce que le corps d'Alexeï soit rendu sans délai afin que je puisse l'enterrer de façon humaine", a-t-elle déclaré, filmée à proximité de la colonie pénitentiaire où est décédé son fils.
- "Rendez le corps d'Alexeï"-
Le Kremlin n'avait pas réagi dans l'immédiat. En revanche, il a rejeté mardi les accusations de la veuve d'Alexeï Navalny, qui a affirmé la veille que le président russe avait fait tuer en prison son mari.
"Il s'agit d'accusations grossières et totalement infondées contre le chef de l'Etat russe, mais étant donné que Ioulia Navalnaïa est devenue veuve il y a quelques jours, je ne ferai pas de commentaire", a dit le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
"Je me fous de la manière dont le porte-parole d'un tueur commente mes propos. Rendez le corps d'Alexeï et laissez-nous l'enterrer dignement, n'empêchez pas les gens de lui faire des adieux", a rétorqué Ioulia Navalnaïa, sur son compte X (ex-Twitter).
Dans une vidéo publiée lundi, Mme Navalnaïa, a promis de prendre la succession de son mari et poursuivre son combat.
Lundi, elle a assisté à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE lors de laquelle elle a appelé les 27 à ne pas reconnaître le résultat de l'élection présidentielle russe de mi-mars, qui doit déboucher sur un nouveau mandat pour M. Poutine, en l'absence de toute opposition et sur fond d'une répression sans merci.
- 400 arrestations -
En Russie, les modestes tentatives pour rendre hommage à l'opposant, en pleine répression et campagne d'intimidation contre toute critique depuis le lancement de l'attaque contre l'Ukraine en février 2022, ont été réprimées.
Selon l'ONG spécialisée OVD-Info, près de 400 personnes ont été interpellées par la police dans près d'une quarantaine de villes russes pour avoir voulu rendre hommage à l'opposant, notamment en déposant des fleurs ou en allumant des bougies.
Le porte-parole du Kremlin a jugé mardi justifiées ces arrestations. "Les forces de l'ordre agissent dans le cadre de la loi", a dit Dmitri Peskov.
Par ailleurs, M. Peskov a qualifié de routinière la promotion par M. Poutine lundi de hauts responsables des services pénitentiaires russes, soit trois jours après la mort de son adversaire.
"Ce sont des processus normaux d'avancement", a-t-il commenté.
Alexeï Navalny, qui purgeait une peine de prison de 19 ans pour "extrémisme" dans un camp de l'Arctique russe, est mort le 16 février en détention, selon les services pénitentiaires.
Après avoir survécu par miracle à un empoisonnement en août 2020, puis soigné en Allemagne, le militant, devenu populaire grâce à ses enquêtes sur la corruption du pouvoir russe, avait choisi de rentrer en Russie en janvier 2021.
Il avait été immédiatement arrêté et condamné successivement à des peines de plus en plus lourdes, dans des conditions de détention de plus en plus difficiles, souvent dans le froid d'une cellule d'isolement.
- "chef de gang" -
Le monde occidental a vivement dénoncé sa mort et jugé le maître du Kremlin responsable. Vladimir Poutine ne s'est pas exprimé pour l'heure sur le sujet, bien qu'il ait été informé.
Un opposant et ami de longue date d'Alexeï Navalny, Ilia Iachine, emprisonné en Russie pour avoir dénoncé l'assaut contre l'Ukraine, a lui juré de poursuivre sa lutte.
Dans une lettre diffusée mardi par ses proches, M. Iachine s'est aussi dit "convaincu" que le maître du Kremlin depuis un quart de siècle avait "ordonné" de tuer l'opposant.
"Dans la compréhension de Poutine, c'est ainsi que le pouvoir s'affirme: avec des meurtres, de la cruauté et une vengeance révélatrice. Cette pensée n'est pas celle d'un homme d'Etat. C'est celle d'un chef de gang", a fustigé Ilia Iachine.
H.Gonzales--AT