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Elections au Pakistan: les candidats d'Imran Khan font mieux qu'attendu
Les partisans de l'ex-Premier ministre Imran Khan, actuellement emprisonné, obtiennent de meilleurs résultats qu'attendu vendredi aux élections au Pakistan, selon les chaînes de télévision locale, mais la lenteur du dépouillement ne fait qu'ajouter aux soupçons de manipulation en leur défaveur.
Le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) d'Imran Khan n'a pas été autorisé à se présenter en tant que parti aux élections de jeudi. Mais des décomptes effectués par les chaînes de télévision locales montrent que des candidats indépendants - dont des dizaines affiliés au PTI - sont en tête dans plusieurs circonscriptions pour le scrutin législatif.
À 09H00 du matin (04h00 GMT) – plus de 15 heures après la fermeture des bureaux de vote – la Commission électorale du Pakistan n'a cependant annoncé que 13 résultats, attribuant cinq sièges de députés aux candidats liés au PTI.
"Pourquoi mettent-ils aussi longtemps?", s'indigne auprès de l'AFP Ambreen Naz, 35 ans, une femme d'affaires de Lahore (est). "Vous savez ce qui va passer maintenant? La bourse va ouvrir avec de fortes fluctuations. Le dollar va augmenter et la roupie chuter. Tout ça parce qu'ils ont retardé la publication des résultats, les rendant controversés".
La Commission a d'abord invoqué des "problèmes d'internet" pour expliquer la lenteur du processus. Mais le ministère de l'Intérieur a indiqué dans un communiqué qu'elle découlait "de précautions prises pour assurer la sécurité absolue" du dépouillement.
Avant l'annonce des premiers résultats, l'organisateur en chef du PTI, Omar Ayub Khan, s'est dit convaincu que son parti serait en "capacité de former le prochain gouvernement fédéral avec une majorité des deux tiers", dans une déclaration vidéo aux médias.
La Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) d'un autre ancien Premier ministre, Nawaz Sharif, est devancée par le PTI pour les chaînes de télévision, mais au coude à coude, avec 4 sièges chacuns, selon la Commission électorale.
Nawaz Sharif, 74 ans, qui est rentré au Pakistan en octobre après quatre années d'exil à Londres, aurait le soutien de l'armée selon les observateurs. Une victoire de son parti lui permettrait de diriger le pays pour la quatrième fois.
- "Fraudes pré-électorales" -
La PML-N pourrait toutefois payer le prix de son passage au pouvoir, sous la direction de Shehbaz Sharif, le frère de Nawaz, après l'éviction d'Imran Khan du poste de Premier ministre par une motion de censure en avril 2022.
Le Parti du peuple pakistanais (PPP), qui avait participé à ce même gouvernement, mais s'était distancé de la PML-N - son rival historique - pendant la campagne, semble aussi faire mieux que prévu, avec lui aussi quatre sièges selon la Commission électorale.
Son chef, Bilawal Bhutto Zardari, fils de l'ancienne Première ministre Benazir Bhutto, assassinée en 2007, a évoqué des résultats "très encourageants".
Quelque 128 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes jeudi pour élire les 336 députés du parlement fédéral et renouveler les assemblées provinciales.
La campagne avait été marquée par des accusations de "fraudes pré-électorales", avec la mise à l'écart du populaire Imran Khan, 71 ans, condamné à trois longues peines de prison, et la répression à l'encontre de son parti.
La coupure par les autorités des services de téléphonie et d'internet mobiles pour la journée électorale a encore renforcé les doutes sur la régularité des élections.
"Un effort est en cours pour falsifier les résultats", a accusé dans la nuit Raoof Hasan, responsable de l'information pour le PTI.
- Posture anti-establishment -
Les Pakistanais à 70% "n'ont pas confiance dans l'intégrité des élections", avait déjà pointé cette semaine l'institut Gallup. Cela traduit un recul démocratique pour un pays qui a été dirigé pendant des décennies par l'armée, mais est sous gouvernement civil depuis 2008.
"Les craintes de falsification des résultats et de fraudes sont répandues et à juste titre", a observé sur le réseau social X Michael Kugelman, directeur de l'Institut d'Asie du Sud au Wilson Center de Washington.
Imran Khan espérait bénéficier comme lors de son élection en 2018 de la mobilisation de la jeunesse, assoiffée de changement après des décennies de domination des grandes dynasties familiales, jugées corrompues.
La posture anti-establishment de l'ancienne star du cricket explique que sa popularité est restée intacte, malgré un passage au pouvoir marqué par la détérioration de la situation économique.
Il a défié de front l'armée, pourtant soupçonnée de l'avoir soutenu en 2018, l'accusant d'avoir orchestré sa chute en 2022 et lui attribuant ses ennuis judiciaires.
Le scrutin a été ensanglanté mercredi par la mort de 28 personnes dans deux attentats à la bombe revendiqués par le groupe Etat islamique (EI), dans la province du Baloutchistan (sud-ouest).
L'armée a indiqué que 51 attaques avaient eu lieu jeudi, qui ont fait 12 morts, dont 10 membres des forces de sécurité.
M.King--AT