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Le Pakistan vote pour des élections contestées et sous haute sécurité
La république islamique du Pakistan vote jeudi pour des élections ternies par les violences et l'emprisonnement de l'ancien Premier ministre Imran Khan, qui paraît ouvrir la voie à un quatrième mandat de Nawaz Sharif à la tête du gouvernement.
Le cinquième pays le plus peuplé au monde, avec 240 millions d'habitants, doit élire les 336 députés du parlement fédéral et renouveler ses assemblées provinciales.
Le scrutin a été ensanglanté mercredi par la mort de 28 personnes, dans deux attentats à la bombe près des bureaux de candidats, dans la province du Baloutchistan (sud-ouest).
Les bureaux de vote sont ouverts de 03H00 à 12H00 GMT pour les quelque 128 millions d'inscrits, dans un pays placé sous la surveillance de plus d'un demi-million de membres des forces de sécurité.
"Tous les efforts pour saboter la paix et la sécurité seront déjoués", a promis mercredi après les deux explosions le Premier ministre par intérim, Anwaar-ul-Haq Kakar.
L'équité du scrutin a été mise en doute par avance. Le populaire Imran Khan, 71 ans, condamné à trois longues peines de prison pour corruption, trahison et mariage illégal, n'a pu se présenter.
Son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), a été décimé par les arrestations et les défections forcées, et empêché de mener campagne. Des dizaines de ses candidats ont été interdits de se présenter et les autres ne peuvent concourir qu'en indépendants.
Le parti, qui a dénoncé une "non-élection" mais refusé de la boycotter, craint aussi que ses partisans ne puissent pas voter librement jeudi et les a appelés à ne pas porter ses couleurs.
- Interférences de l'armée -
La campagne a été particulièrement morose, signe du profond désenchantement des Pakistanais, qui à 70% "n'ont pas confiance dans l'intégrité des élections", selon l'institut Gallup.
Cette enquête traduit un recul démocratique pour un pays qui a été dirigé pendant des décennies par l'armée, mais qui avait connu des progrès depuis 2013, année de la première transition d'un gouvernement civil à un autre.
L'armée a toujours eu une forte influence même sous un pouvoir civil, mais les observateurs estiment qu'elle a interféré dans ces élections encore plus ouvertement.
Imran Khan, qui avait pourtant bénéficié de ses faveurs pour être élu en 2018, l'a défiée de front. Il l'a accusée d'avoir orchestré son éviction du poste de Premier ministre en avril 2022 et lui a attribué ses ennuis judiciaires.
Sa disgrâce semble devoir profiter à Nawaz Sharif, 74 ans, qui est rentré au Pakistan en octobre après quatre années d'exil à Londres. Les analystes estiment qu'il a le soutien de l'armée.
Le chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), qui a depuis son retour bénéficié de l'annulation de condamnations antérieures pour corruption, a promis pendant la campagne de s'appuyer sur son expérience pour redresser l'économie.
Même si la PML-N apparaît comme le favori du scrutin, son issue pourrait dépendre de la participation, en particulier des jeunes dans un pays où 44% de l'électorat a moins de 35 ans.
- Innombrables challenges -
En 2018, Imran Khan avait bénéficié d'un réel engouement populaire, notamment de la part de la jeunesse, assoiffée de changement après des décennies de domination des grandes dynasties familiales, jugées corrompues.
Même si ses quatre années au pouvoir n'ont pas été très probantes - économie en crise, opposants muselés, presse affaiblie -, beaucoup de jeunes pensent que l'ancienne star du cricket mérite une seconde chance.
La majorité absolue semble un objectif difficilement atteignable pour la PML-N. Elle devra probablement former une coalition.
Ces élections sont aussi importantes pour le chef du PPP, Bilawal Bhutto Zardari, qui à 35 ans doit prouver qu'il a bien l'étoffe d'un successeur à sa mère, l'ancienne Première ministre Benazir Bhutto, assassinée en 2007.
Le Pakistan, qui dispose d'un arsenal nucléaire et occupe une position stratégique, entre l'Afghanistan, la Chine, l'Inde et l'Iran, est confronté à d'innombrables défis.
La sécurité s'est dégradée, notamment depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en août 2021. Et son économie est en lambeaux, avec une dette abyssale et une inflation avoisinant les 30%.
Quel que soit le verdict des urnes, la question de la longévité du prochain gouvernement pourrait rapidement se poser, dans un pays où aucun Premier ministre n'a jamais achevé son mandat.
N.Walker--AT