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Aide de l'UE à l'Ukraine: Orban au coeur d'un sommet sous tension
Orban va-t-il lever son veto? Les dirigeants européens vont de nouveau s'escrimer à convaincre l'imprévisible Premier ministre hongrois d'autoriser une aide de 50 milliards d'euros pour l'Ukraine, jeudi lors d'un sommet décisif pour l'unité de l'UE.
Le leader populiste, seul parmi les Vingt-Sept à avoir maintenu des liens étroits avec Moscou après le lancement de l'invasion de l'Ukraine il y a près de deux ans, a suscité la colère et l'exaspération de ses homologues réunis en décembre dernier en s'opposant à ce soutien financier essentiel pour Kiev.
"En avant!" a lancé mercredi Viktor Orban sur Facebook, en arrivant à Bruxelles à la veille du sommet extraordinaire, convoqué pour tenter de sortir de l'impasse.
Si la colère du monde agricole ne figure pas au menu officiel des discussions, plusieurs centaines de tracteurs devraient converger à proximité des lieux de la réunion, devant le Parlement européen, selon les organisateurs.
Le dirigeant hongrois est accusé à Bruxelles de faire du chantage à l'UE pour obtenir le déblocage de fonds européens destinés à son pays mais gelés en raison des manquements à l'État de droit reprochés à Budapest.
L'issue de la réunion de jeudi s'annonce très incertaine, les négociations entre l'UE et Budapest n'ayant jusqu'ici pas permis de trouver de terrain d'entente.
"Il risque de tout faire dérailler à nouveau", s'inquiète une source diplomatique sous couvert de l'anonymat. Un responsable européen voit toutefois des signaux "un peu meilleurs" venant de Budapest.
- Compromis -
L'aide européenne destinée à l'Ukraine (33 milliards de prêts et 17 milliards de dons) est incluse dans une rallonge au budget de l'UE jusqu'en 2027.
Un appui dont Kiev a désespérément besoin pour maintenir à flot son économie, alors qu'une enveloppe d'aide américaine est bloquée au Congrès.
La Hongrie réclame de pouvoir procéder à une révision annuelle de ce soutien, avec un vote à l'unanimité, mais les autres pays de l'UE ne veulent surtout pas lui donner de telles occasions de blocage.
La proposition mise sur la table par l'UE est d'organiser un débat annuel au niveau des chefs d'Etat ou de gouvernement, sans possibilité de veto.
S'ils ne parviennent pas à convaincre leur homologue hongrois, les autres dirigeants ont promis de trouver une solution pour continuer à soutenir financièrement l'Ukraine, au moins à court terme.
"D'une manière ou d'une autre, nous trouverons une solution, avec ou sans Orban, pour soutenir l'Ukraine", a assuré le Premier ministre polonais Donald Tusk.
Une option serait de reconduire pour un an une aide macrofinancière, qui en 2023 s'élevait à 18 milliards d'euros, une formule qui ne requiert qu'une majorité qualifiée.
Mais un soutien sur plusieurs années en dehors du budget européen n'est "pas évident", reconnaît un diplomate européen.
- Option "nucléaire" -
La frustration à l'égard de Budapest est telle que certains Etats membres ont brandi la menace de faire avancer une procédure de sanction pour violation des valeurs fondamentales de l'UE (Article 7 du Traité) entamée en 2018 à l'encontre de la Hongrie.
Cette procédure, souvent qualifiée d'option "nucléaire", pourrait théoriquement déboucher sur une suspension des droits de vote de la Hongrie au sein des réunions européennes mais elle requiert l'unanimité des 26 autres -- une hypothèse peu probable.
Lors du sommet de décembre, l'ouverture de négociations d'adhésion avec l'Ukraine, à laquelle s'opposait aussi Viktor Orban, avait été possible parce que ce dernier avait accepté de quitter la salle au moment où la décision était prise.
A la veille de cette réunion, la Commission avait accepté de débloquer quelque 10 milliards d'euros de fonds destinés à la Hongrie et jusque-là gelés, mettant en avant des réformes entreprises par Budapest pour améliorer l'indépendance de ses juges.
Mais plus de 20 milliards de fonds européens sont toujours retenus, en raison d'inquiétudes de Bruxelles portant notamment sur le respect des droits des personnes LGBT+, de la liberté académique et du droit d'asile dans le pays.
Et sur ces points, aucun progrès ne permet pour l'instant de débloquer des fonds, selon la Commission.
A côté de la question budgétaire, le sommet doit également aborder l'augmentation de l'aide militaire à l'Ukraine.
Le chancelier allemand Olaf Scholz, dont le pays est le principal bailleur de fonds européen de l'Ukraine, a demandé aux autres pays d'en faire plus pour aider Kiev.
K.Hill--AT