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Un Chili divisé commémore les 50 ans du coup d'Etat militaire du général Pinochet
Le Chili commémore lundi le 50e anniversaire du coup d'Etat militaire d'Augusto Pinochet et la chute du gouvernement de Salvador Allende sur fond de divisions sociale et politique sur l'héritage de sa propre histoire.
Depuis le Palais de La Moneda, bombardé par l'armée de l'Air chilienne le 11 septembre 1973, Gabriel Boric a présidé aux commémorations, placées sous le slogan "Démocratie toujours", en présence de chefs d'Etat actuels ou anciens d'Amérique latine.
"Quelle que soit la couleur du régime qui viole les droits de l'Homme, qu'il soit rouge, bleu ou noir, les droits de l'Homme doivent toujours être respectés et leur violation condamnée sans aucune nuance", a lancé le président Boric.
"Le coup d'Etat" du général Pinochet "est indissociable de ce qui s'en est suivi, les droits de l'Homme ont été violés dès le début", a ajouté le dirigeant de gauche.
La voix sanglotante, la sénatrice socialiste Isabel Allende, fille du président défunt, a ému l'assistance en contant sa journée du 11 septembre 1973. Face à elle, au premier rang, Maya Fernandez, ministre de la Défense et petite-fille de Salvador Allende.
Une minute de silence a été respectée à 11H52, l'heure où La Moneda a été bombardée, ouvrant la voie à 17 années de dictature durant laquelle 1.747 personnes ont été tuées et 1.469 ont disparu.
Mais un demi-siècle plus tard, le Chili est toujours divisé sur le sens à donner à cette commémoration.
Selon une récente enquête réalisée par l'institut Activa Research, 40% des Chiliens estiment qu'Allende est responsable d'avoir conduit le Chili vers le coup d'Etat, tandis que 50% abhorrent le régime imposé par le général.
Par ailleurs, dans un pays où 79% des 20 millions d'habitants sont nés après 1973 et où la principale préoccupation reste l'économie et l'insécurité, ces commémorations suscitent peu d'intérêt.
- "Tirer les leçons du passé" -
Les héritiers politiques du président Allende gouvernent aujourd'hui, mais le Parti républicain, parti d'extrême droite ouvertement nostalgique de Pinochet, est arrivé en tête en mai de l'élection du Conseil chargé de rédiger une nouvelle Constitution, censée amender celle rédigée sous la dictature (1973-1990).
L'UDI, un autre parti d'extrême droite, a publié en début de journée un communiqué affirmant que le renversement d'Allende était "devenu inévitable" en raison de la "la situation extrême" dans laquelle se trouvait le pays.
"On montre qui on est quand on dit qu'il n'y avait pas d'autre alternative. Bien sûr qu'il y avait une autre alternative", a répondu lors de son discours M. Boric, forçant les applaudissements des proches des disparus et des personnalités présentes.
L'ensemble de l'opposition de droite au gouvernement s'est abstenue de se joindre à l'engagement de "défendre la démocratie contre les menaces autoritaires" promu par le président et mis à disposition des invités pour qu'ils la signent.
L'ancienne présidente Michelle Bachelet (2006-2010 et 2014-2018) a appelé l'opposition à faire preuve de plus de hauteur d'esprit. "En tant que pays, nous devons continuer à réfléchir et à tirer les leçons du passé", a déclaré à la radio Mme Bachelet, torturée pendant la dictature et fille d'un général de l'armée de l'Air mort après avoir également été torturé.
Sans avoir jamais mis les pieds dans une prison et encore moins dans un tribunal, Augusto Pinochet est mort d'une crise cardiaque en 2006 à l'âge de 91 ans.
Dimanche, une marche dans la capitale en mémoire des victimes et qui a rassemblé quelque 6.000 personnes, a été entachée de heurts. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau. Six policiers ont été blessés et onze personnes arrêtées.
La plupart des manifestants ont cependant défilé dans le calme scandant des slogans tels que "Vérité et justice maintenant!" ou "Allende est vivant".
O.Brown--AT