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Téhéran noir de monde pour la procession funèbre de Khamenei
Une marée humaine est descendue lundi dans les rues de Téhéran pour saluer le cortège funèbre de l'ancien guide suprême Ali Khamenei, au troisième jour d'obsèques nationales conçues comme une démonstration de force et d'unité.
Des images de l'AFP montrent des artères noires de monde sur plusieurs kilomètres, la télévision d'Etat estimant à plusieurs millions le nombre de participants dans un événement comparable aux funérailles en 1989 de l'ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique.
Après 40 jours de bombardements israélo-américains, dans lesquels l'ayatollah a péri le 28 février, le pouvoir iranien avait appelé les habitants à participer en masse à ces funérailles pour défier ses ennemis jurés.
"Tout le monde parle de vengeance", témoigne auprès de l'AFP Gholamreza Khanbabaei, 58 ans, déjà présent en 1989. "Il le faut, sinon plus tard ce sera pire".
Le cercueil d'Ali Khamenei, qui a présidé aux destinées du pays pendant plus de trois décennies, jusqu'à sa mort à 86 ans, a d'abord été exposé au public pendant deux jours à la Grande Mosalla, un site religieux et politique de Téhéran.
Avant de cheminer lundi dans la capitale, recouvert de fleurs et de l'emblématique turban noir du guide suprême, au milieu d'une nuée de drapeaux, de slogans et d'affiches réclamant "la tête" des dirigeants américains Donald Trump et Benjamin Netanyahu.
- Mojtaba grand absent -
Melika Nourian, étudiante de 22 ans, dit être venue "pour montrer à tous les peuples du monde combien nous l'aimions et combien nous sommes attachés au système, au peuple et à la République islamique".
Elle place désormais ses espoirs en Mojtaba Khamenei, son fils et successeur - même si au troisième jour de cet hommage de six jours, il n'a fait aucune apparition. Blessé au début de la guerre, le dirigeant de 56 ans est invisible depuis sa nomination.
La procession a duré de 10 à 12 heures par des températures dépassant les 35°C sur un trajet long de 20 km, alors que l'espace aérien est totalement fermé pour cette journée décrétée fériée.
"L'exemple donné par le martyr a montré à tous que le plus grand atout de l'Iran, c'est son peuple et son unité", a écrit sur X le président Massoud Pezeshkian, présent lundi dans la procession tout comme le chef de la diplomatie Abbas Araghchi.
L'ancien chef d'Etat Mahmoud Ahmadinejad, qui entretenait des relations difficiles avec Khamenei et n'avait pas été vu à la Mosalla, a également participé au défilé.
Le camion à toit ouvert transportant la dépouille de Khamenei et celles de ses proches tués avec lui fin février (une de ses filles, un gendre, une belle-fille et une petite-fille, âgée de 14 mois d'après les autorités) est escorté par des forces de sécurité à pied pour éviter tout incident, après le précédent de 1989.
- Halte en Irak -
Cette année-là, le 6 juin, une foule en transe avait pris d'assaut le cortège funéraire du précédent guide suprême Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique: le linceul avait été déchiré et le corps était tombé à terre.
C'est finalement par hélicoptère que le corps avait été transféré pour être inhumé dans un cimetière près de Téhéran, avec plusieurs heures de retard.
Selon l'agence officielle Irna, pas moins de 10 millions de personnes avaient afflué et les mouvements de foule avaient fait plus de dix morts et plus de 10.000 blessés.
Après la procession, le cercueil doit faire escale à Qom puis dans des sanctuaires en Irak, où vit une importante communauté chiite.
L'inhumation aura lieu jeudi dans la ville sainte de Machhad (nord-est de l'Iran), dont Khamenei était originaire.
Les funérailles de l'ayatollah, qui avait le dernier mot sur les grandes orientations de l'Etat, étaient initialement prévues en mars mais avaient été reportées en raison de la guerre.
A.Moore--AT