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Géothermie, panneaux solaires: comment vivre avec moins de gaz et de pétrole
Se chauffer par la géothermie, s'éclairer avec des panneaux solaires, cuisiner grâce à des déchets biodégradables: comment vivre avec moins de pétrole et moins de gaz dont les prix ont flambé avec la guerre au Moyen-Orient ?
Dès les premières semaines du conflit les fumées noires du charbon de bois brûlé ont envahi le ciel de New Delhi.
Sous les casseroles dans les cuisines ou dans les centrales électriques, de nombreux pays, de l'Italie à la Thaïlande, ont eu un recours accru au charbon pour éviter les coupures d'électricité et limiter les coûts, grâce à un approvisionnement régional ou local. Avec l'impact que l'on connaît sur la santé et l'environnement.
D'autres ont choisi d'accélérer leur politique en faveur de l'électrification ou les renouvelables, comme la France ou les Philippines. Mais cela va prendre du temps.
Alors que cette crise énergétique consécutive au blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran est appelée à durer, les journalistes vidéo de l'AFP ont exploré des alternatives au gaz et au pétrole.
- En France, se chauffer avec la géothermie -
Longtemps, des copropriétaires ont rejeté l'idée de passer du chauffage au gaz à la géothermie dans la résidence où habite Anne Chatelain près de Paris. Par peur du coût sans doute. Depuis le 1e janvier finalement, ils se chauffent grâce à des circuits qui captent la chaleur naturelle du sous-sol.
"Notre syndic nous annonce une baisse de 20% des charges de chauffage et d'eau chaude pour les exercices de 2026 et 2027", se réjouit cette retraitée de 69 ans alors que partout dans le monde la facture énergétique augmente.
Cette technique "permet d'une part de décarboner la chaleur pour les habitants et d'autre part d'avoir une énergie compétitive car on utilise une ressource locale" qui n'est pas "assujettie à la fiscalité et à tous les dérèglements géopolitiques" comme en Iran, explique Grégory Mascarau, directeur des relations institutionnelles ENGIE pour la région parisienne.
La géothermie de surface permet de faire du chaud et du froid en utilisant la température du sous-sol à moins de 200 mètres de profondeur. La géothermie profonde consiste à aller chercher de l'eau chaude à 1.000 ou 2.000 mètres de profondeur où sa température varie de 80 à 150°C.
Selon Ludovic Feron, de la direction du pilotage stratégique des infrastructures immobilières de l'Université Gustave Eiffel, "depuis 2023, c'est à peu près entre 25 et 30% d'économies" par rapport au coût de la chaleur procurée par des énergies fossiles.
Mais il faut un sous-sol approprié. Et la géothermie profonde "reste pénalisée par des investissements initiaux très élevés et des incertitudes sur la ressource géologique", relevait récemment la Cour des comptes. En France, ce type de chauffage ne représente qu'environ 1% de la consommation finale de chaleur.
- Au Tchad, cuisiner avec du charbon issu de déchets -
Il ressemble à du charbon de bois mais il est fabriqué avec des déchets végétaux, tiges de mil et de sésame, rafles et palmes de rônier. Les résidus sont triés, broyés, mélangés à une macération de gomme arabique, afin de faciliter l'allumage, et à de l'argile, pour ralentir la combustion.
"Ca ne fume pas, ça dure et c'est économique. Et je vois que ça ne noircit pas la marmite et il n'y a même pas d'effet secondaire", montre Sophie Saboura, 24 ans, habitante de N'Djaména.
Les briquettes noires qui chauffent sa marmite de haricots durent jusqu'à trois fois plus longtemps que le charbon traditionnel, selon Ousmane Alhadj Oumarou, directeur technique de l'usine de l'Association pour le développement socio-économique Raikina (Adser).
"Sur le plan environnemental, le charbon écologique contribue à l'assainissement. Et ça réduit aussi les effets des changements climatiques. Ca aide également contre la déforestation", dit M. Oumarou.
L'avantage climatique est que les arbres qui n'ont pas été abattus pour faire ce charbon continuent d'absorber du CO2.
Environ 10 tonnes de briquettes, utilisées pour cuisiner, sont produites chaque par jour par l'Adser. Mais on ne peut pas les trouver partout.
"Il y a des limites pour l'utilisation. Parce que dans la fabrication même déjà, ça prend du temps (...) ça peut prendre une semaine", dit Pierre Garba, spécialiste en énergie renouvelable.
"Le seul problème, c'est qu'il faut qu'il y ait des points de vente partout. Parce que parfois, quand il y a la demande, tu essaies d'appeler, tu attends, attends, attends", confirme Mme Saboura.
- Au Pakistan, s'éclairer avec des panneaux solaires -
La vue aérienne d'Islamabad est impressionnante: sur les toits des maisons, des panneaux solaires à perte de vue.
La conversion au solaire du Pakistan est "l'une des transitions énergétiques menées par les consommateurs les plus rapides jamais enregistrées", selon une étude récente du groupe de réflexion pakistanais Renewables First et le Centre pour la recherche sur l'énergie et la propreté de l'air (Crea).
Contrairement aux économies occidentales, le Pakistan n'a pas imposé de tarifs douaniers sur les technologies solaires chinoises de 2013 à 2025. Les importations ont bondi de 1 gigawatt en 2018 à 51 gigawatts cette année.
La hausse des prix du pétrole et du gaz après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a également incité les consommateurs à se tourner vers le solaire.
Dans les ruelles animées de Lahore (nord-ouest), Aftab Ahmed, commerçant de 49 ans, est à la recherche de panneaux à installer chez lui pour réduire sa facture énergétique.
"C'est devenu tellement cher qu'un habitant moyen ne peut plus se permettre d'acheter de l'essence pour sa moto ou sa voiture. Le prix du carburant a aussi un impact sur la facture d'électricité", dit-il. Le solaire, c'est la possibilité de "faire au moins quelques économies".
De fait, cette énergie est devenue ces dernières années la source d'électricité la moins chère à peu près partout dans le monde.
R.Garcia--AT