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Championne des renouvelables, accro au charbon: le paradoxe de la Chine
C'est le paradoxe chinois: le pays installe des capacités d'énergies renouvelables à un rythme qui dépasse (de loin) celui du reste du monde, mais les nouveaux projets de centrales à charbon s'y multiplient.
La Chine est le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre et sa politique environnementale déterminera en grande partie si la planète évitera – ou non – les pires conséquences du changement climatique.
D'un côté, le tableau semble encourageant: la Chine se couvre d'immenses champs de panneaux solaires, a ajouté plus capacités dans les renouvelables que la totalité de celles des Etats-Unis l'an dernier, et Xi Jinping a pris en septembre les premiers engagements de réduction d'émissions.
De l'autre, le géant asiatique a augmenté ses capacités dans le charbon au premier semestre 2025.
Le pays a représenté à lui seul 93% des nouvelles constructions de centrales à charbon dans le monde en 2024, selon le Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (CREA), basé en Finlande.
L'une des raisons ? La stratégie chinoise du "construire avant de démanteler", explique Muyi Yang, analyste du groupe de réflexion Ember.
En clair: le maintien du système existant tant que les renouvelables ne sont pas pleinement opérationnels.
"C'est comme un enfant qui apprend à marcher", métaphorise Muyi Yang. "Il y aura des chutes, comme des coupures d'électricité et des hausses de prix. Et si vous n'y prenez pas garde, vous risquez de perdre l'adhésion de la population."
- "Bureaucratique" -
Les autorités restent marquées par les pénuries d'électricité de 2021 et 2022, liées notamment aux prix, à la demande et aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Elles préfèrent ainsi assurer leurs arrières en ajoutant des capacités dans le charbon.
"C'est le réflexe bureaucratique de base, s'assurer qu'on ne vous reproche rien", affirme Lauri Myllyvirta, cofondateur du CREA.
Il s'agit également pour les autorités de couvrir les besoins économiques, souligne David Fishman, analyste du cabinet Lantau Group.
La demande d'électricité en Chine croît généralement plus vite que le rythme - pourtant rapide - d'installation des renouvelables.
Au premier semestre 2025, les capacités supplémentaires dans les renouvelables ont correspondu à la totalité de la hausse de la demande. Mais cela s'expliquait aussi par une demande plus faible. Et beaucoup d'entreprises estiment encore rentable de miser sur le charbon.
Les contraintes en matière de transport favorisent en outre le combustible fossile.
Les grandes installations sont généralement situées dans des régions peu peuplées, loin des grandes métropoles.
Acheminer cette énergie à des milliers de kilomètres accroît les coûts et incite les décideurs "à développer localement des capacités" qui sont souvent des centrales au charbon, explique M. Fishman.
"La Chine travaille à améliorer ses infrastructures physiques et commerciales pour faciliter les échanges d'électricité sur de longues distances, mais est encore loin du compte", ajoute-t-il.
- Moteur économique -
D'autres incertitudes planent sur la transition énergétique en Chine.
D'abord la fin des tarifs d'achat, qui garantissaient une rétribution minimale pour l'électricité générée par les renouvelables.
Ces renouvelables seront désormais soumis aux lois du marché, mais "la demande d'électricité verte est insuffisante pour assurer un rythme élevé d'expansion des capacités", note David Fishman.
Le gouvernement dispose toutefois de leviers, comme l'obligation faite aux entreprises d'utiliser une part minimale de renouvelable dans leur mix électrique.
Pékin vise au moins 3.600 gigawatts de capacité dans l'éolien et le solaire d'ici 2035. Mais cette ambition ne suffira pas à couvrir la demande supplémentaire.
L'ajout de centrales au charbon ne signifie pas nécessairement davantage d'émissions: le parc chinois ne fonctionne actuellement qu'à environ 50% de sa capacité.
Et le secteur des "énergies propres" (solaire, éolien, nucléaire, hydroélectricité, voitures électriques) constitue désormais un moteur économique majeur. Selon le CREA, il a contribué à 10% du PIB chinois l'an dernier, un record.
"Ce secteur est devenu totalement indispensable pour atteindre les objectifs économiques", souligne Lauri Myllyvirta.
"C'est la principale raison pour laquelle, malgré ces défis, je reste prudemment optimiste."
W.Nelson--AT