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Gel, grêle, canicules: une saison en enfer pour l'agriculture turque
"On a eu d'abord le gel, qui a ruiné les fleurs. Puis la grêle, quand les fruits étaient à peine naissants", grimace Aleaddin Cogal, producteur de citrons. Ensuite "un soleil tellement brûlant qu'il les a cuits".
L'agriculteur de 42 ans énumère la succession de catastrophes climatiques qui ont frappé cette année la région d'Adana, dans le sud de la Turquie, l'une des zones agricoles les plus fertiles du pays.
"On a perdu près de 40% de nos récoltes avec ces trois désastres", assure-t-il en désignant ses arbres chargés de fruits vert pâle, leur peau fendue ou couverte de vilaines cloques brunes dues aux envolées torrides de l'été.
"C'est comme si un incendie avait ravagé la récolte. Je n'ai jamais vécu de journées comme celles-ci", renchérit Kemal Siga, ouvrier agricole.
La Turquie a subi une multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes, effets du réchauffement climatique qui s'accélère, selon les experts, dont les communautés agricoles ont été les premières victimes.
Les épisodes de gel ont porté un coup dur aux vergers de citronniers, particulièrement sensibles au froid, dont la vallée de Cukurova, près d'Adana, assure 40% de la production turque, selon Mehmet Akin Dogan, directeur de la chambre d'agriculture locale.
"Cukurova est l'une des principales régions agricoles de Turquie et contribue à sa production et à sa sécurité alimentaires. Mais les effets du changement climatique commencent à menacer nos activités", explique-t-il à l'AFP.
- Gelées et chaleurs intenses -
"Nous avons subi des gelées et des vagues de chaleur comme jamais auparavant", déplore Mehmet Akin Dogan.
Fin février, le mercure a chuté à -8°C, puis de nouveau en avril, rappelle le responsable, qui évoque également la grêle et même des tornades.
Début août, à l'inverse, Adana a connu "la journée la plus chaude depuis 95 ans", avec une température record de 47,5°C, poursuit-il. "La seule chose qui nous a manquée, c'est une chute de météorite!"
"Les effets du changement climatique sont visibles, les agriculteurs ne savent plus quoi faire", insiste-t-il, en espérant un "soutien urgent du gouvernement".
Selon le relevé mensuel de la météo nationale (MGM), la température moyenne en juillet en Turquie (26,9°C) a dépassé de 1,9°C la moyenne de la période 1991-2020 (25°C). Au 8 août, les précipitations étaient à 80% des niveaux habituels autour de la mer Egée et même 95% à Marmara (sud-ouest), où elles ont atteint leur niveau le plus bas en 65 ans.
Un record de 50,5°C a été relevé fin juillet à Silopi (sud-est).
Cette météo hors norme a affecté d'importantes cultures d'exportations pour la Turquie, comme les abricots, les pommes, les figues ou les noisettes (70% de la production mondiale), qui fournissent le géant italien Ferrero pour sa pâte à tartiner, fauchées par le gel d'avril.
Le ministre de l'Agriculture, Ibrahim Yumakli, a évoqué 2,3 milliards de livres turques de dégâts (48 millions d'euros) pour les noisetiers.
- "Pire que le séisme" -
"Je fais de l'abricot depuis 40 ans, je n'ai jamais rien vu de tel. Les gens n'essaient plus de sauver leur récolte mais leurs arbres", confiait au printemps Orhan Karaca, directeur de la chambre d'agriculture de Malatya, en Anatolie orientale (est). "Pire que les ravages causés par le séisme" de 2023, avançait-il.
Selon le président turc Recep Tayyip Erdogan, les pertes agricoles s'élèvent au total à 23 milliards de livres turques (480 millions d'euros) pour les 50.000 agriculteurs assurés. Il a promis une aide de l'Etat aux 420.000 sans aucune couverture, de plus en plus nombreux alors que leurs revenus s'effondrent.
Les citrons risquent d'être "une denrée rare cet hiver" avec des prix déjà élevés qui vont encore augmenter, avertit Aleaddin Cogal. "Ici à Cukurova, on les paye déjà plus cher qu'en Finlande", jure-t-il. "Trois euros le kilo, là-bas c'est deux."
"C'est une perte pour notre pays. J'allais exporter, ç'aurait rapporté de l'argent. Mais avec le réchauffement qui embrouille le climat, ça n'arrivera pas", s'émeut-il.
L.Adams--AT