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Face à l'assaut des vagues, les ports du Pacifique sud-américain renforcent leurs protections
Des grues déposent d'imposants blocs de béton sur le brise-lames qui protège depuis un siècle le port chilien de San Antonio des assauts de la houle. Profitant d'une mer calme, les ouvriers s'activent avant le début de l'hiver austral, en juin.
Les opérations commerciales du principal port chilien, comme celles de dizaines d'autres, dont deux des plus importants en Equateur et au Pérou, sont de plus en plus perturbées par l'agitation marine.
Avec l'élévation du niveau de la mer et la hausse des températures liées au réchauffement climatique, "des houles plus intenses et plus fréquentes se produisent", explique à l'AFP le climatologue chilien Raul Cordero.
Des sites portuaires qui, il y a encore quelques décennies, n'auraient pas eu besoin d'être protégés, doivent désormais l'être, assure-t-il.
Or, le port de San Antonio se situe dans une baie "très exposée", note Andrés Orrego, directeur du site spécialisé Portal Portuario.
Situé à 120 kilomètres de la capitale Santiago, San Antonio est le troisième port le plus fréquenté du Pacifique sud-américain, avec 1,7 million d'équivalents vingt pieds (EVP, la mesure de référence du secteur) y transitant chaque année.
En 2021, l'infrastructure avait dû être fermée pendant 74 jours, soit huit fois plus que lorsque les mesures de protection ont débuté 13 ans plus tôt. En 2024, il a été inopérant pendant un mois entier.
- "Insécurité" -
Ces dernières années, la mer s'est infiltrée "jusqu'aux zones opérationnelles", créant "de l'insécurité" pour les travailleurs, regrette Jorge Santos, sous-directeur des opérations du port.
Depuis 2020, quelque 270 navires ont été empêchés d'entrer ou de sortir du port. Or, selon M. Santos, chaque jour d'immobilisation leur coûte entre 80.000 et 150.000 dollars.
Composé de blocs de 20 tonnes, son brise-lames de 1.000 mètres de long et dix de haut est régulièrement pris d'assaut par les vagues, explique José Aldunate, chef des travaux du port.
Le port a investi 11 millions de dollars pour le renforcer. Les travaux ont débuté en 2024 avec l'installation de blocs concaves, conçus pour renvoyer les vagues.
La moitié de la digue a déjà été consolidée, permettant déjà de réduire le nombre de jours de fermeture du port, passé de 47 en 2023 à 30 l'an dernier. La fin des travaux est prévue pour le premier semestre 2026.
"Même si ces travaux vont permettre d'atténuer l'impact des vagues, certaines passeront encore, mais dans des limites acceptables, permettant au port de continuer à fonctionner sans difficulté", estime José Aldunate.
- "S'adapter" -
Au Chili, le port d'Antofagasta, point clé de l'exportation du cuivre, prévoit également de renforcer son brise-lames afin de réduire les jours où il est contraint de fermer.
Plus au nord, le port péruvien de Callao, le principal de la région sur le Pacifique, bien que protégé par une digue de 13 mètres de haut ainsi que par deux îles, est également touché.
Fin 2024, il a été fermé pendant dix jours en raison de vagues atteignant jusqu'à quatre mètres de haut, un phénomène qui a également affecté une centaine d'autres ports du pays.
Toujours au Pérou, le nouveau mégaport de Chancay, exploité par la Chine, comprend lui déjà un vaste brise-lames de près de trois kilomètres de long.
Les ports équatoriens aussi sont touchés par le phénomène. Jusqu'il y a six ans, celui de Manta ne fermait que quelques heures chaque année en raison de la houle. En 2024, il a dû fermer plusieurs jours, a assuré à l'AFP l'Autorité portuaire.
Manta a besoin d'un plan de "travaux de protection côtière, d'amélioration des infrastructures portuaires et de stratégies d'adaptation à l'impact du changement climatique", reconnaît l'opérateur.
"C'est un problème auquel il faudra s'adapter", note le climatologue Raul Cordero. "Il faudra investir beaucoup d'argent pour se protéger contre la houle", prédit-il.
P.A.Mendoza--AT