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Au Samu, le téléphone sonne toujours plusieurs fois
"Un chien qui aboie après 18H00? Non, ce n'est pas nous": sans perdre son calme, Franck Nickles répond aux multiples appels, pas toujours urgents voire totalement hors sujet, que reçoit chaque jour le Samu de Toulouse.
"Si toute la population appelle le +centre 15+, ça va être compliqué", craint cet assistant de régulation médicale (ARM).
Pour limiter l'engorgement des urgences hospitalières, le nouveau ministre de la Santé, François Braun, a exhorté à contacter d'abord "le 15", ce qui pourrait encore intensifier l'activité des Samu.
"Il y a un flux d'appels assez conséquent sur le centre 15, notamment de gens qui ont du mal à avoir accès à leur médecin", précise Franck Nickles, 42 ans, sans quitter des yeux son écran de contrôle.
Ces gens-là sont souvent "dans des petites communes" éloignées des grandes villes et "veulent avoir des conseils", dit-il.
Dans la grande salle du Samu de Toulouse, une dizaine d'ARM et trois médecins s'affairent, à un rythme soutenu y compris lorsque la soirée est "calme".
- Appels incessants -
Les assistants ne cessent de répondre au téléphone et aux premières questions des appelants, notent leurs coordonnées. Quand il s'agit d'un cas urgent, ils transfèrent la communication à un médecin.
Au-dessus de leurs têtes, un grand écran indique les places disponibles aux urgences de Purpan et de Rangueil, les deux hôpitaux publics qui prennent en charge 70% des patients de la Haute-Garonne.
Les heures passant, le rouge, signal d'engorgement, gagne du terrain: l'hôpital public est à 50% de patients au-dessus de sa capacité et les cliniques privées sont aussi saturées.
Parmi les médecins, Julie Oudet, 41 ans, chapeaute ce soir-là l'équipe du Samu 31 et reprend l'un des appels. "Elle gémit? Elle est consciente?", questionne-t-elle, avant d'expliquer à son interlocuteur comment agir jusqu'à l'arrivée des secouristes.
Le téléphone sonne et sonne. "J'ai déclenché les pompiers. Il ne faut pas la bouger!", recommande l'urgentiste au suivant.
Devant elle, dans une petite salle qui jouxte la grande, un assistant s'occupe du suivi des équipes dépêchées chez les patients.
Il doit parfois gérer des problèmes pratiques auxquels se heurtent les soignants une fois sur place. "Madame, il y a un chien dans la cour. Il ne va pas les attaquer? On ne peut pas prendre ce risque", dit-il d'un ton posé.
- Risques pour les patients -
Lorsque le patient le nécessite, il s'agit en outre pour Julie Oudet de dénicher une place aux urgences ou dans un autre service.
Le médecin urgentiste doit donc connaître à la perfection chacun des établissements proches pour trouver ce précieux lit d'hôpital adapté aux problèmes des personnes prises en charge.
Le Samu de Toulouse traite ainsi un millier de dossiers par jour, chaque dossier pouvant nécessiter plusieurs appels.
Au niveau national, ce sont quelque 30 millions d'appels gérés par une centaine de centres en 2020.
"Aujourd'hui, quand les patients ont une urgence, ils sont pris en charge", note Julie Oudet. Mais "on est dans une situation très tendue. C'est pour ça qu'il y a des cris d'alarme lancés nationalement depuis des années", souligne-t-elle.
"Même si on ne mange pas, on ne dort pas et on court partout, comme on fait maintenant, les besoins continuent d'augmenter". Lorsque la limite du Samu est dépassée, il risque d'y avoir "une perte de chance pour les patients", déplore cette urgentiste.
Un passage préalable des patients par le 15 pourrait, selon elle, s'avérer positif afin de désengorger les hôpitaux, à condition toutefois d'accroître les moyens du Samu qu'elle estime déjà insuffisants.
La Première ministre Elisabeth Borne a souhaité début juillet "que chacun puisse prendre le réflexe du +15+ et ne pas venir systématiquement aux urgences".
Elle relayait ainsi plus sobrement le message de François Braun, qui avait affirmé avant sa prise de fonction: "Les urgences, ça ne peut plus être +open bar+".
K.Hill--AT