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Pour sauver ses chantiers navals, Washington fait payer les navires liés à la Chine
Tout navire fabriqué en Chine ou dans un autre pays mais détenu ou opéré par une entité chinoise va devoir, à partir de mardi, payer des frais spécifiques pour accoster dans les ports américains, afin d'essayer de renflouer les chantiers navals des Etats-Unis.
Ces frais, annoncés en avril par le représentant au commerce de la Maison Blanche (USTR), seront facturés à chaque visite aux Etats-Unis, et non à chaque port visité, pour un maximum de cinq fois par navire et par an.
Il a aussi instauré une tarification spécifique pour les navires fabriqués à l'étranger transportant des véhicules ou du gaz naturel liquéfié (GNL).
Vendredi, il a proposé une extension dans quelques mois à certains bateaux transportant de l'éthane et du gaz de pétrole liquéfié (GPL).
D'après les détails fournis en avril, les navires fabriqués en Chine paieront 18 dollars par tonne nette - ou 120 dollars par conteneur -, avec une hausse de cinq dollars par an pendant les trois suivantes.
Et les navires détenus ou opérés par des Chinois, mais non fabriqués en Chine, seront facturés 50 dollars par tonne nette, avec une hausse annuelle de 30 dollars supplémentaires pendant les trois années suivantes.
L'ancien président Joe Biden avait confié en 2024 à l'USTR une enquête pour identifier "les pratiques déloyales de la Chine dans les secteurs de la construction navale, du transport maritime et de la logistique".
Mission maintenue par son successeur Donald Trump, qui a également annoncé début mars la création d'un Bureau de la construction navale rattaché à la Maison Blanche.
Pour l'Alliance des manufacturiers américains, les sommes récoltées aux ports devraient abonder un tout nouveau Fonds pour la sécurité maritime.
"Les pratiques économiques déloyales de la Chine constituent un obstacle de taille pour revitaliser la construction navale aux Etats-Unis", affirme-t-elle, dans une pétition soutenant un projet de loi conçu par démocrates et républicains instituant notamment des subventions et des incitations fiscales pour développer ce secteur.
- Coup pour coup -
Mais Pékin a répliqué vendredi: les bateaux fabriqués aux Etats-Unis ou liés à une entreprise américaine (propriétaire, affréteur) s'arrêtant dans les ports chinois devront, aussi dès mardi, s'acquitter de droits "spéciaux".
Ils devront payer 400 yuans (48 euros) par tonne nette, puis 640 yuans (78 euros) en avril 2026, avant d'autres augmentations annuelles.
S'il s'agit de représailles côté chinois, les Etats-Unis nourrissent, eux, une double ambition: ressusciter une industrie qui ne représente plus que 0,1% de la construction navale mondiale et protéger leur sécurité nationale.
"C'est un problème lorsque vous êtes dépendant d'une chaîne d'approvisionnement mondiale dont vous n'avez pas le contrôle, c'est un risque de sécurité nationale", a déclaré à l'AFP Matt Paxton, président du Shipbuilders Council of America (SCA), qui représente plus de 150 entreprises américaines de chantiers navals.
Donald Trump s'emploie depuis son retour à la Maison Blanche en janvier à recréer un tissu industriel foisonnant aux Etats-Unis avec notamment l'imposition de droits de douane parfois prohibitifs.
En conséquence, de nombreuses entreprises étrangères mais aussi américaines ont annoncé des investissements astronomiques - 18.000 milliards de dollars, selon Donald Trump - dans leur appareil de production (nouvelles usines, agrandissements) sur le sol américain.
M. Paxton a évoqué "un gros intérêt pour venir fabriquer" des navires aux Etats-Unis, citant des contacts de Corée du Sud - 26% de parts de marché, derrière la Chine (50%) - mais aussi du Japon (14%), du Canada, etc.
Beaucoup de chantiers navals ne fonctionnent pas à plein régime et ont neutralisé des cales sèches, explique-t-il.
Outre une hausse de la demande étrangère, l'industrie navale se réjouit aussi de l'objectif de l'administration de construire 250 navires pour la flotte commerciale et de l'enveloppe de 50 milliards de dollars pour l'US Coast Guard et l'US Navy.
"C'est très encourageant", confie M. Paxton. "C'est un moment historique".
J.Gomez--AT