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Israël affirme avoir retardé "d'au moins deux ou trois ans" une arme nucléaire iranienne
Israël a estimé samedi avoir "retardé d'au moins deux ou trois ans la possibilité" pour l'Iran de disposer de la bombe atomique, Téhéran refusant toute reprise des négociations nucléaires avec les Etats-Unis avant l'arrêt des frappes israéliennes contre son territoire.
Depuis l'offensive massive lancée le 13 juin, "selon l'évaluation qu'on nous fait, nous avons déjà retardé d'au moins deux ou trois ans la possibilité pour eux d'avoir une bombe nucléaire", affirme le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, dans un entretien au journal allemand Bild.
"Le fait que nous ayons éliminé ces personnes qui dirigeaient et poussaient la mise au point d'armes dans le cadre du programme nucléaire est extrêmement important", dit M. Saar.
"Nous ne nous arrêterons pas tant que nous n'aurons pas fait tout ce que nous pouvons faire afin d'éliminer cette menace", assure encore le ministre.
Israël a visé des centaines de sites militaires et nucléaires dans des frappes aériennes sur le territoire iranien qui ont fait au moins 657 morts et 2.000 blessés, civils et militaires, selon l'ONG américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA).
La République islamique, qui a riposté avec des tirs de missiles et de drones vers Israël qui ont fait au moins 25 morts, dément vouloir fabriquer l'arme atomique mais défend son droit à développer un programme nucléaire civil.
- "Ils veulent nous parler" -
"L'Iran est prêt à envisager à nouveau la diplomatie une fois que l'agression aura cessé (...)", a dit le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi après une rencontre à Genève avec des ministres des Affaires étrangères européens.
Mais le président américain Donald Trump a rejeté l'idée que les Européens puissent être utiles pour résoudre la crise. "L'Iran ne veut pas parler à l'Europe. Ils veulent nous parler à nous. L'Europe ne va pas pouvoir aider sur ce sujet", a dit M. Trump qui s'est donné "deux semaines" au maximum pour décider d'une éventuelle intervention militaire américaine aux côtés d'Israël.
En soirée, plusieurs explosions ont retenti à Téhéran. L'agence de presse Fars a rapporté l'entrée en action des systèmes de défense anti-aérienne dans le centre de la capitale.
Affirmant que l'Iran était sur le point de se doter de la bombe atomique, considérée comme une menace existentielle pour le pays, Israël a lancé le 13 juin une attaque aérienne massive contre son ennemi juré, frappant des infrastructures militaires et nucléaires et tuant les plus hauts gradés du pays ainsi que des scientifiques associés au programme nucléaire.
- "Une campagne prolongée" -
Lors d'une réunion vendredi à Genève avec M. Araghchi, les chefs de diplomatie de l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont exhorté l'Iran à poursuivre la voie diplomatique "sans attendre la fin du conflit" pour résoudre l'épineuse question de son programme nucléaire.
"Le résultat positif aujourd'hui est que nous quittons la salle avec le sentiment que l'Iran est fondamentalement prêt à continuer à discuter de toutes les questions importantes pour nous, Européens", a déclaré le ministre allemand Johann Wadephul.
Pour son homologue français Jean-Noël Barrot, il ne peut y avoir "de solution définitive par la voie militaire au problème du nucléaire iranien".
Le président français Emmanuel Macron avait affirmé que les Européens allaient faire "une offre de négociation complète" à l'Iran incluant le nucléaire et les "activités balistiques" du pays.
Mais le chef d'état-major israélien, le lieutenant-général Eyal Zamir, a mis en garde la population sur un conflit au long cours.
"Nous avons lancé la campagne la plus complexe de notre histoire (...) Nous devons être prêts à une campagne prolongée", a-t-il dit dans un message vidéo aux Israéliens. "Malgré des avancées significatives, des jours difficiles nous attendent. Nous nous préparons à de nombreuses éventualités."
- Tirs de missiles -
Pendant la journée, l'Iran a tiré une salve de missiles contre Israël qui a fait 19 blessés selon un hôpital de Haïfa (nord) où au moins un bâtiment a été touché. Une attaque iranienne a aussi visé Beersheva (sud), faisant des dégâts.
Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de Téhéran, ont affirmé dans un communiqué avoir ciblé en Israël des "centres militaires, des industries de défense, des centres de commandement et de contrôle" ainsi que des bases militaires.
L'armée israélienne a de son côté annoncé avoir frappé des lanceurs de missiles sol-air dans le sud-ouest de l'Iran, après avoir bombardé des cibles à Téhéran, Ispahan (centre) et dans l'ouest du pays.
A Téhéran, des milliers de personnes sont descendues dans la rue en scandant des slogans de soutien à leurs dirigeants et contre Israël et les Etats-Unis. Ils ont brûlé et piétiné des drapeaux israélien et américain.
"Je sacrifierai ma vie pour mon guide", proclamait une banderole, en référence au guide suprême, Ali Khamenei, menacé par Israël et son allié américain.
Vendredi, jour de repos en Iran, la plupart des commerces sont restés fermés à Téhéran, à l'exception des boulangeries et de quelques magasins d'alimentation.
Dans les quartiers nord, le bazar de Tajrish, habituellement noir de monde le vendredi, était quasi fantôme et l'immense majorité des magasins fermés.
"Je n'ai pas peur de la guerre, je reste ouvert mais les affaires sont vraiment mauvaises", déclare à l'AFP un vendeur qui préfère taire son nom.
Devant le Conseil de sécurité de l'ONU vendredi, le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi a assuré pouvoir "garantir, par l'intermédiaire d'un système d'inspections incontestables, que des armes nucléaires ne seront pas développées en Iran".
Israël, qui maintient l'ambiguïté sur sa propre possession de l'arme atomique, détient 90 ogives nucléaires, selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).
R.Garcia--AT