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Remparts contre le réchauffement, les haies ancestrales du Morvan fleurissent à nouveau
Réserves d'eau et de biodiversité, puits de carbone, barrage contre la canicule: après avoir failli disparaître, les haies de végétaux tressés du Morvan, déjà connues à l'époque des Romains, fleurissent à nouveau dans le bocage bourguignon, remparts contre le changement climatique.
Le "vieux ch'mi" ("chemin" en morvandiau) fuit dans le brouillard hivernal à travers l'épaisse forêt de Chissey-en-Morvan (Saône-et-Loire). De part et d'autre de l'étroite voie boueuse, des petits noisetiers, charmes et autres frênes s'alignent en buissons anarchiques, rappelant qu'ici, jadis, se dressait une haie vive.
"J'en ai fait des quantités, des haies. Dès 6-7 ans, avec mon père", se souvient Gérard Content, 70 ans. "Mais ça a disparu", se désole l'agriculteur à la retraite.
L'apparition des barbelés et l'agrandissement des parcelles, qu'il fallait pouvoir travailler sans obstacle, ont provoqué l'élimination de 42% des haies en Bourgogne-Franche-Comté entre 1940 et 2013, selon Alterre, l'agence régionale pour l'environnement.
En France, plus de la moitié des haies ont été rasées en lien avec le développement d'une agriculture intensive exigeant des surfaces de culture plus propices à l'usage du tracteur: de plus de deux millions de km au début du XXe, on est passé à 750.000 kilomètres aujourd'hui.
Des études sur leur rôle environnemental ont cependant conduit le gouvernement à lancer fin septembre un plan d'aide de 110 millions d'euros, pour gagner, d'ici à 2030, 50.000 km de haies. En plantant et en préservant l'existant.
C'est ce que le Parc naturel régional du Morvan (PNR) fait depuis 2009, avec un programme formant gratuitement ceux qui voudraient entretenir sur leurs terres les haies vives selon la méthode ancestrale de la "pléchie" ("tressage").
- "Ca pousse tout seul" -
"C'est une technique qui existait déjà dans l'Antiquité. Jules César parle de haies infranchissables dans sa Guerre des Gaules" (57 avant J.C.), explique Maud Marchand, responsable du programme au PNR, à une dizaine de "stagiaires" réunis dans la brume matinale.
"C'est pas très compliqué", assure Gérard Content. Président de l'Association des plécheux ("tresseurs") du Morvan, il dirige une vingtaine de journées de formation, de février à mi-mars.
"Faut juste entailler la base de la branche", dit-il devant ses "élèves", en incisant à la serpe la tige d'un noisetier. "Puis on plie le tronc et on le couche pour le placer entre les pieux", qui ont été auparavant plantés en ligne pour former la haie. "Et ça pousse tout seul".
Au printemps, l'arbuste reprendra sa croissance, non plus en hauteur mais couché le long de la haie.
S'emparant d'une hachette, Léonard Corbizet, 35 ans, s'essaie au maniement et entaille au pied du fin tronc, timidement. "Encore, encore", ordonne Gérard d'un ton docte.
Léonard, arrivé en mai 2021 de la région parisienne pour tenter une reconversion dans l'agriculture avec son épouse, Gwendoline, 33 ans, thérapeute médium, fait partie des "néo-ruraux" attirés par le concept.
Le couple, nouveau propriétaire de 14 hectares où il aimerait élever des chèvres, voudrait entretenir ses haies "sans utiliser de produits, dans le respect de la nature".
"Le développement est formidable", se réjouit Maud Marchand: "On avait une centaine de stagiaires au début en 2009. On en a 400 maintenant".
"On a voulu transmettre ce savoir-faire et préserver un patrimoine mais on n'est pas dans le folklore. C'est surtout utile pour le développement durable: on redécouvre le rôle environnemental des haies pléchées", dit-elle.
Leur intérêt est en effet multiple contre le changement climatique, explique Perrine Lair, chargée du programme "Bocag'haies" chez Alterre, car "réserve de biodiversité, les haies sont des routes-refuges pour la faune et la flore".
"Elles sont de plus des puits de carbone, encore plus que la forêt. Elles ont un effet brise-vent et sont des tamponneurs de températures: en offrant un ombrage, elles limitent l'évapotranspiration et protègent les vaches, qui produisent moins au-delà de 25 degrés", ajoute-t-elle.
"Mais beaucoup d'agriculteurs ne saisissent pas encore cette opportunité et se plaignent toujours des haies", reconnaît-elle. "La pente est rude".
W.Morales--AT