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Attal donne des gages aux agriculteurs avant le Salon, où Macron est attendu de pied ferme
Gabriel Attal a placé mercredi l'agriculture "au rang des intérêts fondamentaux" du pays, récapitulant les engagements déjà pris par le gouvernement et annonçant quelques nouvelles mesures sur les saisonniers étrangers, les pesticides et la rémunération, mais semble avoir laissé sur leur faim les agriculteurs.
C'est clairement d'Emmanuel Macron, attendu samedi au premier jour du Salon de l'agriculture à Paris, que les acteurs du secteur attendent désormais des engagements.
L'agriculture, a dit Gabriel Attal lors d'une conférence de presse, fait partie "des intérêts fondamentaux" de la nation au même titre que sa sécurité ou sa défense. "L'objectif de souveraineté agricole et alimentaire" sera inscrit "noir sur blanc" dans le futur projet de loi d'orientation agricole, a-t-il promis.
Le texte, renommé Projet de loi pour une agriculture souveraine selon un communiqué de Matignon, comprendra aussi plusieurs mesures de simplification, une revendication forte des manifestants, sur les haies, par exemple.
Sur les pesticides, la France va abandonner l'indicateur qu'elle utilise actuellement pour mesurer la réduction de leur usage, le Nodu, défendu par les associations environnementales mais contesté par le syndicat agricole majoritaire FNSEA et l'industrie des pesticides.
Pour améliorer le revenu des agriculteurs, le gouvernement va présenter d'ici l'été un nouveau texte de loi pour "renforcer le dispositif Egalim" devant permettre une meilleure rémunération des producteurs dans le cadre des négociations entre distributeurs et fournisseurs agro-industriels, a annoncé Gabriel Attal.
Selon un décompte du gouvernement, sur 62 engagements pris, 50% sont déjà réalisés, 31% sont "avancés" et 19% "engagés".
- Campement au salon de l'Agriculture -
Le syndicat majoritaire, la FNSEA, qui a rencontré à de multiples reprises l'exécutif depuis plusieurs semaines, a salué des "avancées certaines" mais s'en remet à Emmanuel Macron pour engager le gouvernement sur un calendrier rapide et clair.
La présidente de la Coordination rurale, deuxième syndicat du secteur, Véronique Le Floc'h, a de son côté regretté que le Premier ministre n'ait pas annoncé une "année blanche", avec suspension des remboursements des prêts pour soulager la trésorerie des agriculteurs.
Et inscrire la souveraineté agricole et alimentaire dans la loi avec l'objectif de produire plus, "de quoi parle-t-on?", s'est-elle interrogée. "Avant de produire plus, on veut savoir combien on va gagner."
Sur le terrain, des agriculteurs ayant suivi l'intervention du Premier ministre à distance ont aussi fait part à l'AFP de leur circonspection.
"Ça fait beaucoup d'engagements mais combien vont être tenus jusqu'au bout?", demande Romain Duteil, 25 ans, éleveur de bovins dans l'ouest de la Creuse. "On se fait un peu balader depuis quelques semaines et, après le Salon, on ne parlera plus de nous. Il faut de vraies répercussions sur le compte en banque."
Pour Grégoire Bouilliant, producteur de grandes cultures dans le Vexin, les annonces relèvent encore de "la mesurette". "Notre cher président n'a pas compris le message qu'on lui a envoyé, on va malheureusement le rappeler à l'ordre dans quelques jours", a-t-il prédit.
"Une fois de plus rien n'est annoncé sur le soutien des trésoreries et ce qui est dit sur la loi Egalim ne changera pas le prix du blé pour les céréaliers", a aussi réagi Orian Massaglia, secrétaire général des JA du Gers.
Comme un rappel du début du mouvement, quelque 70 km de l'autoroute A62 sont fermés à la circulation entre Agen et Montauban en raison d'un blocage par une poignée de manifestants qui ont répandu du lisier sur 200 mètres.
Actions dans des supermarchés pour y dénoncer la vente de produits étrangers, retour de tracteurs sur les routes et les ronds-points, fumier déversé à Nancy devant plusieurs bâtiments administratifs, la tension reste palpable.
Pour peser jusqu'au bout, les deux syndicats majoritaires, FNSEA et Jeunes agriculteurs (JA), ont prévu à Paris vendredi soir un "cortège" d'agriculteurs emmenés par quelques tracteurs et se terminant devant les portes du Salon, où plusieurs d'entre eux pourraient camper jusqu'à la venue du président le lendemain. Selon la FNSEA, Emmanuel Macron est ouvert à l'idée d'un débat avec des agriculteurs.
La Coordination rurale a prévu aussi une manifestation vendredi à Paris.
Gabriel Attal a en tout cas redit qu’il ne souhaitait pas que le Salon de l’agriculture devienne "l’otage" des responsables politiques et a proposé de nouveau à Marine Le Pen de débattre avec lui de ces questions.
Ce que la cheffe de file des députés a refusé mardi soir. "Ça montre manifestement qu'elle n'est pas très à l'aise sur ces questions-là et qu'elle a peur que ça se voie", a commenté le Premier ministre.
Th.Gonzalez--AT