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Ehpad: un an après "les Fossoyeurs", des règles plus strictes mais les difficultés demeurent
L'émotion suscitée il y a un an par les révélations du livre "Les Fossoyeurs" sur les malversations du groupe Orpea a débouché sur des contrôles renforcés, des règles budgétaires plus strictes et davantage de transparence, mais n'a rien changé au manque de personnel chronique dans les Ehpad, soulignent les acteurs du secteur.
Premier impacté par le tsunami médiatique, le groupe Orpea lui-même a d'abord réagi en niant tout manquement, puis a changé de stratégie: il a limogé ses principaux cadres dirigeants et annoncé vouloir améliorer ses pratiques. Mais l'entreprise, visée par plusieurs enquêtes judiciaires, est en difficultés financières et peine à finaliser un plan de restructuration de sa dette.
Pour l'auteur des "Fossoyeurs" (Fayard), Victor Castanet, qui se félicite d'avoir enclenché "un débat de société", il n'y a en tout cas plus chez Orpea de "système" visant à maximiser les profits au détriment du bien-être des résidents et des salariés, et via des détournements d'argent public.
En interne, le dialogue social s'est nettement amélioré, estime par ailleurs, une déléguée CGT interrogée par l'AFP, qui préfère rester anonyme. "Avant, la direction ne nous écoutait tout simplement pas. Désormais, on peut se parler, dans un climat apaisé", même si "certains directeurs régionaux, formatés à l'ancien Orpea, sont encore en place", ajoute-t-elle.
Les syndicats d'Orpea attendent également beaucoup des nouvelles élections professionnelles prévues le 9 mars, la justice ayant annulé le précédent scrutin en estimant qu'il avait été manipulé par l'ancienne direction au bénéfice d'un syndicat "maison" - ainsi que l'avait raconté Victor Castanet.
Centré au départ sur Orpea, le scandale a eu aussi des conséquences sur l'ensemble du secteur des maisons de retraite, privées, associatives ou publiques.
- "Un avant et un après" -
Partout, les contrôles ont été renforcés: alors qu'auparavant chaque établissement n'était inspecté que tous les 20 ans, le gouvernement a ordonné le contrôle, sous deux ans, de l'intégralité des 7.500 Ehpad de France. Au 31 décembre, environ 1.400 l'avaient été (ou étaient en train de l'être), dont la moitié sur place. Et 120 inspecteurs doivent été recrutés d'ici la fin de l'année pour renforcer les effectifs chargés de ces inspections.
En outre, un décret paru en avril a obligé les établissements à plus de transparence quant à leurs prestations et leur gestion des sommes facturées aux résidents.
"Tout n'a pas changé du jour au lendemain car tout ne méritait pas de changer", souligne Florence Arnaiz-Maumé, la déléguée générale du Synerpa, syndicat des Ehpad privés. "Il y aura un avant et un après +Les Fossoyeurs+, mais l'évolution doit se faire au long cours", assure-t-elle.
Pour "rétablir la confiance du public", le Synerpa a présenté cette semaine une "charte" de dix engagements, déjà signée par les principaux groupes du secteur, dont Korian, Colisée et DomusVi. Elle prévoit la publication d'indicateurs sur la qualité de soin des résidents, mais aussi sur la qualité de vie au travail des salariés, ainsi qu'une analyse des risques de maltraitance.
Pour autant, "la transparence ne fait pas forcément la qualité", observe Annabelle Vêques de l'association Fnadepa, qui regroupe quelque 1.200 directeurs d'Ehpad.
"Ce n'est pas parce qu'on affiche le taux de personnel que les personnes âgées seront mieux accompagnées", ajoute cette responsable, qui doute également de l'efficacité des contrôles annoncés par le gouvernement: selon elle, dans la plupart des cas, les contrôleurs se contenteront des documents comptables et administratifs envoyés par mail par les directeurs.
"Nous avons espéré que ce scandale débouche sur du concret. Mais au quotidien, rien n'a changé pour les personnes âgées", déplore Mme Vêques: "on manque toujours autant de personnel, on n'a aucune amélioration de la qualité de l'accueil, et le gouvernement n'a toujours pas mis en chantier sa loi sur le grand âge", déplore-t-elle.
Pour Laurent Garcia, cadre de santé en Ehpad qui a été l'une des sources de Victor Castanet pour son enquête, "les gens qui travaillent dans le métier ont envie de changer les choses, mais pas le gouvernement. Le livre a permis de lever le voile sur la situation des vieux, mais ce voile est retombé".
R.Lee--AT