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A la frontière sino-birmane, une ville épuisée par le Covid revient lentement à la vie
Au sud de la Chine, à la frontière avec la Birmanie, la ville de Ruili revient lentement à la vie grâce à l'abandon par Pékin de sa stratégie de tolérance zéro à l'égard du Covid, après trois ans d'éprouvants confinements.
Près d'un poste-frontière, les magasins vendant les célèbres bijoux en jade de la région semblent abandonnés. La clientèle s'est tarie à cause de l'absence de transports transfrontaliers depuis avril 2020.
La réouverture de la Chine suscite l'espoir d'une relance pour l'économie engourdie de Ruili. Dimanche, un responsable birman a déclaré à l'AFP que la frontière avait enfin été partiellement rouverte, et que certains camions l'avaient franchie.
Adossés à la barrière séparant les deux pays, deux hommes regardent à travers les grilles la ville voisine de Muse, en Birmanie.
"Nous sommes originaires de Birmanie", dit l'un d'eux. "Nous ne sommes pas revenus chez nous depuis trois ans et ça nous manque vraiment".
Ruili a été l'une des villes chinoises les plus durement touchées par les trois ans de politique sanitaire draconienne. En raison de sa position à la frontière, les autorités, qui cherchaient à tout prix à éviter l'importation des cas de Covid, la considéraient comme un point particulièrement sensible.
Ses résidents ont été confinés plus d'une dizaine de fois et ont été empêchés de voyager durant la majeure partie de la pandémie.
"Nous avons été confinés tellement souvent chaque année! Pas seulement une ou deux fois. C'était comme si nous avions dormi pendant des mois et des mois à la maison", raconte à l'AFP Duan, un vendeur de jade dans le marché de bijoux Delong.
Faute de pouvoir fonctionner normalement, de nombreux commerces ont dû cesser leur activité, déplore-t-il, désignant les étals fermés autour de lui.
- Population en chute libre -
La ville, qui comptait près 250.000 habitants avant la pandémie, a vu sa population diminuer de 40.000 personnes entre 2020 et 2021, selon le dernier recensement.
Huang, une autre vendeuse de bijoux, dit à l'AFP s'être retrouvée piégée hors de Ruili par une interdiction de voyager en 2020, après avoir assisté aux funérailles de sa belle-mère dans la lointaine province septentrionale du Shanxi.
Lorsque les restrictions ont été levées le mois dernier, elle s'est empressée d'y revenir pour pouvoir enfin célébrer à nouveau le Nouvel An lunaire fin janvier avec ses parents.
Les informations sur la réouverture ou non de la frontière restent confuses. U Min Thein, vice-président de la Bourse du riz de Muse, a déclaré dimanche à l'AFP que la Chine n'autorisait pas encore les gens à la traverser.
Des habitants de Ruili ont dit pour leur part à l'AFP que les autorités chinoises ont bien donné leur feu vert à la réouverture des points de contrôle, mais que c'est la Birmanie qui n'accepte pas encore de laisser entrer les voyageurs.
- Inquiétude côté birman -
A Muse, côté birman, les habitants s'inquiètent de l'actuelle flambée de cas de Covid-19 en Chine, où le gouvernement a reconnu au moins 60.000 morts depuis la levée des restrictions sanitaires il y a un mois.
"Plus d'une centaine de personnes ont été tuées par la pandémie de Covid-19 en 2021 à Muse, alors les résidents ont eu une très mauvaise expérience", explique à l'AFP un vendeur de conduites d'eau.
Selon lui, les tests pratiqués par les autorités birmanes sur les voyageurs entrants ne sont pas fiables. "S'ils testaient correctement et soigneusement, nous n'aurions pas à avoir peur", critique-t-il, reconnaissant cependant l'importance de la réouverture pour relancer le commerce local.
"J'espère que l'économie va se rétablir et redevenir comme avant", dit Soe Soe Aye, qui travaillait autrefois dans une usine de vêtements en Chine.
Sur un marché de nuit à Ruili, touristes et résidents dégustent des crêpes frites et des brochettes de viande. Zhang, propriétaire d'un stand de barbecue et de fondue thaïlandais, affirme que les affaires ont repris depuis la levée des restrictions sanitaires.
Mais d'autres propriétaires d'échoppes trouvent que le manque de visiteurs birmans se fait toujours cruellement sentir, et attendent impatiemment la reprise du trafic piéton entre les deux pays.
La levée des restrictions chinoises a néanmoins été accueillie avec un grand soulagement.
"Il s'est écoulé très peu de temps entre le moment où nous avons pensé que les choses pourraient rouvrir et celui où elles ont effectivement rouvert", reconnaît Zhang. "J'ai l'impression que le bonheur est arrivé très vite".
M.Robinson--AT