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A Dijon, sur les traces des mystérieux Gaulois enterrés assis
Au fond de tombes circulaires, des squelettes de Gaulois enterrés assis. Pourquoi ont-ils été installés ainsi ? Étaient-ils même seulement morts ? De nouvelles sépultures découvertes à Dijon rappellent à quel point les coutumes de nos ancêtres restent encore très mystérieuses.
Au cœur de la cité bourguignonne, les élèves de l'école primaire du groupe Joséphine Baker ont une nouvelle attraction depuis quelques jours: un squelette, particulièrement bien conservé, qui repose au fond d'une fosse circulaire, dans une zone de fouilles qui jouxte leur cour de récré.
Ce squelette, comme les quatre autres mis au jour début mars, repose assis au fond d'une fosse d'un mètre de circonférence et d'une quarantaine de centimètres de profondeur. Ses bras descendent le long du buste, les mains sont posées à proximité du bassin, le dos repose contre la paroi orientale, le regard portant vers l'ouest.
Exactement comme les treize squelettes gaulois déjà découverts l'an dernier sur ce même chantier, à une vingtaine de mètres.
Depuis plus de 30 ans, des fouilles archéologiques menées dans la ville, en préambule de projets de construction révèlent un lien particulier avec les Gaulois, ce peuple celte qu'Astérix et Obélix ont rendu célèbre mais qui reste mal connu des archéologues.
Car les Gaulois appartiennent à la protohistoire, cette période entre préhistoire et histoire, où les peuples concernés n'existent qu'à travers les écrits d'autres peuples.
Les Gaulois sont ainsi connus par les écrits de César sur sa conquête des Gaules - des écrits forcément partiaux.
Pour les archéologues, Dijon est une ville incontournable pour essayer de mieux les connaître. Avec deux autres tombes du même type déjà découvertes en 1992 lors de précédents travaux, une petite zone du centre-ville comptabilise à elle seule une vingtaine de tombes de Gaulois assis, sur les 75 que l'on recense actuellement dans le monde (France, Suisse et Grande-Bretagne).
"Ce sont des découvertes particulièrement impressionnantes, on peut parler à Dijon d'une agglomération gauloise significative au vu du nombre et de la qualité des découvertes", souligne Régis Labeaune, archéologue de l'Inrap, l'Institut national de recherches archéologiques préventives à l'origine des nouvelles découvertes.
- "Frustrant comme métier" -
Pour autant, les questions sont encore très nombreuses: pourquoi sont-ils ainsi enterrés ? Etait-ce par répudiation ou au contraire parce qu'il s'agissait de personnages importants ?
Etaient-ils d'ailleurs bien morts avant d'être enterrés ? Cinq à six d'entre eux présentent des traces de violences, l'un d'eux ayant une plaie mortelle sur le crâne. S'agissait-il de sacrifices pour rendre la terre plus fertile, ou de soldats adverses que l'on a ainsi placés pour décourager l'ennemi ?
À l'exception d'un brassard qui permet de rattacher l'occupation à l'époque gauloise, aucun mobilier personnel ou de parure n'est associé aux dépouilles retrouvées à Dijon.
Ce sont tous des hommes, mesurant entre 1,62 m et 1,82 m, à l'exception d'un enfant retrouvé en 1992.
Leur dentition apparaît incroyablement bien conservée, "probablement parce qu'ils ne connaissaient pas le sucre", glisse Annamaria Latron, archéo-anthropologue de l'Inrap.
"Leur usure est classique pour dix d'entre eux, avec quelques marques de polissage. Leur os présentent des traces d'arthrose, qui sous-entendent une activité physique intense. Et l'on observe également une sollicitation importante des membres inférieurs", répertorie l'archéo-anthropologue.
"Nous n'avons pas d'hypothèse privilégiée" quant au pourquoi de ce type d'inhumation, souligne-t-elle.
"Il nous manque la partie en surface, ce qu'il y avait au-dessus de ces tombes. Archéologue peut être très frustrant comme métier", sourit la chercheuse.
Non loin, dans les années 1990, ont également été retrouvés des cadavres d'animaux (28 chiens, cinq moutons et deux truies), qui semblent "dater de la fin de l'époque gauloise et qui semblent répondre à des pratiques sacrificielles dont les traces ont été rencontrées à plusieurs endroits", précise l'Inrap.
L'Institut consacre sa saison 2026 à la période gauloise.
"Ce qui nous reste des Gaulois dans notre langue, c'est aussi le +Pagus+, la plus petite délimitation territoriale, qui a donné pays, puis paysage, paysan, paganisme ou même... une page", rappelle Dominique Garcia, le président de l'Inrap.
Avec les Gaulois, il en reste encore beaucoup à écrire, car "les deux-tiers de nos préfectures ont des origines gauloises aux yeux de l'archéologie", rappelle-t-il.
P.Smith--AT