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Le travailliste Andy Burnham facilement élu député, en position de défier Starmer
Le maire travailliste du Grand Manchester Andy Burnham a été élu député haut la main vendredi lors d'une législative partielle, une victoire électorale qui lui permet de se placer en pole position pour succéder à Keir Starmer à Downing Street.
Avec 54,8% des voix soit plus de 9.000 voix d'avance, Andy Burnham, 56 ans, ex-ministre sous Gordon Brown et maire de Manchester depuis 2017, a largement battu Robert Kenyon (34,5%), candidat du parti anti-immigration Reform de Nigel Farage, dans la circonscription de Makerfield proche de Manchester (nord-ouest).
Reform, pourtant en tête des sondages nationaux depuis des mois et vainqueur d'élections locales dans cette région début mai, subit ainsi un important revers. Il a pâti de la concurrence d'un nouveau parti, Restore Britain, plus à l'extrême droite encore, dont la candidate Rebecca Shepherd est arrivée troisième avec 6,8% des voix, loin devant le candidat conservateur (2,2%).
"Je le dis à mon propre parti: c'est une dernière chance de changer", a lancé Andy Burnham à l'annonce des résultats à Wigan, où se déroulait le dépouillement du scrutin marqué par une forte participation, à la hauteur de son enjeu national.
"Tout le monde sait que la politique ne marche pas, tout le monde peut sentir que le pays n'est pas actuellement là où il devrait être. Ce soir pourrait marquer un tournant", a-t-il ajouté sous les applaudissements de ses partisans.
- "Roi du Nord" -
Bien qu'il soit le plus populaire des responsables travaillistes selon l'institut YouGov, Andy Burnham, surnommé le "roi du Nord" et déjà candidat malheureux à la tête du Labour en 2010 et 2015, ne pouvait prétendre diriger le parti et devenir Premier ministre sans retrouver préalablement un siège de député.
Pour l'analyste John Curtice, de l'université de Strathclyde, il a pu emporter cette élection cruciale en "jouant sur deux tableaux": séduire aussi bien les électeurs traditionnels du Labour que ceux qui veulent voir Keir Starmer chassé du pouvoir, ainsi que grâce à une mobilisation de l'électorat inquiet de la montée de l'extrême droite, incarnée par Reform et Restore.
Celui qui prône une politique plus à gauche pour le Labour apparaît désormais idéalement placé pour évincer M. Starmer, très impopulaire et contesté depuis des mois au sein du parti - et plus encore depuis la démission la semaine dernière de son ministre de la Défense et de son secrétaire d'Etat aux Armées.
Pourfendeur du "néolibéralisme", Andy Burnham affiche notamment sa volonté de redynamiser les régions en difficulté, à l'image du renouveau qu'il a incarné à Manchester, ex-bastion industriel.
Pour rassurer des marchés inquiets, il s'est néanmoins engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuelle ministre des Finances, Rachel Reeves.
- Face à Starmer, plusieurs scénarios -
Au-delà de son investiture comme député attendue lundi, la façon dont il compte maintenant défier Keir Starmer est cependant incertaine, et les médias britanniques comme le Times ou le Guardian spéculaient sur les scénarios possibles.
Le plus rapide, selon Andrew Fisher, ex-directeur politique du Labour sous Jeremy Corbyn, serait que le Labour se rassemble largement autour de M. Burnham et que Keir Starmer démissionne. Ce qui pourrait permettre au parti de désigner formellement Andy Burnham à sa tête dans les jours qui viennent, et d'éviter une élection interne au Labour potentiellement fratricide.
Mais le Premier ministre n'a montré jusqu'ici aucun signe qu'il pourrait quitter volontairement le pouvoir. "Je ne vais pas partir, je vais me battre", a-t-il répété mercredi sur Sky News.
Selon un autre scénario, il accepterait de s'en aller, mais seulement après la conférence annuelle du Labour fin septembre. Au risque de paralyser l'action gouvernementale dans l'intervalle.
D'autres hypothèses encore verraient Andy Burnham et ses alliés forcer la main à Keir Starmer, soit en brandissant la menace de démissions de poids-lourds de son gouvernement, soit en déclenchant une élection interne.
Dans ce dernier cas, le maire du Grand Manchester devrait réunir le soutien de 81 parlementaires, mais sa popularité parmi les quelque 400 députés travaillistes est telle qu'il y arriverait sans peine.
Le scénario d'une bataille électorale interne n'est cependant clairement pas son préféré, qui prendrait des semaines et pourrait éroder sa popularité,
L'ancien ministre de la Santé Wes Streeting, autre rival de Keir Starmer qui a démissionné après la défaite du Labour aux élections locales de mai, a lui affirmé dès mercredi avoir les 81 parrainages nécessaires et s'est dit prêt à lancer les hostilités, peut-être dès la semaine prochaine.
M. Streeting a cependant estimé qu'il fallait d'abord laisser à M. Starmer le "temps de la réflexion" ce weekend. Avec l'espoir que le Premier ministre en ressorte convaincu de la nécessité de jeter l'éponge...
T.Wright--AT