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Après la guerre, la République islamique d'Iran toujours debout et une opposition hors jeu
La République islamique ne s'est pas effondrée: au terme de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, non seulement les religieux ultraconservateurs sont toujours au pouvoir à Téhéran, mais l'opposition est plus que jamais marginalisée.
Le président américain Donald Trump, qui a apporté son soutien aux manifestations antigouvernementales en début d'année, avait brandi l'argument au début du conflit que les bombardements devaient ouvrir la voie à un soulèvement populaire capable de faire tomber le pouvoir iranien.
Mais les dissidents iraniens sont les premiers perdants de l'accord trouvé cette semaine entre Washington et Téhéran pour mettre fin au chaos, selon des experts et défenseurs des droits humains interrogés par l'AFP.
Les mouvements d'opposition en exil, qui s'étaient empressés de se positionner en vue d'une hypothétique transition, n'ont pas réussi à "saisir l'opportunité", explique Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa.
"Au contraire, les luttes intestines au sein de l'opposition en exil se sont intensifiées", estime-t-il, tandis que l'opposition intérieure "a été considérablement affaiblie" après des décennies de répression.
En Iran, certains avaient exprimé l'espoir d'une intervention étrangère après le mouvement de contestation de janvier, réprimé dans le sang.
Et le 28 février, au premier jour des frappes israélo-américaines, des cris de joie ont accueilli dans des quartiers de Téhéran l'annonce que le guide suprême Ali Khamenei avait été tué.
Mais au fil de la guerre, les attentes se sont envolées face à la riposte de la République islamique qui, loin de battre en retraite, a attaqué Israël et ses voisins du Golfe alliés aux Etats-Unis.
Les morts de civils et destructions du conflit, la vague d'arrestations et d'exécutions, les coupures massives d'internet n'ont au final fait qu'aggraver les souffrances des habitants, sur fond de marasme économique.
- "La paix avec mon bourreau" -
"Cette guerre n'a jamais été menée pour les droits humains" des Iraniens, assène Mahmood Amiry Moghaddam, directeur de l'ONG Iran Human Rights. Et s'est au contraire retournée contre eux en permettant aux autorités de s'en servir de "prétexte pour intensifier la répression".
Pour lui, "le changement démocratique doit venir du peuple iranien, et non d'une intervention militaire étrangère".
Le vice-président américain JD Vance a insisté cette semaine sur le fait que la guerre visait avant tout à mettre fin au programme nucléaire iranien et que la position de Trump avait toujours été: "Si le peuple iranien veut se soulever, tant mieux. C'est son affaire".
N'empêche, des Iraniens confiaient leur sentiment de trahison ces dernières heures.
"Ils ont beau essayer d'enjoliver l'accord, cela ne fera que leur donner (aux autorités iraniennes, NDLR) le pouvoir de nous opprimer davantage", dit Sima, une habitante de Téhéran de 34 ans, sous couvert d'anonymat: "Toute forme de paix avec la République islamique reviendrait à faire la paix avec mon bourreau".
Pour Reza Pahlavi, fils de l'ex-chah d'Iran renversé en 1979, "toute négociation avec ce régime est vouée à l'échec et nous en subirons tous les conséquences". C'est "moralement répréhensible et une erreur stratégique", a-t-il écrit sur X.
M. Pahlavi, dont le nom a été scandé durant les récentes manifestations en Iran, a souvent été cité par les médias comme une alternative possible. Mais ni lui, ni aucune autre figure de l'opposition n'a obtenu le soutien de Donald Trump.
- Prisonniers politiques -
Selon Thomas Juneau, les manifestations n'ont pas permis de faire émerger une coalition unie, les différentes factions de la diaspora préférant organiser leurs rassemblements chacune de leur côté.
Un autre groupe important, les Moudjahidine du peuple (OMPI), a fustigé à la fois la République islamique et les monarchistes en réaction à l'accord américano-iranien, affirmant qu'ils étaient les seuls à "souhaiter la guerre".
Leur responsable, Maryam Radjavi, a appelé à inclure la fin des exécutions de prisonniers politiques dans les discussions, un point absent du protocole signé par Washington et Téhéran.
Les Nations Unies et des ONG s'alarment de la forte augmentation des exécutions en Iran – plus de 40 depuis le début de la guerre – et des arrestations ces derniers mois, dont beaucoup sont liées aux manifestations que les autorités ont qualifiées d'"émeutes terroristes".
"Les manifestants, dissidents et tous ceux qui militent pour un changement politique fondamental restent gravement exposés au risque de nouvelles atrocités de la part des autorités iraniennes", a prévenu la secrétaire générale d'Amnesty International, Agnès Callamard.
T.Perez--AT