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Au Pakistan, traitement de choc inédit pour deux éléphantes tuberculeuses
Quatre cents comprimés tous les deux jours, des dizaines de boulettes de riz pour les cacher et 18 employés mobilisés: le parc animalier de Karachi, la grande ville côtière du Pakistan, redouble d'ingéniosité pour soigner ses deux derniers éléphants atteints de la tuberculose.
L'affaire est inédite dans ce pays d'Asie du Sud, englué dans le marasme politique et économique, et pointé du doigt pour le mauvais traitement des animaux en captivité.
Il a donc fallu appeler du renfort: le vétérinaire Buddhika Bandara est venu spécialement du Sri Lanka pour s'occuper des pachydermes.
Lui qui a déjà guéri 15 éléphants de la tuberculose détaille la marche à suivre à des soignants désormais aux petits soins pour les dernières éléphantes du Pakistan.
En 2009, le pays avait accueilli quatre soeurs éléphantes capturées à l'état sauvage en Tanzanie.
En 2023, Noor Jehan s'éteignait à 17 ans. Fin 2024, c'est Sonia, 19 ans, qui la suivait dans la tombe. Quelques semaines plus tard, l'autopsie révélait qu'elle avait notamment contracté la tuberculose.
A Karachi, cela a été le déclic. Le parc s'est aperçu que Malika, 21 ans et Madhubala, 18 ans, étaient elles aussi atteintes de la tuberculose, maladie endémique dans ce pays de 240 millions d'habitants.
- "Cas d'étude passionnant" -
Ses équipes ont décidé de mettre les bouchées doubles car le pays a déjà été épinglé pour avoir laissé dépérir un autre élephant.
En 2012, Kaavan, un pachyderme obèse de 35 ans détenu au zoo d'Islamabad, avait ému le monde entier. La chanteuse américaine Cher avait mené campagne pour l'extraire de son enclos de béton exigu vers une réserve au Cambodge. Il était l'unique éléphant d'Asie du pays et vivait seul depuis la mort en 2012 de sa compagne Saheli.
Pour traiter ses deux éléphantes, la Karachi Metropolitan Corporation a mobilisé 18 personnes: des vétérinaires, des cornacs, des employés du parc et le docteur Naseem Salahuddin, chef du service des maladies infectieuses de l'Indus Hospital and Health Network.
"J'ai été surpris d'apprendre l'existence de cette maladie infectieuse chez les éléphants", raconte ce dernier à l'AFP. "C'est un cas d'étude passionnant pour moi comme pour mes étudiants, tout le monde veut connaître la procédure et ses évolutions".
Courante chez les humains comme chez les animaux, la tuberculose "peut être soignée avec les mêmes médicaments", explique le docteur Bandara.
La posologie a été adaptée au poids des deux femelles: pour leurs 4.000 kilos, Madhubala doit ingérer 415 comprimés par jour et Malika 409. Et cela, un jour sur deux pendant plus d'un an.
Le problème? Ces pilules, prescrites depuis début mai, sont amères et leur faire avaler "n'est pas une mince affaire", s'amuse Buddhika Bandara.
Alors, pour masquer le goût des médicaments, Ali Baloch, un cornac de 22 ans, a dû se transformer en cuisinier.
- Boulettes de riz ou pâtisseries -
Un matin sur deux, dès huit heures, il fait cuire riz et lentilles dans une énorme marmite d'acier.
Il forme ensuite avec un autre soignant des dizaines de boulettes, incorporant subrepticement dans chacune d'elles une poignée de comprimés rouges.
Les boulettes sont ensuite distribuées aux deux éléphantes par des employés gantés, masqués et vêtus de blouses chirurgicales, redoublant de prudence pour éviter la contagion dans un pays qui compte plus de 500.000 cas de tuberculose chez l'humain par an.
Ali Baloch insère aussi parfois les médicaments dans des pommes, des bananes et des gulab jamun, ces petites boules de farine sucrées, emblématiques de la pâtisserie traditionnelle pakistanaise.
Et pour tromper encore plus l'animal, de temps à autre, le cornac distribue ces mêmes aliments mais sans médicament.
Le vétérinaire et le cornac soulignent que les éléphants sont très curieux et intelligents en matière de goût et qu'il faut donc ruser.
Les deux premiers jours, les éléphantes ont refusé d'ingérer la nourriture --et les médicaments qui y étaient cachés-- "mais petit à petit, elles se sont habituées et ne montrent quasiment plus aucune résistance désormais", assure le docteur Bandara.
Encore aujourd'hui, "Malika sent le médicament, alors elle le prend d'abord avec sa trompe, tandis que Madhubala le gobe directement par la bouche", décrit Ali Baloch.
Une fois les boulettes ingurgitées, Madhubala et Malika profitent du moment et s'égayent sous le tuyau d'arrosage des employés du parc qui tentent de les soulager de la chaleur qui dépasse allègrement les 40°C degrés.
O.Ortiz--AT