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En Afghanistan, fêter le printemps dans les champs de coquelicots
Au milieu d'un champ de coquelicots rouge vif, fleur symbole de vitalité et de renouveau, des Afghans se prennent en photo ou confectionnent des bouquets pour célébrer le printemps, une tradition profondément ancrée dans le nord du pays.
Dans les vallées de Shirin Tagab, dans la province septentrionale de Faryab, les vastes champs de fleurs rouge feraient probablement pâlir d'envie le peintre français Claude Monet (1840-1926), dont le tableau "Coquelicots" attire des visiteurs du monde entier à Paris.
"Il y a eu une sécheresse pendant près de dix ans, pas de fleurs, pas de verdure, mais cette année a été bonne, Dieu a été miséricordieux", se réjouit Ghawsudin (un seul nom), 79 ans, qui a conduit trois heures depuis une autre province pour voir les étendues florales de Shirin Tagab.
En ce jour de week-end, des familles gambadent au milieu des délicates fleurs rouge, apparues par milliers grâce aux pluies abondantes cette année.
"Cela fait dix ou douze ans que je n'en n'avais pas vu autant", s'émerveille Mohammad Ashraf, 35 ans.
Beaucoup d'Afghans du Nord avaient l'habitude de fêter le Nouvel an persan, Nowrouz, qui tombe à l'arrivée du printemps, dans la ville de Mazar-e-Sharif, puis d'aller dans les champs de coquelicots, fleur largement célébrée dans des poèmes et chansons.
Mais le gouvernement taliban, qui applique une version ultra-rigoriste de la tradition islamique, a cessé les célébrations de cette fête.
La tradition d'aller admirer les champs de fleurs est toutefois restée.
"Les fleurs font partie de la vie des Afghans. Dès qu’un Afghan une petite place dans son jardin, il fait pousser une fleur. Même dans des camps de déplacés, il y a une fleur qui pousse quelque part, ils en mettent sur leur +pakol+, un des couvre-chefs traditionnels, il y a des desserts à base de fleurs", raconte Oriane Zerah, autrice du livre "Des Afghans et des fleurs".
Le coquelicot a aussi été associé à la croyance religieuse lors des guerres passées, souligne l'écrivain afghan Taqi Wahidi: "Mourir pour la patrie ou au nom de la religion était vu comme une forme d'entrée dans une nouvelle vie". Un coquelicot était souvent apposé sur le cercueil des combattants tués.
Au Royaume-Uni et dans d'autres pays, le coquelicot symbolise le souvenir des personnes tuées lors des conflits passés.
Aujourd'hui, en Afghanistan le coquelicot --"Papaver Rhoeas", à ne pas confondre avec "Papaver Somniferum", le pavot-- symbolise "vitalité et fraîcheur" et l'attachement au printemps.
"La nature se renouvelle, souligne M. Wahidi, et les humains veulent aussi apporter de nouvelles couleurs dans leur vie".
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M.White--AT