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Basket: "Ce que je fais est une forme de militantisme", explique à l'AFP Julie Tetart, joueuse transgenre
Julie Tetart, basketteuse transgenre de Monaco qui a dominé la saison régulière de deuxième division au poste de pivot, a suscité de nombreuses polémiques qu'elle explique, dans un entretien à l'AFP, vouloir éteindre à force de pédagogie.
Q: Pourquoi avoir repris le basket après votre transition?
R: "Après mon coming out, le basket que j'avais pratiqué plus de 20 ans chez les garçons, c'était fini pour moi, vu la complexité d'être une femme trans dans le sport. Je n'avais pas les épaules pour encaisser. Mais quand tu es passionnée, que le basket est ta vie, le cuir t'appelle. Je devais reprendre en amateur en Picardie. Mais j'ai fait un essai à Monaco en D3. J'ai signé. On est monté."
Q: Comment s'est passée votre arrivée ?
R: "Je débarquais de nulle part, j'ai été parfaitement accueillie. Quand ton président dit +11 joueuses, pas 10 plus une joueuse trans+, tu sais que tu es acceptée. En revanche, les déplacements restent compliqués. L'an dernier, j'ai pris très cher dans certaines salles. Cette saison, il y a encore des insultes. Mais ma médiatisation m'aide. Les gens s'informent, me laissent plus tranquille. L'objectif est de pouvoir finir ma carrière dans une atmosphère cool et que les générations futures ne vivent plus cette hostilité."
Q: Vous êtes devenue porte-étendard...
R: "Je n'y étais pas préparée. Je ne suis pas militante. Mais ce que je fais est une forme de militantisme. Si ça peut aider d'autres à vivre leur vie, je le fais avec plaisir. Les personnes cisgenres découvrent la transidentité d'une bonne manière. D'autres, transgenres, me voient vivre ma vie de sportive professionnelle, entretenir mon physique musclé, et me disent: +Grâce à toi, je suis allée à la salle+. Ce qu'elles s'interdisaient par peur."
Q: Comment avez-vous vécu votre transition?
R: "Ca a été long, énergivore physiquement et psychologiquement. J'étais encore sur la table d'opération en mai 2024. Mais j'avais attendu ça toute ma vie. J'ai su vers 5-6 ans que quelque chose ne me correspondait pas, sans l'identifier. J'ai mis un mot sur ma transidentité à la puberté, période compliquée. J'ai fait mon coming out en octobre 2021, à 29 ans. Faire semblant n'était plus possible. J'allais enfin être celle que je suis depuis toujours."
Q: Ne pas recevoir de prix en fin de saison malgré vos probantes statistiques (21,2 points, 20,2 rebonds), vous choque-t-il?
R: "Je m'en fiche royalement. J'ai 33 ans, je ne cours plus après les trophées individuels. Si on monte avec Monaco, ça restera. Pour moi, l'essentiel est de jouer, vivre des victoires collectives. Beaucoup de mes adversaires me disent vouloir m'affronter parce que je suis la meilleure. Parler d'un boycott parce que je suis trans n'est pas la réalité."
Q: Certains l'évoquent...
R: "La transidentité existe depuis la nuit des temps. Mais il y a six ans, c'était encore considéré comme maladie mentale par l'OMS (supprimée en 2019, ndlr). Sa mise en avant dans le sport est nouvelle. Sans explication, on ne comprend pas, on a peur, on critique, on rejette."
Q: Que répondez-vous quand on parle d'avantages physiques?
R: Ma taille (1,91 m) est élevée en basket féminin mais beaucoup d'autres, comme (Dominique) Malonga ou (Iliana) Rupert sont plus grandes. Il est scientifiquement prouvé qu'un THS (Traitement Hormonal Substitutif féminisant) réduit la densité osseuse. Je suis sujette à l'ostéoporose. THS et opérations ont réduit mon taux de testostérone à 0,3, contre 0,5 minimum chez une femme cisgenre. On évoque la mémoire musculaire, tendineuse. Avant ma transition, je dunkais en détente sèche. C'est devenu impossible. Il est aussi prouvé qu'au bout de 18 mois de traitement, les avantages de force, puissance, capacité respiratoire disparaissent. Je suis traitée depuis janvier 2022. Quand j'explique ça, on me dit: +Joue!+" Mais c'est difficile. Je comprends qu'on ne veuille pas être médiatisée (comme Aurore Pautou, autre joueuse transgenre, ndlr). Pour dix personnes intéressées, 1000 t'insultent. C'est très lourd. Sur les réseaux, c'est encore: +Julien pas Julie+. Je dois être irréprochable. Au moindre écart, on dit: +Elle est trans+. Par chance, sur le terrain, mon esprit s'évade. Le basket m'aide énormément."
Q: Ligue féminine, Euroligue, équipe de France: quels sont vos objectifs?
R: "Monter sera l'objectif avec Monaco la saison prochaine. J'aimerais aussi disputer l'Euroligue et faire un camp d'entraînement avec les Bleues. Aurai-je le niveau? J'ai encore besoin que mon coach me guide sur mon nouveau poste. Je reste en formation."
Propos recueillis par Christophe Belleudi
E.Flores--AT