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Procès du sous-marin San Juan en Argentine : "il était en état de naviguer", se défend le principal accusé
Le sous-marin argentin San Juan, dont le naufrage en 2017 avait provoqué la mort de ses 44 membres d'équipage, "était en état de naviguer en sécurité", a affirmé mercredi le principal accusé des quatre anciens officiers jugés, au deuxième jour de leur procès dans l'extrême sud de l'Argentine.
"Les charges sont injustes, elles sont fausses et je suis innocent", a affirmé Claudio Villamide, ancien commandant de la force des sous-marins au moment de la tragédie. "J'ai rempli mon devoir et respecté les règlements. Le sous-marin respectait les normes et les exigences. Il est faux qu'il n'était pas en état de naviguer", a-t-il assuré.
Plus de huit ans après le drame, le procès du naufrage du San Juan, qui gît toujours par plus de 900 mètres de fond dans l'Atlantique sud au large de la côte argentine, s'est ouvert mardi à Rio Gallegos.
Selon l'acte de renvoi de l'accusation, lu au premier jour d'audience, l'accident "n'était pas dû à un fait fortuit, mais était un dénouement prévisible compte tenu de l'état de l'unité (du sous-marin, NDLR) qui a rendu possible le naufrage".
"Le navire était en état de naviguer en sécurité, il disposait de l'équipement d'outillage et des manuels nécessaires, de dispositifs de sécurité et d'évacuation", a insisté M. Villamide mercredi.
Il est l'un des officiers déjà passés devant la justice militaire pour le naufrage, et avait été destitué en 2021.
Trois autres ex haut-gradés de la marine sont jugés avec lui, pour manquement au devoir de fonctionnaire et de leur charge, sinistre par négligence ayant causé la mort. Ils comparaissent libres, mais encourent de 1 à 5 ans de prison.
Le San Juan, sous-marin d'attaque de type TR-1700, avait appareillé du port d'Ushuaia, pour regagner sa base de Mar del Plata (sud de Buenos Aires). Quelques jours plus tard, il envoyait le 15 novembre un message signalant une panne électrique et un début d'incendie. Son dernier message.
Sa disparition, plus lourde perte de la marine argentine en temps de paix, avait bouleversé le pays, et mobilisé les navires d'une dizaine de pavillons en une vaste opération de recherche de plusieurs semaines.
- Ils ont "perdu le contrôle" -
Un an plus tard, une firme américano-britannique privée d'exploration maritime, Ocean Infinity, l'avait finalement localisé, sur un fond accidenté de canyons, avec sa coque déformée, enfoncée.
Si l'origine exacte de l'avarie n'a jamais été élucidée, quelle que soit celle-ci, "le sous-marin a implosé", avait déclaré le ministre de la Défense de l'époque, qui ne figure pas parmi les témoins cités au procès. Le San Juan, construit en 1983, n'était pas conçu pour descendre au-delà de 300 mètres.
L'avocat de Claudio Villamide, Me Juan Pablo Vigliero, a déclaré à l'AFP avant l'audience mercredi qu'il avait "absolument confiance en un acquittement" de son client, car le procès souffre selon lui d'un manque de preuves "essentielles" pour arriver à une condamnation.
"La réalité, en toute justice, est qu'à ce jour on ne sait pas ce qui s'est passé, pourquoi il a coulé et a sombré, au-delà d'une situation d'effondrement" du sous-marin, a‑t‑il dit.
"Pourquoi a‑t‑il sombré? Parce que l'équipage n'a pas pu maîtriser le navire", a-t-il poursuivi. "Ce que nous ne savons pas, c'est pourquoi il a perdu le contrôle du navire. Huit ans ont passé et personne ne le sait, ni les techniciens, ni les témoins, ni les experts. Personne ne peut l'expliquer".
Une hypothèse avancée au cours de l'enquête est la défaillance d'une valve, ayant permis une entrée d'eau dans le compartiment des batteries, entraînant un incendie puis une explosion. Pour la confirmer, il aurait fallu un renflouement, opération complexe et coûteuse qui n'a jamais été sérieusement envisagée.
Le procès, a raison d'audiences une semaine sur deux, pourrait durer jusqu'en juillet.
Les familles en sont les grandes absentes : vivant pour la plupart loin de Rio Gallegos, à plus de 3 heures de vol de Buenos Aires, aucune d'elle n'a les moyens de s'y rendre ou d'y séjourner, selon l'avocate Valeria Carreras, qui représente 34 des familles.
S.Jackson--AT