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Le procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty s'est ouvert à Paris
Le procès en appel de quatre personnes, condamnées en première instance à des peines de 13 à 16 ans de réclusion criminelle pour leur rôle dans l'assassinat en octobre 2020 du professeur Samuel Paty par un islamiste tchétchène, survenu après une campagne de haine et d'intimidation, s'est ouvert lundi.
L'enseignant d'histoire-géographie avait été décapité le 16 octobre 2020 aux abords du collège du Bois-d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par Abdoullakh Anzorov, qui avait été abattu par la police juste après son crime.
Lors du procès en première instance, les huit accusés (sept hommes et une femme) avaient tous été reconnus coupables et condamnés à des peines allant de un à 16 ans de prison.
Quatre sont rejugés devant la cour d'assises d'appel spéciale de Paris, jusqu'au 27 février.
Au début de l'audience, ils ont décliné leur identité.
Parmi eux figurent d'un côté deux amis d'Anzorov, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, condamnés à 16 ans de réclusion pour complicité d'assassinat; et de l'autre, Brahim Chnina et le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui qui avaient écopé respectivement de 13 et 15 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste, accusés d'avoir participé à la campagne de haine ayant conduit à l'assassinat de l'enseignant.
Les quatre autres personnes qui n'ont pas fait appel étaient en contact avec Anzorov sur les réseaux sociaux.
- Mensonge -
Tout est né du mensonge d'une élève de 13 ans, fille de Brahim Chnina, accusant le professeur d'avoir discriminé les élèves musulmans de sa classe lors d'un cours sur la liberté d'expression où il avait présenté une caricature de Mahomet. En réalité, elle n'y avait pas assisté mais son mensonge avait été relayé massivement sur les réseaux sociaux par son père et Abdelhakim Sefrioui.
Après plusieurs jours d'une campagne virulente ciblant l'enseignant de 47 ans, ce dernier avait été tué par Abdoullakh Anzorov, un islamiste radical tchétchène.
En décembre 2024, les magistrats de la cour d'assises spéciale de Paris ont admis que Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ne connaissaient pas l'assassin.
Mais, selon les juges, "les deux accusés ont, en connaissance de cause, pris le risque, malgré le danger et les menaces visant Samuel Paty, qu'une atteinte volontaire à son intégrité physique soit portée par un tiers, violent et radicalisé qui devenait leur bras armé". Et ils "ont contribué à créer un état d'esprit propre à susciter le crime", "en attisant la colère et la haine d'un esprit radicalisé".
A ce nouveau procès, les conseils de Brahim Chnina, Mes Frank Berton et Louise Tort, attendent que le rôle de leur client "soit ramené à sa juste place": "Il n'a jamais participé à la moindre entreprise terroriste".
"C'est le procès de la dernière chance pour Abdelhakim Sefrioui", commente un de ses avocats, Me Vincent Brengarth.
"On ne comprend pas pourquoi la juridiction de première instance n'a pas tiré les conséquences de la réalité factuelle de ce dossier, à savoir que M. Sefrioui ne connaissait pas M. Anzorov, et que rien ne le relie, directement ou indirectement, au crime de ce dernier", explique-t-il.
- Nuñez et Dupond-Moretti cités -
Les avocats ont demandé que le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et l'ex-garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti soient cités comme témoins, pour les entendre "sur les défaillances qui ont conduit à l'assassinat".
Concernant les proches de M. Anzorov, les magistrats de première instance ont retenu qu'ils étaient "parfaitement" conscients de la dangerosité de leur ami, et qu'ils l'avaient pourtant aidé, dans sa recherche d'armes notamment.
Pour Mes Hiba Rizkallah et Martin Méchin, avocats de Naïm Boudaoud, ce dernier "a été condamné sur le fondement d'interprétations fragiles et hasardeuses, sans aucune preuve d'une intention criminelle". Ils appellent la cour d'assises d'appel à ne "céder ni à l'émotion, ni aux pressions populaire et médiatique".
La famille de l'enseignant espère, elle, une "confirmation du jugement sur le principe, au niveau des qualifications et des peines", et "que les faits soient reconnus et que chaque étape de l'engrenage soit jugée", déclare Me Virginie Le Roy, avocate des parents et d'une soeur de Samuel Paty.
Même attente du côté de Mickaëlle Paty, une autre soeur de la victime, qui est "combative et déterminée", selon ses conseils, Mes Thibault de Montbrial et Pauline Ragot.
A.Moore--AT