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A Singapour, le parkour dope la santé et la confiance des plus âgés
A Singapour, où d'ici 2030 le quart de la population aura plus de 65 ans, les personnes âgées s'adonnent au "parkour gériatrique", des exercices physiques exigeants mais excellents pour doper la santé et la confiance.
Betty Boon franchit une glissière de sécurité, rampe à travers un tunnel, gravit une pente raide et descend en rappel le long d'une corde, achevant, sous les applaudissements, le parcours dans cette salle de sport de la banlieue de Singapour.
"Beau travail !", lance le coach à cette grand-mère de 69 ans.
Nous sommes ici dans une salle de "parkour gériatrique", où plus d'une douzaine de retraités font une série d'exercices physiques, développant leur agilité, lors de séances de 90 minutes.
"Quand on est faible, on dépend de quelqu'un", confie Mme Boon à l'AFP après avoir sué à grosses gouttes dans cette salle de sports du quartier de Toa Payoh, à l'ombre d'immeubles construits par le gouvernement.
Grâce au parkour, "je me sens plus vivante, c'est un tout nouveau monde", ajoute-t-elle, assurant que l'apprentissage de cette discipline a renforcé sa confiance en elle et son indépendance à mesure qu'elle vieillit.
Dans la cité-Etat, qui figure parmi les pays au vieillissement le plus rapide au monde, la proportion de résidents âgés de 65 ans et plus va dépasser les 20% cette année. Et selon le ministère de la Santé, en 2030, un Singapourien sur quatre aura plus de 65 ans.
À mesure que la société vieillit, diverses activités et industries ont proliféré pour répondre à leurs besoins.
Tan Shie Boon, un coach sportif de 33 ans, s'est initialement heurté au scepticisme lorsqu'il a commencé, en 2017, à proposer des cours de parkour à des élèves plus âgés, notamment en raison du risque de blessure.
Mais son idée était de partager des séances susceptibles d'aider les seniors à améliorer leur équilibre, leur endurance et leur coordination. "Cela fait sens, je peux voir l'impact de mon travail", se félicite-t-il aujourd'hui.
- Pas seulement pour les jeunes -
Le parkour, une discipline née en France et désormais intégrée au sein de la Fédération internationale de gymnastique (World Gymnastics), consiste à franchir des obstacles tels que des murs, des vides et des plateformes, sans aucune aide.
On court, saute, grimpe, roule pour se déplacer rapidement d'un point à un autre.
Souvent qualifié d'"art du déplacement", l'activité compte un public jeune et sportif mais peut convenir à tous les âges, insistent l'entraîneur Tan et ses élèves .
"Quand les gens entendent le mot +parkour+, ils pensent que c'est uniquement pour les jeunes capables de sauter de toit en toit", témoigne Irene Chuah, 67 ans, banquière à la retraite et passionnée. "Nous, nous ne faisons pas ça. Nous sautons par-dessus des bancs".
Spécialisé dans le coaching des seniors, Tan adapte les cascades et figures aux capacités de ses élèves, âgés pour la plupart de 50 à 83 ans.
"Tout l'intérêt du parkour est d'améliorer votre agilité... vous serez plus rapide dans vos réactions", détaille-t-il.
Or, "lorsque les personnes âgées tombent, elles se blessent gravement en raison d'un manque de coordination, d'équilibre et d'agilité. Elles ne sont pas assez rapides pour réagir à temps", ajoute-t-il.
Mais lorsque le chariot qu'elle poussait dans un supermarché a heurté un obstacle, s'est renversé l'entraînant dans sa chute, Mme Chuah a réussi à rester sur ses pieds sans se blesser.
"Personne ne m'a aidée parce que les gens pensaient que j'étais jeune", sourit-elle.
- "On ose" -
La vie après la retraite est parfois "assez morne", reconnaît Mme Chuah. Mais "après le parkour, je peux aller faire de la danse et je me souviens des pas. On ose faire beaucoup de choses que l'on croit réservées aux jeunes".
Sa camarade de cours, Mme Boon raconte qu'une fois, dans une aire de jeux, elle a appris à ses petits-enfants à sauter sur une plateforme et à faire des roulades avant. Lorsqu'elle s'est retournée, les enfants faisaient la queue pour faire pareil.
"Depuis, je suis devenue comme la grand-mère préférée. Les enfants me reconnaissent même de loin", sourit-elle.
W.Moreno--AT