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Les légendes des Jeux d'hiver: du roi Killy à "Tomba la bomba" (2e volet, des JO-1960 à 1994)
De Jean-Claude Killy, souverain en ski alpin à Grenoble-1968, à la tornade Alberto Tomba "la bomba", superstar italienne de Calgary-88 à Lillehammer-94, deuxième volet des légendes des Jeux d'hiver.
. Jean-Claude Killy (FRA/JO-1964 et 68, ski alpin, 3 médailles d'or): Killy, roi en son pays
Les JO d'hiver ont changé de dimension quand ils reviennent en France, à Grenoble, en 1968, 44 ans après Chamonix. Plus d'un millier d'athlètes participent et le ski alpin est devenu la discipline-reine. La France y a connu des succès précoces, d'Henri Oreiller, double champion olympique à St-Moritz en 1928 aux soeurs Marielle et Christine Goitschel (doublé slalom et géant à Innsbruck-64), en passant par Jean Vuarnet, premier à s'imposer (en descente) sur des skis en métal à Squaw Valley (États-Unis) en 1960. Jean-Claude Killy va faire plus fort encore.
Le skieur de Val-d'Isère, revenu sans médaille d'Innsbruck, a 24 ans quand il s'avance en favori à Grenoble, fort de ses 12 victoires en 16 courses lors des deux dernières saisons. Sur les pistes de Chamrousse, Killy glisse vite et tout semble glisser sur Killy, hermétique à la pression. En descente, dans des conditions venteuses, il arrache la victoire pour 8 centièmes aux dépens de son compatriote Guy Périllat, puis enchaîne avec l'or du géant. Doublé en poche, il bataille notamment avec Karl Schranz en slalom. Affirmant avoir été gêné dans la deuxième manche, disputée dans le brouillard, par la présence d'un officiel, l'Autrichien obtient de recourir et s'impose... avant d'être disqualifié en appel. Avec trois titres en autant de courses, "King Killy" égale Toni Sailer, première légende olympique du ski alpin en 1956. "À l'issue des Jeux, il a fallu que l'hélicoptère des gendarmes m'arrache à la foule!", racontera le Français. Icône, Killy met aussitôt un terme à sa carrière. Après une reconversion réussie dans les affaires et un passage par le sport automobile, il co-préside les JO-1992 d'Albertville et intègre le CIO. Il demeure un dirigeant influent jusque dans les années 2010, se liant d'amitié avec le président russe Vladimir Poutine, une proximité qui lui sera reprochée après l'invasion de l'Ukraine en 2022.
. Ingemar Stenmark (SWE, ski alpin, JO-1976 et 80, 3 médailles dont 2 en or): pour tout l'or olympique
Tandis que l'URSS domine les JO-72 à Sapporo (Japon) puis ceux d'Innsbruck, c'est un autre skieur, Ingemar Stenmark, qui va entrer dans la légende en 1980.
En 1976, à Innsbruck, le Suédois n'a décroché qu'une médaille, de bronze (en géant). Le spécialiste des épreuves techniques n'avait toutefois que 19 ans et c'est armé d'un tout autre palmarès qu'il débarque à Lake Placid (États-Unis) en 1980. Vainqueur de toutes les Coupes du monde de slalom et de géant dans l'intervalle, il a aussi raflé les deux titres mondiaux à Garmisch en 1978 et gagné un record de 13 courses la saison suivante. Autant dire que la défaite n'est pas permise aux Jeux. En géant comme en slalom, le "Suédois silencieux" est dominé lors des premières manches mais rétablit la hiérarchie dans les secondes. C'est la consécration. "Gagner à Lake Placid fut avant tout un soulagement", avouera-t-il. S'il ne raccroche qu'en 1989, le lauréat de 86 succès en Coupe du monde rate les JO-84 et ne ramène aucune médaille de Calgary en 1988.
. Eric Heiden (USA, patinage de vitesse, JO-1980, 5 médailles d'or): "Mister Univers" fait vibrer l'Amérique
A domicile, à Lake Placid en 1980, le patineur de vitesse Eric Heiden fait chavirer l'Amérique en devenant le premier quintuple champion olympique de l'histoire.
Du 500 m au 10.000 m, rien ne résiste à cet athlète de 21 ans aussi redoutable en sprint que sur longue distance. Surnommé "Mister Univers", il livre sa course la plus disputée, le 500 m, contre le Soviétique Yevgeny Kulikov, soulevant une ferveur patriotique qui n'aura d'égale que celle née du triomphe de "Team USA" en hockey sur glace contre l'URSS -à laquelle il assiste d'ailleurs. Avec sa soeur Beth, médaillée de bronze sur 3.000 m, Heiden abandonne le patinage pour le cyclisme sur route. Mais si Beth Heiden devient championne du monde en 1980 à Sallanches, Eric se contentera d'un titre national en 1985 et d'une participation au Tour de France l'année suivante.
. Katarina Witt (RDA, patinage artistique, JO-1984, 88 et 94): vainqueure de la "bataille des Carmen"
Sur des patins dès cinq ans, formée à la dure, Katarina Witt va réussir ce qu'aucune patineuse artistique n'avait réalisé depuis Sonja Henie sept décennies plus tôt: conquérir l'or olympique, à Sarajevo, puis le conserver quatre ans plus tard, à Calgary.
Née à l'ombre du rideau de fer, la patineuse est-allemande n'est pas encore reine de sa discipline lorsqu'elle triomphe en 1984 en Bosnie, à même pas 19 ans. En 88, c'est une championne bardée de titres et qualifiée de "plus beau visage du socialisme" qui se présente au Canada. Son duel avec l'Américaine Debi Thomas se joue sur un même thème, celui de Carmen. À rebours de la guerre froide finissante, c'est la représentante de la RDA qui gagne cette "bataille des Carmen". Passée professionnelle, Witt revient en superstar à Lillehammer, en 1994, sans retrouver le succès. Mais le Mur est tombé et, à l'instar de sa devancière Sonja Henie, elle devient actrice, jusqu'à apparaître dans un blockbuster (Jerry Maguire). A l'heure du capitalisme triomphant.
. Alberto Tomba (ITA, JO-1988 à 98, 4 médailles dont 3 en or): "la bomba!"
En ski, Sarajevo a été l'occasion pour les jumeaux américains Phil et Steve Mahre de décrocher un doublé inédit, en slalom. Mais la spécialité voit dans la foulée débarquer une tornade, italienne, Alberto Tomba, qui va tout emporter. L'exubérant bolognais est sacré en slalom et géant à Calgary en 88 après avoir notamment eu la peau de la légende Stenmark. Une star est née.
"Calgary, ça a été très fun. Tout était absolument nouveau et ce fut totalement inoubliable", racontera "la Bomba". "J'ai donné une énorme fête pour célébrer mon doublé. Ce que les gens ne savent pas, c'est que je fais toujours la fête, je l'aurais donnée même si j'avais perdu!", dira encore Tomba, dont la "Mamma" refuse obstinément qu'il dispute les épreuves de vitesse. Trop dangereuses. Alors Alberto va continuer de fracasser piquets et adversaires... Arrivé avec un appétit gargantuesque à Albertville-92, où il est porte-drapeau, "Tomba la bomba" est le premier à conserver son titre en géant, au bout d'un combat sur la face de Bellevarde de Val-d'Isère avec le Luxembourgeois Marc Girardelli et le Norvégien Kjetil André Aamodt. Aux Ménuires, malgré les milliers de tifosi, Tomba, 6e de la première manche, échoue derrière le Norvégien Finn Christian Jagge. Cela fait tout de même quatre médailles, dont trois en or, en autant d'épreuves. Et ça n'est pas fini! À Lillehammer-94, après avoir raté le triplé en géant, l'Italien, 13e de la manche initiale, offre un ultime récital olympique, décrochant encore l'argent. La légende raccroche en 1998, à 31 ans.
E.Rodriguez--AT