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À la reco' de Paris-Roubaix, un aperçu de "l'Enfer" et ses pavés boueux
Glissants, fangeux, irréguliers... Les coureurs de l'équipe Groupama-FDJ ont parcouru les secteurs pavés "pratiquement tous pourris" de Paris-Roubaix vendredi à deux jours de la course qui s'annonce particulièrement infernale cette année.
Il y a quelque chose de mystique à l'entrée de la trouée d'Arenberg. De la brume s'échappe des arbres qui entourent ces pavés si célèbres, rendant l'atmosphère inquiétante malgré quelques chants d'oiseaux.
Les 2.300 mètres de pavés de cette tranchée se sont fait voler la vedette par la chicane installée à l'entrée du secteur afin de faire ralentir le peloton et éviter ainsi les chutes.
"Bonne pour la course" selon le coureur Laurence Pithie, "perturbante" malgré une "intention louable" à en croire le manager général Marc Madiot, "assez technique" pour le directeur sportif Frédéric Guesdon: l'équipe Groupama-FDJ, venue pour la traditionnelle reconnaissance du parcours, livre son avis sur la question.
Mais ce n'est pas elle qui fera la première sélection au sein du peloton, affirme Marc Madiot: "Si ça reste en l'état, on ne parlera plus de chicane parce que ce sera plié avant. Ce sera clairsemé bien avant."
- "Bien pire que ce à quoi je m'attendais" -
Car si la trouée d'Arenberg a tout des portes de l'enfer, celui du Nord débute plusieurs kilomètres plus tôt. À Troisvilles, son église de briques rouges et son café Chez Françoise, qui accueille chaque année les responsables de Paris-Roubaix venus y déguster l'omelette de sa propriétaire.
C'est dans ce village de 800 habitants qu'apparaissent les premiers pavés. Un secteur de 2.200 mètres, noté 3/5 au niveau de la difficulté, encore accrue cette année par la boue omniprésente et l'humidité des pavés propice aux chutes.
Ici, il faut manœuvrer entre les flaques d'eau et les trous qui séparent les pavés irréguliers, au milieu des champs gorgés d'eau, dans le calme de la campagne.
Dès ce premier secteur, Stefan Küng ouvre la voie, quelques longueurs d'avance devant ses coéquipiers. Cinquième l'an passé, troisième en 2022, le Suisse représente encore la meilleure chance de victoire pour l'équipe française.
Sous la pluie intermittente, le coureur de trente ans a décidé de "forcer un peu" après sa chute au Tour des Flandres et "reprendre de la confiance".
Personne ne parvient à le suivre. Pas même Lewis Askey, le plus en jambe derrière le chef de file. Très en vue lors des courses flandriennes en Belgique, Laurence Pithie est à la peine pour sa découverte des pavés du Nord.
"C'est bien pire que ce à quoi je m'attendais, en sourit le Néo-Zélandais. Ça me fait un peu peur pour dimanche... La plupart du temps, on n'est pas en contrôle sur les pavés. Je trouve ça dur de savoir comment le vélo va réagir."
- "Course à élimination" -
Dès l'entrée du deuxième secteur (1.800 m, 3/5), à Viesly, une énorme flaque d'eau sur le flanc gauche accueille le petit groupe déjà maculé de boue, réduisant la largeur du chemin à un mètre de pavés surélevés.
"La flaque d'eau, c'est un peu trompeur parce que tu ne vois pas: il peut ne rien se passer parce qu'elle n'est pas profonde", commente Frédéric Guesdon, dernier Français a avoir gagné la course, en 1997.
Les vélos patinent, les roues arrières glissent, comme si elles voulaient fuir ces pierres diaboliques. "Tu dois à la fois contrôler le vélo et le laisser aller, affirme Stefan Küng. Si tu te crispes, tu n'arrives plus à ouvrir les mains."
Plus loin, le quatrième secteur (3.000 m, 3/5) offre une respiration bienvenue grâce à ses pavés plus réguliers. Au loin, un clocher fend le ciel; en contrebas des champs, les coureurs traversent la tranchée.
Bientôt, ils découvrent une nouvelle difficulté: une bosse leur fait face au milieu du sixième secteur (1.700 mètres, 3/5) près de Capelle. D'autres réjouissances les attendent: le huitième secteur (2.500 m, 3/5) est très exposé au vent, le dixième (2.500 m, 4/5) est étroit et comporte un virage à 90 degrés.
"Ils sont pratiquement tous pourris, résume Marc Madiot dans un éclat de rire. Ça fait partie du jeu, si on n'est pas content, on ne vient pas !"
Dans cette "course à élimination", le manager général énumère "deux objectifs: ne pas tomber, ne pas crever, et ensuite on verra où on se situe". En enfer.
J.Gomez--AT