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Les physalies, très urticantes, s'invitent sur les plages du Sud Ouest
La physalie, un invertébré marin très urticant dont les tentacules peuvent atteindre 20 mètres, joue les trouble-fête sur les plages basco-landaises, soumises à des fermetures temporaires quand les blessés affluent au poste de secours.
Aux allures de chausson aux pommes translucide et violacé, l'animal qui flotte en surface, cachant sous l'eau ses longs filaments, a terni ces dernières semaines la carte postale des vacances.
Mardi sur la plage de l'Uhabia, à Bidart, la baignade surveillée a été fermée pendant deux heures et demie.
"Il y en avait partout, les sauveteurs marquaient celles qui s'étaient échouées avec des bâtons", témoigne Karine, une habitante revenue poser sa serviette le lendemain.
Flora Benoît, originaire de l'Ain, a croisé une physalie dans l'eau à Saint-Jean-de-Luz. "On est vite sorti. On a vu un surfeur se faire piquer et même le maître-nageur qui la pêchait ! On fait attention mais ça ne va pas gâcher nos vacances."
"On connaît ça en Australie avec les +bluebottles+, ça ressemble aux physalies, elles sont bleues et plus petites. Je me suis déjà fait piquer, ça fait mal mais +that's life !+", renchérit Jason Speck, un autre touriste.
- "Coups de fouet" -
"On avait envoyé notre jet-ski en repérage, on savait qu'un banc allait arriver, ça n'a pas manqué", explique Peyo Peyreblanque, chef du poste de secours à l'Uhabia.
C'est lui qui décide de hisser temporairement le drapeau rouge. "Quand on a un afflux de cinq-six blessés, on ne peut pas à la fois les soigner et assurer la surveillance dans l'eau. Et quand il y a un danger, notre seule option c'est d'empêcher les gens de se baigner."
Les blessures ne sont pas traitées à la légère. "Elles sont impressionnantes, comme des gros coups de fouet. Chez certains, ça tétanise le muscle", souligne le pompier.
Les soins consistent à frotter la plaie avec du sable mouillé, à rincer à l'eau salée puis à appliquer de la mousse à raser. Les résidus de filaments sont raclés avec une spatule en bois et la peau lavée enfin à l'eau de mer vinaigrée. Le blessé est gardé 30 minutes sous surveillance.
Cheffe de service du centre anti-poison au CHU de Bordeaux, le Dr Magali Oliva-Labadie a fait évoluer ce protocole depuis qu'une étude récente en Espagne, où la bête sévit aussi, a prouvé l'efficacité du vinaigre pour limiter l'envenimation.
- Complications -
D'après ses propres recherches, menées après des afflux de physalies en 2008 et 2010, la médecin estime que les complications graves - tétanie musculaire, voire détresse respiratoire, pouvant entraîner la noyade - surviennent "dans 8 à 10% des cas".
Sept patients sur dix décrivent une douleur très forte, pour certains "pire qu'un accouchement sans péridurale ou qu'une colique néphrétique". Mais elle ne dure pas longtemps, en général une à deux heures.
Ces dernières semaines, "quatre-cinq" cas graves - sans détresse respiratoire - sont survenus sur le littoral aquitain, selon le Dr Oliva-Labadie.
Dans les Landes, plusieurs personnes sont allées à l'hôpital mais "c'était surtout pour gérer la douleur", indique Stéphanie Barneix, chargée de mission au syndicat mixte (SMGBL) qui chapeaute 35 postes de secours sur 106 km de côte.
Les physalies concernent "tout le sud du Golfe de Gascogne, des Asturies en Espagne jusqu'au nord des Landes", souligne Elvire Antajan, chercheuse à l'Ifremer, pour qui l'épisode actuel n'a "rien d'exceptionnel".
- Courants chauds et vents -
Les physalies vivent dans les eaux tropicales des Caraïbes, du Golfe du Mexique et suivent les courants chauds du Gulf Stream. D'habitude cantonnées au large, elles ont été "rabattues" par de forts vents entre fin juin et mi-juillet, explique la spécialiste.
L'animal est mal connu, notamment son cycle de reproduction, alors que la présence de nombreuses physalies juvéniles, de la taille d'un pouce, surprend cette année. Difficile, aussi, d'anticiper leur trajectoire et leur arrivée sur les plages.
Le réchauffement climatique, qui profite aux méduses, explique-t-il la présence massive de physalies ? "C'est bien trop tôt pour le dire", répond Elvire Antajan, "il faudrait étudier la récurrence des vents qui les rabattent sur les côtes et pouvoir établir un lien avec le dérèglement du climat".
La météo des prochains jours pourrait tourner en faveur des baigneurs, avec des vents susceptibles d'éloigner les physalies.
K.Hill--AT