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La peur et la défiance en Ukraine après l'annonce de mobilisation par Poutine
Comme écho à l'escalade prévisible de la guerre en Ukraine après l'annonce de mobilisation partielle par Vladimir Poutine, des missiles russes se sont abattus mercredi sur des immeubles d'habitations à Kharkiv, la deuxième ville du pays.
"Notre quartier était relativement calme, et maintenant vous voyez ce qui s'est passé", constate auprès de l'AFP Lioubov, 65 ans, devant l'un des immeubles touchés, désormais gravement endommagé.
Grande ville dans le nord-est de l'Ukraine, située à seulement 40 kilomètres de la frontière russe, Kharkiv a été attaquée le premier jour de l'invasion lancée le 24 février. Si la ville a résisté à la capture, elle est depuis pilonnée régulièrement par les forces russes.
Ces dernières semaines, Kharkiv avait été relativement épargnée, une contre-offensive ukrainienne éclair ayant chassé les troupes de Moscou de la région. La Russie peut cependant toujours tirer des missiles depuis son propre territoire.
Mercredi, peu avant deux heures du matin, quatre missiles sont tombés sur le quartier de Kholodnogorsky, touchant selon la mairie deux immeubles résidentiels, un terrain de construction et des infrastructures civiles. Heureusement, la frappe n'a fait qu'un blessé, un civil.
Dans la matinée, c'est Lioubov qui dirige bruyamment des équipes de nettoyage au milieu des décombres, forte de ses 45 ans d'expérience dans les services municipaux.
"La guerre est un désastre. C'est terrifiant. C'est douloureux... C'est misérable. Comment est-il possible de supporter des choses comme ça?", se lamente-t-elle, alors que des sirènes anti-aériennes continuent de hurler, se mêlant au son de cloches des dômes dorés de l'église Sainte-Sophie, où les fidèles orthodoxes se sont réunis pour marquer la Nativité de la Vierge Marie.
- "Tout se joue maintenant" -
"Tant de gens ont perdu leur maison et l'hiver arrive. C'est terrible. Chaque nuit, nous nous couchons dans la peur. Mais nous continuons à travailler. Ils tirent et nous travaillons", ajoute Lioubov.
La reprise de bombardements a précédé de quelque heures l'annonce par le président russe Vladimir Poutine d'une mobilisation partielle devant concerner près de 300.000 réservistes, qui seront envoyés pour combattre en Ukraine.
Viktoria Ovtchinnikova, mère de deux enfants, ne sent "rien qu'une peur écrasante". "J'ai peur pour les enfants", confie la femme de 43 ans. "C'est un miracle que nous avons survécu" à la frappe de la nuit, ajoute-elle.
"Vous voyez, ils tuent des civils. Il n'y a rien ici à part des jardins et des maisons civiles", s'indigne de son côté Svitlana, une autre habitante de Kharkiv. "Je demande à tous les Russes, que Dieu leur donne la sagesse de fuir, d'ignorer (la mobilisation), de partir... de se réveiller enfin, mais pas de venir nous combattre", implore-t-elle.
Galyna, 50 ans, dit ne pas comprendre les Russes. "Nous protégeons notre patrie. C'est notre territoire. C'est l'Ukraine et ils mènent une guerre... pour quoi? Contre qui?" s'interroge-t-elle.
A Kiev, la capitale aujourd'hui loin du front, qui n'a pas été touchée par les bombardements depuis la fin juin, l'humeur semble plus combative.
"Je pense qu'il ne faut pas prêter attention aux déclarations du dictateur russe", juge ainsi Oleg Slabospytsky, un militant de la société civile de 33 ans. "Le fait qu'il annonce une mobilisation ou le fait qu'il annonce un nouveau décret en Russie, cela ne changera rien pour nous en Ukraine", assure-t-il.
Pour lui, les Ukrainiens feraient mieux d'aider leur armée plutôt que de suivre les déclarations du maître du Kremlin. "On comprend que tout se joue maintenant: soit on vaincra la Russie, soit elle occupera la totalité de nos territoires", lance-t-il.
Même son de cloche chez Andriï Savtchouk, un autre militant de 27 ans. "Nous allons récupérer sans faute nos territoires, peu importe le nombre de personnes qu'ils mobilisent et s'ils continuent à menacer avec l'arme nucléaire", martèle le jeune homme.
Sur les réseaux sociaux, cette défiance qui s'est peu à peu installée au fil des sept mois de l'invasion russe s'est résumée dans un meme qui circule depuis l'annonce de mobilisation russe: un montage photo affichant le président Volodymyr Zelensky avec ses proches collaborateurs tenant une pancarte avec les mots "On s'en fout".
M.White--AT