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Ouverture du procès de l'attentat de Nice devant la cour d'assises spéciale de Paris
Le procès de l'attentat de Nice s'ouvre lundi à Paris, un peu plus de six ans après la course meurtrière du camion conduit par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel dans la foule venue assister au feu d'artifice du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais.
Partie civile venue au premier jour d'audience qui débute à 13H30, Danielle Lechailler, 73 ans, reconnaît ressentir encore "de la colère".
"Depuis 6 ans on a eu le temps de faire face" mais "il y a une cicatrice qui est là". "On attend de la justice des sanctions et une application des peines", dit-elle fermement.
Au total, 86 personnes ont perdu la vie et plus de 450 autres ont été blessées dans cette attaque revendiquée par le groupe Etat islamique (EI), la plus meurtrière commise sur le sol français après celles du 13 novembre 2015 contre le Stade de France, le Bataclan et les terrasses parisiennes.
En l'absence de l'assaillant, tué par la police le soir de l'attentat, huit personnes de nationalité franco-tunisienne, tunisienne ou albanaise, dont une femme, comparaissent devant la cour d'assises spéciale de Paris, dans la salle spécialement construite pour le procès du 13-Novembre dans le Palais de justice de l'Ile de la Cité.
Par rapport au procès du 13-Novembre, les mesures de sécurité ont été sensiblement allégées aux abords du Palais de Justice. Les voitures peuvent librement circuler devant le Palais. Les contrôles restent cependant stricts pour accéder à la salle d'audience.
"La menace extérieure a diminué par rapport à ce qu'on a connu entre 2014 et 2018", a indiqué lundi matin sur RTL, Nicolas Lerner, directeur général de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). "Néanmoins, a-t-il nuancé, c'est vrai que depuis quelques mois, nous avons un certain nombre de signaux faibles qui nous montrent que les intentions des groupes terroristes (en Syrie et en Irak) restent de nous frapper, de frapper l'Occident, l'Europe, la France".
Si les services français de renseignement "n'ont pas détecté ces derniers mois de projets concrets visant la France", il demeure que "ces groupes terroristes sont de plus en plus en capacité de nous frapper", a-t-il mis en garde.
L'audience doit s'étirer jusqu'au 16 décembre.
La première journée sera consacrée à l'interrogatoire d'identité des accusés et à l'actualisation des constitutions de partie civile. Elles étaient d'ores et déjà 865 avant le procès.
Les premières paroles des accusés sont attendues mardi.
Trois d'entre eux - Ramzi Kevin Arefa, Chokri Chafroud et Artan Henaj - comparaissent détenus, dont un (Artan Henaj) dans le cadre d'une autre affaire.
Quatre autres - Maksim Celaj, Endri Elezi, Mohamed Ghraieb et Enkeledja Zace - ont été placés sous contrôle judiciaire et se présenteront libres devant la cour.
Le huitième, Brahim Tritrou, sera jugé en son absence après avoir rompu son contrôle judiciaire. Selon son avocate, il se trouve actuellement détenu en Tunisie. Un mandat d'arrêt a été émis à son encontre par la justice française.
- "l'idéologie du jihad armé -
Trois accusés seulement (Ramzi Kevin Arefa, Chokri Chafroud et Mohamed Ghraieb) sont poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste. En état de récidive légale, le premier encourt la réclusion criminelle à perpétuité, les deux autres une peine de vingt ans de prison.
Pour l'accusation, ils auraient "apporté leur concours à la préparation" de l'attentat commis par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Ce Tunisien de 31 ans, chauffeur-livreur au caractère instable, était plus connu avant les faits pour des actes de violence, notamment contre son épouse, que pour sa proximité avec la mouvance jihadiste.
Aucun des accusés n'est poursuivi pour complicité d'assassinats ou tentative d'assassinats en bande organisée. L'enquête n'a pas permis de déterminer s'ils étaient au courant du projet d'attentat.
L'accusation a toutefois souligné leur "très grande proximité" avec Mohamed Lahouaiej-Bouhlel et estimé qu'ils étaient "pleinement conscients" de son adhésion "à l'idéologie du jihad armé" et de "sa fascination pour les passages à l'acte violents".
Selon le dossier d'accusation, ce n'est qu'une dizaine de jours avant l'attentat que le Tunisien a montré des signes de radicalisation, même s'il "s'était inscrit dans une démarche idéologique d'inspiration jihadiste plusieurs mois avant".
Il n'était pas fiché pour radicalisation par les services de renseignement.
Si l'EI a revendiqué l'attentat, l'enquête n'a pu établir aucun lien direct entre Mohamed Lahouaiej-Bouhlel et l'organisation jihadiste. Cette revendication "paraît être davantage (...) de pure opportunité", conclut-elle.
Les cinq autres accusés sont poursuivis pour des délits de droit commun - association de malfaiteurs et infractions à la législation sur les armes - et encourent cinq à dix ans d'emprisonnement.
Le procès sera retransmis simultanément dans une salle du palais des congrès Acropolis de Nice.
Comme celui du 13-Novembre, le procès de l'attentat de Nice sera filmé et enregistré pour les archives historiques.
F.Ramirez--AT