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Argentine: après l'attaque contre Kirchner, le parlement affiche une unité malaisée
La Chambre des députés argentine a affiché samedi une unité malaisée illustrant la crispation politique du pays, en condamnant l'attentat contre Cristina Kirchner et appelant à la "paix sociale", mais en voyant le principal parti d'opposition de droite quitter l'hémicycle juste après le vote.
Les députés étaient convoqués en session extraordinaire au surlendemain de l'attaque contre l'ex-cheffe de l'Etat (2007-2015), qui a donné lieu vendredi à des manifestations dans plusieurs ville d'un pays en état de choc et à une vague de condamnations internationales.
La chambre, où la coalition gouvernementale (centre-gauche) n'a pas la majorité absolue même si elle est le bloc le plus important, a adopté une motion affirmant sa "condamnation énergique" de la tentative d'assassinat et sa "solidarité absolue" avec Mme Kirchner.
Les députés ont exigé "une clarification et une condamnation rapides et complètes des responsables de cet événement déplorable, qui porte atteinte à la vie en démocratie".
"Nous exhortons l'ensemble des dirigeants et la population à rechercher toutes les voies qui mènent à la paix sociale", conclut le bref texte adopté à la quasi-unanimité à main levée, un petit parti de gauche radicale s'étant abstenu, en désaccord avec la formulation.
Mais le PRO (Propuesta Republicana) de l'ex-président (2015-2019) libéral Mauricio Macri, principale composante du bloc d'opposition Juntos por el Cambio (centre-droit), a quitté l'hémicycle juste après le vote, sans prendre part au débat.
"Nous pensons que la rue, ou cette enceinte, ne sont pas le lieu pour déterminer les coupables d'un crime. Le pouvoir judiciaire est le seul qui a le devoir d'enquêter, juger et condamner", a déclaré le président du groupe PRO Cristian Retondo.
"Nous ne voulons pas que ce fait gravissime soit utilisé dans le but d'engendrer davantage de division, de désigner des coupables et encore moins de devenir une tribune pour attaquer l'opposition politique, la justice et les médias, comme nous l'avons malheureusement entendu ces dernières heures", a-t-il ajouté avant de se retirer.
- "Le violent, c'est l'autre" -
Mauricio Macri, rival le plus acerbe de Mme Kirchner, avait été jeudi un des premiers dirigeants d'opposition à condamner l'attentat.
Le camp gouvernemental a dénoncé l'attitude d'une partie de l'opposition. "Le PRO a voté et est parti. Le FIT (Front de gauche) s'est abstenu. C'est un instantané du pays qui nous fait mal", a déclaré le député Leandro Santoro.
Parmi les opposants restés au débat, Mario Negri, du Parti radical (social-démocrate), a déploré "un discours qui affirme que le violent, c'est l'autre. C'est du pur cynisme, c'est voir la poutre dans l'oeil de l'autre (...) Il faut un grand mea culpa pour avoir la dignité d'appeler à un accord pour défendre la démocratie", a-t-il lancé.
Vendredi, par dizaines de milliers, les Argentins ont manifesté dans plusieurs villes, avec notamment une mobilisation sans précédent depuis de longs mois à Buenos Aires, à l'appel de secteurs pro-gouvernement.
Une grande majorité de manifestants exprimaient leur soutien à Mme Kirchner, mais nombre d'entre eux réclamaient aussi "d'en finir avec la haine", en référence a une politique très fortement polarisée.
Diego Reynoso, politologue de l'Universite de San Andres, estime après l'attaque contre Mme Kirchner qu'il est "urgent de baisser le ton d'un cran". "Mais c'est difficile de savoir si c'est possible, vu le degré +d'activation+ des uns et des autres"
Mme Kirchner, 69 ans, présidente du Sénat, reste sept ans après son départ de la présidence une figure incontournable, quoique clivante, de la politique argentine.
Elle est actuellement en procès pour fraude et corruption, et a vu 12 ans de prison et une inéligilibité requis contre elle. Se posant en victime d'un "procès politique", elle a de facto donné le signal d'une remobilisation de son courant péroniste de gauche, et de plusieurs manifestations de soutien.
Jeudi soir, alors qu'elle se mêlait à des partisans devant son domicile, un homme a pointé un pistolet vers sa tête, à quelques mètres à peine. Pour une raison inconnue, aucun coup n'est parti alors que l'arme, chargée, avait bien été déclenchée, a assuré peu après le président Alberto Fernandez.
L'assaillant, arrêté sur place, est un Brésilien de 35 ans, vivant en Argentine depuis l'enfance, et aux motivations à ce stade inconnues.
R.Lee--AT