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A Beyrouth, "des clés sans maisons" pour raconter l'ampleur de la destruction dans le sud du Liban
Dans un musée de Beyrouth, les larmes montent aux yeux de Fatima Hajj Ali à la vue de clés suspendues au plafond, reliques de maisons, comme la sienne, détruites par Israël dans le sud du Liban.
"Nous aurions dû rentrer avec et ouvrir la porte de notre maison, mais il n'y a plus de porte", soupire la femme de 23 ans.
Elle fait partie de milliers de Libanais dont les domiciles dans le sud du pays ont été détruits par deux guerres successives entre 2023 et 2026 entre le Hezbollah pro-iranien et Israël.
Malgré une accalmie dans les dernières hostilités, depuis un accord conclu entre Washington et Téhéran le 17 juin, l'ampleur des destructions et la poursuite de frappes intermittentes et opérations de dynamitage israéliennes dans et près de localités occupées empêchent toujours le retour de dizaines de milliers de déplacés.
Originaire de la localité de Nabatiyé al-Fawka, plusieurs fois visée depuis la trêve, Fatima Hajj Ali parcourt l'exposition "Ehki li" ("Raconte-moi O Sud"), dans le musée Beit Beirut, un bâtiment historique de la capitale qui porte les stigmates de la guerre civile au Liban.
Au milieu des installations d'archives photo et vidéo recomposant la mémoire de la région, elle se souvient de sa dernière visite dans son village, à la faveur de l'accalmie.
"La maison s'est à moitié effondrée", mais "ma chambre est toujours là, avec quelques affaires", confie cette psychothérapeute, qui accompagne surtout des déplacés.
"L'instant du coucher du soleil me manque, comme écouter l'appel à la prière dans le jardin de notre maison, une tasse de café à la main", dit cette femme, qui vit désormais à Beyrouth.
"L'idée de ne pas pouvoir rentrer (...) fait très mal".
Parmi les oeuvres exposées, l'installation "des clés sans maison" d'Adib Farhat, fait résonner à travers des enregistrements vidéos les témoignages de trois personnes du sud ayant conservé les clés de maisons qui n'existent plus.
L'artiste de 36 ans a lui même été hanté par la peur de perdre son chez-soi en 2024.
"Ma maison sera-t-elle bombardée? Comment mon rapport à la clé va alors changer? Allons-nous devenir les nouveaux Palestiniens?", explique-t-il, en référence au traumatisme de la Nakba ("catastrophe") de 1948, l'exode de près de 700.000 Palestiniens lors de la guerre ayant accompagné la création d'Israël.
-"Ce qu'il reste"-
Une vieille photo de la ville côtière de Tyr, et une vidéo en noir et blanc de la ville de Nabatiyé - toutes deux pilonnées pendant des semaines par l'armée israélienne - s'affichent sur les murs de l'espace d'exposition, où les installations se succèdent.
L'une reconstitue l'intérieur de maisons méridionales. Une autre, "Ce qu'il reste", créée par Sama Beydoun, renvoie à sa dernière visite, en 2025, dans la maison de ses grands-parents, désormais détruite.
Ses photos, rendues floues par un dysfonctionnement technique, créent une atmosphère onirique.
La maison se trouvait dans la ville frontalière de Bint Jbeil. C'est "l'histoire de quelqu'un qui va rendre visite à ses grands-parents dans un endroit menacé", mais empli de vie, décrit l'artiste de 29 ans, installée à Paris.
"Je me souviens de toutes les personnes qui se retrouvaient dans cette maison, comment ma famille y a grandi, de toutes les générations qu'elle a abritées et comment elle a vu la vie changer, tandis que certaines choses restaient les mêmes", comme le rituel du repas du dimanche midi, dit-elle.
Une vie "très simple, mais très belle".
Plus loin, le travail photographique "Lieux de l'exil" retrace l'histoire d'un couple détenu dans la tristement célèbre prison de Khiam, à la frontière avec Israël.
Avant le retrait israélien de 2000, elle était gérée par l'Armée du Liban sud, une milice supplétive d'Israël, et plusieurs ONG y ont dénoncé des actes de torture.
Autrice de cette oeuvre, la photographe Rawane Mazeh voit dans l'exposition - inaugurée avant la trêve - "un lieu de réconfort", où ceux forcés à quitter le sud peuvent "se sentir proches de leur terre".
A.Taylor--AT