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Climat et biodiversité: la station polaire Tara lance sa première expédition dans l'arctique
La Tara Polar Station, soucoupe en aluminium capable de dériver sur la banquise, quitte Lorient dimanche pour sa première expédition au pôle Nord, une aventure scientifique rare pour étudier la biodiversité dans cette zone hostile.
"L'Arctique est un océan peu étudié et qui change déjà beaucoup. Il est en pleine mutation", a déclaré Romain Troublé, directeur général de la fondation Tara Océan, lors d'une conférence de presse samedi.
Or, "on ne peut pas comprendre l'environnement si on n'y passe que deux mois par an", durant l'été, a-t-il souligné, rappelant qu'il y avait "très peu de missions de long terme en Arctique".
La nouvelle station polaire doit permettre de combler cette lacune scientifique. Jusqu'à fin 2027, l'équipage du navire, véritable concentré de technologie, va dériver sur la banquise du pôle Nord pendant 350 à 500 jours d'affilée.
Le laboratoire flottant, en forme d'igloo posé sur une grosse bouée, a été conçu pour résister à la pression de la glace de mer et supporter des températures de -52°C, dans une des zones les plus isolées de la planète.
A partir de la mi-août, la station longera les côtes de la Russie vers l'Est, se faisant ouvrir la voie par un brise-glace. Prise dans la banquise début septembre, la station devrait ensuite dériver à une vitesse moyenne de 10 kilomètres par jour, pour atteindre le détroit de Fram, entre le Groenland et le Svalbard, fin 2027.
- "Huis-clos humain" -
Le navire va embarquer 12 personnes en hiver (dont six scientifiques) et 18 en été. L'équipage international a été soigneusement sélectionné après des tests d'aptitude médicale et psychologique et un séminaire de cohésion d'équipe.
"On n'a pas recherché des aventuriers qui veulent partir seuls au pôle Nord. L'idée, c'est plutôt d'avoir des personnes qui s'entendent bien pour vivre ce huis-clos humain", a expliqué Clémentine Moulin, directrice des expéditions.
Les hivernants devront affronter cinq mois de nuit totale, le confinement, le froid extrême (-25°C en moyenne) mais aussi la présence d'ours polaires.
"Les ours, c'est un sujet sérieux", reconnaît Éric Pelletier, chercheur en génomique de 58 ans, et membre d'équipage. "C'est pas un truc simple à gérer: l'ours est chez lui, il est habitué à chasser et se cache derrière les blocs de glace".
Chaque membre d'équipage a donc été formé au tir pour faire face aux attaques à proximité de la station. Un chien berger de Laponie accompagnera en outre l'équipage pour les aider à repérer un animal en approche.
Ne semblant pas s'inquiéter de ces aléas potentiels, la médecin de bord, Minh-Ly Pham Minh, 58 ans, se dit "confiante" avant le départ. "Sinon autant rester à terre", philosophe-t-elle.
- 10.000 échantillons -
L'expédition doit permettre de dresser un état des lieux de l'environnement de l'Arctique, dans une perspective patrimoniale.
Grâce à un trou aménagé dans la coque et aux multiples instruments embarqués, les scientifiques prélèveront plus de 10.000 échantillons dans la colonne d'eau (jusqu'à 2.000 mètres de profondeur), dans l'atmosphère et dans les multiples cavités de la banquise.
"Il y a une biodiversité au pôle Nord qui est purement adaptée à cet environnement. Si l'environnement change, cette biodiversité va peut-être disparaitre", a expliqué Romain Troublé. "On va peut-être perdre un pan entier de l'évolution de la vie sur cette planète, sans avoir même eu le temps de le documenter."
Les 30 centres de recherche de 12 pays associés à cette expédition vont également étudier l'influence du changement climatique sur cet océan qui se réchauffe trois à quatre fois plus vite que le reste de la planète et voit sa banquise s'amenuiser.
Certains projets de recherche menés par Tara Polar Station doivent aussi permettre d'affiner les modèles climatiques, en étudiant par exemple l'influence des bactéries sur la réflectivité des nuages.
Le coût de l'expédition est estimé à 6 millions d'euros. Dix expéditions sont prévues entre 2026 et 2045, à raison d'une tous les deux ans.
F.Wilson--AT