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Marc Bloch est entré au Panthéon, une leçon face à "l'esprit de défaite"
Ses "enseignements nous obligent encore": 82 ans après son assassinat par la Gestapo, l'historien résistant Marc Bloch est entré au Panthéon mardi au côtés de son épouse Simonne, Emmanuel Macron y voyant l'occasion de fustiger "l'esprit de défaite" qui imprègne selon lui "notre vie publique".
"Ils furent quelques-uns pour rallumer les braises de ce que nous sommes et sauver l’honneur et l’âme de la France avant d’en hâter la victoire. Oui, quelques-uns, auxquels nous nous raccrochons", a lancé le chef de l'Etat dans un vibrant hommage à "l’héritier des Lumières, ancien combattant des deux guerres, (qui) choisit l’Armée des ombres".
C'est en puisant dans les leçons de "L'Etrange défaite", ouvrage majeur de Marc Bloch sur la Débâcle de 1940, qu'Emmanuel Macron a fait le lien avec le présent, visant au passage l'extrême droite dont la famille Bloch n'avait pas souhaité la présence à la cérémonie.
"L’esprit de défaite, sans cesse entretenu par ceux qui se proclament plus français que vous. Ce sont toujours les premiers à sacrifier la France aux intérêts de puissances hostiles", a-t-il lancé, au terme d'une heure et demie de cérémonie.
Mettant en garde contre "la perte de toute force morale de la Nation", le chef de l'Etat a décliné les dangers de cet "esprit de défaite", "indissociable de l’esprit de Vichy, poison lent de notre vie publique et qu’il faut combattre inlassablement".
A la tombée de la nuit, les cercueils de Marc Bloch et de son épouse Simonne ont fait leur entrée au Pantheon, drapés des couleurs tricolores dans une ambiance empreinte de solennité.
- "En bon Français" -
Les deux cénotaphes renferment des objets symboliques, des médailles, le testament spirituel de Marc Bloch en 1941, des photos et des lettres de son épouse à ses enfants. Mais pas les corps de Marc Bloch, qui repose dans un village de la Creuse, ni celui de Simonne, morte de maladie sous un faux nom un mois après lui en 1944.
Devant eux a retenti la "Ballade triste", poème adressé par l'historien à son épouse. "La route parfois fut malaisée, le fardeau parfois nous fut lourd. Mais nous étions deux, mon aimée", ont entonné les chanteurs Vincent Delerm et Anne Sila.
Au moment d'entrer, le testament spirituel de Marc Bloch, écrit en 1941, lu par la comédienne Lou de Laâge, a empli l'esplanade du Panthéon, en référence à ses origines de Juif alsacien. "Je meurs, comme j’ai vécu, en bon Français", disait-il.
Prenant acte de la mise au ban de l'intellectuel parce que Juif, Emmanuel Macron s'est livré à un long réquisitoire contre l'antisémitisme d'Etat".
"Qu’importe aux yeux des hommes de Vichy, la vie et l'œuvre de Marc Bloch. Pour eux, rien ne compte plus que sa judéité", a-t-il lancé. Au risque de déplaire à la famille qui s'opposait à toute "récupération communautaire" de ce juif athée, qui "n'avait foi qu'en une seule idée, la République", a-t-elle écrit dans une lettre au chef de l'Etat.
A deux pas de la cérémonie, le lycée Louis-le-Grand où l'historien a étudié et La Sorbonne où il enseigna avant d'en être chassé par les lois antisémites du régime de Vichy.
Il s'agit de la sixième panthéonisation de ses deux quinquennats, après celles de Simone Veil, l'écrivain Maurice Genevoix, Joséphine Baker, le résistant Missak Manouchian et Robert Badinter.
- Passe d'armes politique -
La famille avait demandé que l'extrême droite soit "exclue" de la cérémonie, même si certaines invitations sont imposées par le protocole. Marine Le Pen, pour le Rassemblement national, mais aussi Sarah Knafo, pour Renconquête!, ont fait savoir qu'elles seraient absentes.
Mais à quelques heures de la panthéonisation, Jordan Bardella a rendu hommage sur X à celui qui a su dresser "un réquisitoire implacable" contre "l'aveuglement d'une partie des élites françaises qui ont conduit notre pays à l'abîme en 1940". En réponse, l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon a laissé entendre que les fondateurs du parti lepéniste étaient du côté des responsables de cet "abîme".
Marc Bloch, cofondateur de la revue des Annales d'histoire économique et sociale en 1929, a révolutionné l'étude de l'Histoire en l'ouvrant à l'anthropologie, l'économie et la sociologie.
Médiéviste, il se penche aussi sur des sujets à la résonance très contemporaine, comme le mécanisme de propagation des rumeurs dans les "Rois thaumaturges".
L'universitaire, déjà mobilisé et couvert d'honneurs en 1914-1918, une nouvelle fois à sa demande en 1939, entre dans la clandestinité en 1943 à Lyon dans le mouvement Franc-Tireur.
Arrêté le 8 mars 1944, il est torturé par la Gestapo puis exécuté, avec d'autres détenus, au bord d'un champ en criant "Vive la France".
W.Moreno--AT