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Valérie Masson-Delmotte: "Ma grande peur, c'est qu'on rende invisible la surmortalité des personnes âgées"
La climatologue Valérie Masson-Delmotte, figure scientifique dans la lutte contre le réchauffement climatique, a exprimé mardi à l'AFP ses craintes quant à l'invisibilisation de "la surmortalité des personnes âgées" durant l'épisode caniculaire qui traverse actuellement la France, appelant à prendre des mesures "ancrées" dans "la réalité" et la "fraternité" notamment.
"Ma grande peur, c'est que comme les années précédentes, on rende invisible la surmortalité des personnes âgés, notamment les vieilles dames. L'année dernière, c'est 5.700 morts quand même, et pas un portrait, pas un hommage, rien", a déploré la scientifique.
L'été 2025, parmi les plus chauds jamais observés en France, a été traversé par quatre épisodes de canicule, qui ont concerné au total près de 80% de la population.
Selon le gouvernement, plus de 24.000 passages aux urgences liés à la chaleur ont été enregistrés, et "environ 5.700 décés" sont "attribués à l'exposition aux fortes chaleurs", soit "plus de 3% de la mortalité observée" cet été-là.
Pour Valérie Masson-Delmotte, il est donc temps de prendre des mesures autour de "projets structurés, ancrés dans la réalité", que l'on se demande "qui on protège, qu'est-ce qu'on met en priorité, comment on finance".
Ces mesures doivent également être ancrées "dans les valeurs de la République". Car "on le voit", une canicule comme celle-ci s'attaque "à la liberté, la liberté de circuler par exemple" mais aussi "à l'égalité" et "à la fraternité: que fait-on de nos aînés qui souffrent de la chaleur ?".
Pour la climatologue, ancienne coprésidente d'un groupe de travail du Giec, il s'agit là, "en filigrane, d'une question de redevabilité". Or, "sur toutes ces questions, j'ai l'impression que personne (sur le plan politique, ndlr) n'est responsable".
"Ces derniers temps, il y avait une petite musique chez les responsables politiques, comme quoi l'écologie ça suffisait, qu'il fallait aller moins vite, moins loin. Là, la canicule les rappelle au sujet", note néanmoins Valérie Masson-Delmotte.
Mais "quand une crise comme celle-ci survient, il y a des effets d'annonces, une grande débrouille. On promet des ventilateurs, on débloque des budgets... Ce qui fait défaut, c'est une vision claire".
La scientifique déplore d'ailleurs de voir les responsables politiques réduire "la question de l'adaptation à un problème binaire", en l'occurrence la climatisation, autour de laquelle s'écharpent les différents candidats à l'élection présidentielle.
"Tout le monde se jette dessus" et "on évacue tous les sujets de fond", regrette Valérie Masson-Delmotte, "alors qu'on sait ce qu'on peut faire, on sait ce qu'il faut faire, on sait que les solutions reposent sur un éventail (de choix) et ne sont pas simplistes".
La climatologue observe par ailleurs un décalage "entre ce qui est dit sur les plateaux et les votes au Parlement ou les budgets qui sont décidés", prenant l'exemple des votes au Parlement européen destinés à détricoter le "Green Deal", ensemble de textes adoptés par Bruxelles à l'orée des années 2020 pour permettre à l'UE de remplir ses objectifs climatiques, désormais dans le viseur de la droite et de l'extrême droite européennes.
Et ce décalage "n'est pas relevé par les journalistes lorsqu'ils donnent la parole à des politiques dont certains pourraient arriver au pouvoir l'année prochaine", déplore la Valérie Masson-Delmotte.
A.O.Scott--AT