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Keir Starmer, l'avocat discipliné incapable d'impulser le "renouveau" au Royaume-Uni
Le travailliste Keir Starmer avait juré de mettre à profit à Downing Street son expérience d'avocat et de procureur sérieux, mais il aura tenu moins de deux ans, devenu rapidement impopulaire et incapable de concrétiser sa promesse de "renouveau" pour le Royaume-Uni.
Le Premier ministre a annoncé lundi sa démission après des semaines de spéculations sur son avenir. L'élection jeudi comme député de son principal rival au sein du Labour, Andy Burnham, qui n'a pas fait mystère de ses ambitions, a précipité son départ.
Malgré son obstination à vouloir rester à Downing Street, Keir Starmer apparaissait en sursis depuis la cuisante défaite du Labour aux élections locales de mai.
Cet ex-avocat de 63 ans, spécialisé dans les droits humains, était pourtant entré à Downing Street le 5 juillet 2024 à la tête d'une large majorité, après la victoire haut la main du Labour aux législatives.
Les attentes étaient grandes envers le dirigeant travailliste, dans un Royaume-Uni confrontés à une économie apathique, une hausse du coût de la vie, et à des services publics, notamment de santé, éreintés par des années d'austérité.
Deux ans plus tard, malgré certaines avancées dans l'accès à la santé et de nouveaux droits pour les travailleurs, la déception s'est installée.
Son ton précis et sans flamme de juriste, vu comme un gage de sérieux, l'a finalement desservi. Il n'a jamais réussi à se faire apprécier des Britanniques, ni à s'allier l'opinion lorsque les difficultés sont apparues.
En arrivant au pouvoir, il avait promis le "renouveau", voulant trancher avec les scandales ayant marqué les derniers gouvernements conservateurs. Mais il avait prévenu que le chemin serait "long et difficile".
Très vite, les Britanniques ont semblé peiner à voir où celui qui se dit plus "pragmatique" qu'idéologue, voulait emmener le pays.
Il s'est aliéné l’aile gauche de son imposante majorité avec des mesures jugées antisociales, en partie retirées sous la pression, tout en durcissant la politique migratoire sans pour autant freiner la montée de Reform UK.
Certains électeurs ont délaissé le Labour pour les Verts, plus à gauche.
- Affaires -
Keir Starmer n'a pas non plus échappé aux affaires au sein de son gouvernement.
Plusieurs de ses ministres ont été contraints au départ, dont sa numéro deux Angela Rayner.
Et il a été accusé de ne pas prendre ses responsabilités dans l'affaire Peter Mandelson: nommé ambassadeur à Washington, l'ex-commissaire européen a été limogé neuf mois plus tard, après des révélations sur son amitié avec le pédocriminel Jeffrey Epstein.
La polémique a renforcé les critiques sur son peu de sens politique et son incapacité à trancher.
Keir Starmer a eu un peu plus de succès à l'international, où il s'est évertué à redonner du poids à la voix du Royaume-Uni, affaiblie depuis le Brexit.
Il a d’abord préservé des relations correctes avec Donald Trump, obtenant des droits de douane plus favorables que ceux appliqués à l’UE et à d’autres pays.
Mais son refus de soutenir pleinement l'offensive israélo-américaine contre l'Iran a ulcéré le républicain, qui a multiplié les piques contre lui.
Dans le monde économique, on lui sait gré d'avoir relancé les relations avec l'UE, et décroché un assouplissement des barrières commerciales avec les 27. Il a aussi serré les rangs avec ses partenaires européens sur l'Ukraine.
Mais les hausses d'impôts et de cotisations des derniers budgets sont mal passées.
- Recentrage -
Après avoir grandi à Oxted, près de Londres, ce fils d'un père outilleur et d'une mère infirmière handicapée est entré tard en politique.
Il est élu député en 2015 dans une circonscription du nord de Londres, après avoir dirigé de 2008 à 2013 le parquet général, ce qui lui a valu d'être anobli en 2014 par la reine Elizabeth II.
Keir Starmer - ainsi prénommé en hommage au fondateur du Labour, Keir Hardie - a recentré le Labour dont il a pris la tête en 2020 après la déroute électorale subie l'année précédente par son très à gauche prédécesseur Jeremy Corbyn.
Il a écarté sans trembler ceux qui ne partageaient pas sa vision de centre-gauche, tout en s'efforçant de tourner la page des accusations d'antisémitisme qui avaient entaché le Labour sous Jeremy Corbyn.
Flûtiste et violoniste, joueur de football et supporteur d'Arsenal, Keir Starmer avait dit espérer, avant son arrivée à Downing Street, qu'on se souvienne de lui comme ayant dirigé un gouvernement "audacieux et réformateur".
Il partira avec l'image d'un dirigeant discipliné mais indécis, ayant échoué à impulser le changement attendu.
A.O.Scott--AT