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Inde: un chant de la lutte pour l'indépendance au coeur d'une polémique
Symbole de la cause indépendantiste, le chant "Vande Mataram" ("Salut à la Mère Inde") refait parler de lui en Inde depuis que le pouvoir ultranationaliste hindou a imposé cette année qu'il soit entonné avant l'hymne national dans les cérémonies officielles.
Dimanche, il a résonné avant le coup d'envoi d'un match de cricket entre l'Inde et l'Afghanistan à New Delhi. Joueurs et spectateurs se sont levés le temps de ses six couplets, une première avant une rencontre sportive internationale disputée en Inde.
L'interprétation de ce chant en prélude à "Jana Gana Mana" ("L'Esprit de tout le peuple"), l'hymne national indien depuis 1950, est obligatoire depuis février lors des cérémonies officielles, sous peine de sanctions.
Cette mesure suscite l'ire des partisans d'une Inde laïque et multiconfessionnelle, qui accusent depuis des années le Premier ministre Narendra Modi de vouloir transformer le pays en une nation exclusivement hindoue, au détriment de ses minorités religieuses.
Si certains joueurs de l'équipe nationale de cricket ont entonné dimanche les premiers couplets du "Vande Mataram", la plupart sont restés silencieux avant de chanter l'hymne national qui a suivi.
Ce chant est un poème de l'auteur bengali Bankim Chandra Chattopadhyay, publié en 1875 dans son roman Anandamath.
Ecrits en sanskrit, une ancienne langue sacrée à l'origine notamment de l'hindi, ses couplets sont difficiles à comprendre ou à interpréter pour de nombreux Indiens.
La controverse se cristallise autour de ses dernières strophes. Les deux premières rendent hommage à la mère patrie, les suivantes font référence à des déesses hindoues, dont Durga, Lakshmi et Saraswati.
- Rompre le consensus -
Dirigé d'une main de fer par un proche du chef du gouvernement, Amit Shah, le ministère de l'Intérieur a d'abord imposé en février que ce chant soit interprété à chaque cérémonie officielle, avant l'hymne national.
Puis il a étendu l'obligation à tous les grands événements sportifs.
Le Parlement, aux mains depuis 2014 des partisans de M. Modi, a voté en juillet une loi qui prévoit des amendes ou des peines d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à trois ans pour toute personne perturbant ou empêchant délibérément son interprétation.
Les partisans de cette chanson y voient un symbole de la lutte contre la colonisation et de la fierté nationale.
Pour ses détracteurs, ses références explicites à l'hindouisme vont à l'encontre de la Constitution laïque de ce pays de près d'un milliard et demi d'habitants où coexistent hindous, très largement majoritaires, musulmans, sikhs ou encore chrétiens.
De nombreux musulmans rejettent notamment la représentation de la nation indienne sous les traits de déesses hindoues, estimant qu'une telle vénération est contraire aux principes de l'Islam.
Professeur à l'université de New Delhi, Apoorvanand (un seul nom) juge ainsi que l'obligation de chanter l'intégralité du "Vande Mataram" rompt un consensus d'avant l'indépendance, qui limitait son interprétation publique aux deux premiers couplets.
"Mais désormais, avec la montée en puissance de l'+hindutva+ (projet d'hégémonie hindoue) ils (le gouvernement et sa majorité) cherchent à mettre fin à ce consensus et à en imposer un nouveau (...) en s'appuyant sur la force du nombre", a-t-il dit à l'AFP.
A.Moore--AT