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Éthiopie: dans la ville natale du Premier ministre Abiy Ahmed, entre "joie" et développement économique
Portraits de l'enfant du pays et affiches de son Parti de la prospérité (PP) jalonnent la route d'asphalte menant à Beshasha, ville natale du Premier ministre Abiy Ahmed, à quelques jours des législatives qui devraient conforter son pouvoir sans partage à la tête de l’Éthiopie.
En fonctions depuis 2018, M. Abiy est le premier Oromo, le plus nombreux des quelque 80 peuples de l’Éthiopie, à diriger l'exécutif du deuxième pays le plus peuplé d'Afrique.
Dans un État qui a longtemps marginalisé les Oromo, c'est une fierté pour les habitants de Beshasha, petite localité rurale d'un peu plus de 8.000 habitants aujourd'hui, où Abiy Ahmed est né le 15 août 1976 dans un milieu modeste.
L'accession au pouvoir d'Abiy Ahmed, choisi à l'époque par une coalition dirigeante très contestée dans la rue, notamment par la population oromo, "était complètement inattendue", explique à l'AFP Haider Fayidi, 29 ans, qui tient une échoppe de vêtements et parfums. "Auparavant, on nous répétait sans cesse qu'un Oromo ne pourrait jamais accéder au pouvoir. On n'aurait jamais imaginé que le dirigeant de l’Éthiopie viendrait de cette ville", ajoute-t-il.
Représentant environ un tiers des 130 millions d’Éthiopiens, les Oromo ont longtemps vu leurs revendications identitaires, politiques, culturelles et linguistiques étouffées par les divers régimes qui se sont succédé depuis le XIXe siècle à la tête de l’Éthiopie moderne.
A environ 400 km au sud-ouest de la capitale fédérale Addis Abeba, Beshasha, où l'AFP a pu se rendre accompagnée en permanence d'un représentant de district, est située dans une zone de culture du café à flanc de colline. Malgré sa taille modeste, la localité profite des projets et chantiers de modernisation des grandes villes et de certains territoires reculés portés par M. Abiy.
Des habitations et une bibliothèque sortent de terre, de nombreuses petites boutiques flambant neuves s'alignent au bord de la route au tarmac impeccablement lisse venant de Jimma, la grande ville des environs.
"On ne s'attendait même pas à ce que de telles routes soient construites ici. En seulement huit ou neuf mois, ont été achevés des projets qui ont complètement transformé la région", se félicite Haider Fayidi.
- "Grands progrès" -
Lui aussi originaire de Beshasha, Abdulqadir Abagaron a connu Abiy Ahmed avant qu'il ne devienne Premier ministre et fait part de sa "joie" que le chef de l'exécutif vienne de la région. "C'était vraiment un enfant exceptionnel. Déjà à cette époque, il œuvrait sans relâche pour la paix", affirme ce fermier de 59 ans.
En 2019, M. Abiy s'est vu décerner le prix Nobel de la paix pour ses efforts de réconciliation entre l’Éthiopie et l’Érythrée voisine, après deux décennies de conflit meurtrier (1998-2000) puis de relations acrimonieuses.
Mais la guerre qu'il a menée entre 2020 et 2022 dans l’État régional du Tigré entré en dissidence, qui a fait au moins 600.000 morts, ont fait pâlir son étoile d'homme de paix. Et ces trois dernières années, les relations sont à nouveau tendues avec l’Érythrée, faisant craindre un nouveau conflit.
A l'international et dans une partie de l’Éthiopie, les critiques contre un pouvoir jugé de plus en plus autocratique ont fait oublier la période de grâce ayant accompagné l'arrivée de M. Abiy aux commandes, porteuse d'espoir après trois décennies de gouvernement autoritaire.
Mais à Beshasha, "l'Abiymania" reste bien bien vivante.
Tous les habitants interrogés par l'AFP affirment qu'ils voteront pour Abiy Ahmed, candidat à la députation dans la circonscription englobant Beshasha. C'est dans sa ville natale qu'il votera le 1er juin et quelques jours avant avant son arrivée, des dizaines d'habitants, balais en main, nettoyaient les rues.
Sur les devantures des boutiques sont collées de nombreuses affiches montrant des épis de blé, symbole du Parti de la prospérité (PP) que le Premier ministre a fondé peu après son arrivée au pouvoir et qui détient 96% des sièges dans le Parlement sortant.
Pour Fuad Raya, administrateur du district depuis presque deux ans, ce soutien populaire est dû aux "grands progrès (économiques) qui ont été réalisés".
E.Rodriguez--AT