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Derrière le faste de Choose France, une réindustrialisation de la France en trompe-l'oeil
Les années Macron ont-elles vraiment entraîné un début de réindustrialisation de la France? Oui, mais l'enthousiasme des experts sur sa portée diverge, tandis que la succession des crises depuis 2020 et la concurrence chinoise n'ont guère aidé.
Lundi, Emmanuel Macron mènera son neuvième et peut-être dernier "Choose France", au cours duquel des dizaines de grands patrons étrangers viendront au château de Versailles annoncer des investissements en France - pour 20 milliards d'euros l'an dernier - souvent dans le secteur industriel.
Et pour la septième année d'affilée, le président pourra souligner que la France est, selon le baromètre du cabinet EY, le pays le plus attractif d'Europe en terme de nombre de projets d'investissements étrangers: 852 sur 5.026 en 2025.
"L'image de la France a complètement changé" en quinze ans, alors qu'avant "sa réputation était catastrophique, celle d'un pays médiéval", soulignait vendredi sur franceinfo Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, la banque publique d'investissement très associée aux projets industriels du pays.
Mais comment mesurer la réindustrialisation, "mère de toutes les batailles" selon le président de la République?
- "Sous 10% -
L'exécutif dira que depuis 2017 "il a créé 120.000 emplois industriels, ce qui n'était pas arrivé depuis les années 70, ou qu'on a ouvert plus d'usines qu'on en a fermé", résume Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à l'institut de tendance libérale Rexecode.
Selon la direction générale des Entreprises (DGE), il y a eu en 2025 19 ouvertures ou extensions de sites industriels de plus que de fermetures ou de réductions (261 contre 242).
"A l'inverse les détracteurs diront que la balance commerciale est toujours massivement déficitaire et que le poids de l'industrie dans le PIB est passé sous 10%", à 9,5%, remarque M. Morlet-Lavidalie, qui préfère parler de "tendance à l'amélioration" plutôt que de réindustrialisation.
Sur l'attractivité du pays, "il ne faudrait pas penser que la France est un eldorado pour l'industrie", relève-t-il, malgré ses "atouts" comme le nucléaire, ou les efforts déployés sur la fiscalité des entreprises ou l'accès au foncier: le président joue un peu "le roi de la com'" avec Choose France, même si "un gouvernement a besoin d'entretenir cette flamme".
Il remarque plutôt que "la part des filiales étrangères dans la valeur ajoutée en France représente 15%, contre 18% en Allemagne ou en Italie, et 22% en Espagne".
Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance, privilégie pour sa part l'approche sectorielle.
- "Le chemin de la renaissance" -
D'un côté, "la production automobile a perdu 18%" depuis l'avant-Covid, souligne-t-il, mais de l'autre, "la pharmacie a gagné 21%": "on ne peut pas généraliser la situation de l'industrie".
Pour lui, "la France n'a pas perdu ce combat". Si les secteurs en berne "pour des raisons de transition (technologique) ou de compétition asiatique déloyale" se redressent, la part de l'industrie dans le PIB pourrait atteindre 12% d'ici à 2040.
Dans une note de l'institut Montaigne parue en avril, le professeur Olivier Lluansi évoque, lui, un "échec" de la réindustrialisation, critiquant l'application du programme France 2030, lancé en 2021 avec 54 milliards d'euros à la clé.
D'autant qu'aux multiples crises (Covid, Ukraine, dissolution, guerre au Proche-orient) s'ajoutent le protectionnisme américain et la surproduction de la Chine, que le Haut-Commissariat à la Stratégie et au plan qualifie de "rouleau compresseur".
Car outre des prix bas, l'industrie chinoise fournit actuellement des produits dépassant parfois en qualité ceux de l'Europe.
M. Lluansi compte sur les futures campagnes électorales, notamment celle de 2027, pour "jalonner de manière constructive le long chemin de notre renaissance industrielle".
Quant aux entreprises, qui porteraient cette résurrection, elles semblent actuellement désabusées. Choyées fiscalement depuis 2017, avec un résultat visible notamment sur l'emploi, elles sont au contraire sollicitées depuis deux ans pour limiter le déficit public. "Quelque chose se casse et c'est très grave", assurait récemment au Figaro le président du Medef Patrick Martin.
Ch.P.Lewis--AT