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Arnaques en ligne: au Cambodge, des Chinois en colère face à leurs comptes bloqués
Des dizaines de Chinois ont participé lundi à une manifestation, émaillée de heurts, devant la banque centrale du Cambodge, à Phnom Penh, contre le blocage de leurs comptes hébergés par une société financière accusée de blanchiment pour un important réseau d'arnaques en ligne.
Agitant des drapeaux rouge et jaune de leur pays, les manifestants ont crié leur colère de voir leurs comptes gelés depuis décembre sur la plateforme de paiements numériques H-Pay, anciennement Huione Pay.
Des heurts ont éclaté entre certains d'entre eux brandissant des parapluies et des agents de sécurité locaux armés de matraques, faisant au moins deux blessés parmi les protestataires.
Li Xiong, ancien président du groupe Huione qui possédait plusieurs compagnies proposant des services de commerce électronique, de paiement et d'échange de cryptomonnaies, a été extradé du Cambodge vers la Chine le 1er avril. Pékin l'accuse d'être au coeur d'une organisation criminelle de jeux d’argent et de fraudes.
En 2025, l'entité enquêtant sur les crimes financiers (FiNCEN) du département du Trésor américain a classé le groupe Huione au rang de "préoccupation majeure en matière de blanchiment d’argent" qui, selon les autorités américaines, sert les intérêts de la Corée du Nord et de cybercriminels d'Asie du Sud-Est.
Mais les manifestants affirment n'avoir aucun lien avec ces crimes présumés et demande à la Banque nationale du Cambodge (BNC) de débloquer leurs comptes.
"Nous sommes des citoyens chinois. Nous soutenons la répression des jeux d'argent illégaux en ligne et des gains illicites", s'exclame Wang Xijun, propriétaire d'une entreprise de construction et de rénovation.
"Mais ne touchez pas les citoyens ordinaires comme nous". "Rendez l’argent du peuple !", s'emporte le chef d'entreprise, affirmant avoir 50.000 dollars bloqués sur son compte, ce qui l'empêche de payer son personnel depuis environ trois mois.
Même colère pour Li Shangfu, 54 ans, travaillant dans la restauration et l'hôtellerie, qui affirme avoir des dizaines de milliers de dollars bloqués sur la plateforme de Huione.
"Je veux que le gouvernement nous donne une réponse (...). Cet argent existe-t-il encore ou non ?", interroge M. Li.
Comme d'autres Chinois au Cambodge, il utilisait la plateforme du groupe Huione parce qu'il pensait qu'elle était "digne de confiance" et pratique pour les transactions.
- Licences révoquées -
D'autres manifestations ont déjà eu lieu en avril devant la BNC et l'ambassade de Chine à Phnom Penh.
La BNC a indiqué que les licences commerciales des plateformes appartenant à Huione avaient été révoquées, ajoutant que les créanciers de Huione Pay devaient s'adresser aux tribunaux. Les créanciers de H-Pay peuvent eux déposer leurs réclamations auprès d’un liquidateur.
Pékin accuse M. Li d'être un membre clé du réseau criminel du magnat d'origine chinoise Chen Zhi, qui entretenait des liens étroits avec les élites politiques cambodgiennes et qui a lui-même été arrêté au Cambodge et extradé en Chine en janvier.
Chen Zhi a aussi été inculpé en octobre par les autorités américaines, qui affirment que son conglomérat, le groupe Prince, l'un des principaux conglomérats cambodgiens, servait de paravent à un "vaste empire de cyberfraude".
Le Cambodge est devenu ces dernières années une place forte de la cybercriminalité. Des arnaqueurs, contraints ou non de travailler sous la menace, y piègent des internautes du monde entier, via notamment de fausses relations amoureuses ou des investissements dans les cryptomonnaies.
Les autorités cambodgiennes affirment réprimer ces activités illicites, avec plus de 13.000 arrestations et expulsions de ressortissants étrangers impliqués dans des escroqueries en ligne depuis début 2025.
Et plus de 240.000 personnes, dont des Chinois, des Indonésiens, des Indiens et d'autres nationalités, accusées d’être impliquées dans des arnaques, ont "quitté volontairement" le Cambodge entre janvier et avril, a indiqué le gouvernement la semaine dernière.
Des clients cambodgiens de groupe Huione, sont aussi venus manifester leur désarroi. Parmi eux, Sopheak, une vendeuse ambulante de 42 ans, qui dit ne pas pouvoir retirer les 36.000 dollars visibles sur son compte ouvert il y a trois ans pour des clients chinois.
"Cet argent, c’est mon sang et ma sueur", s'indigne Sopheak.
T.Perez--AT